Destination inconnue
de Agatha Christie

critiqué par Mademoiselle, le 7 avril 2004
( - 32 ans)


La note:  étoiles
Pour les allergiques à Hercule Poirot
Je conseille tout particulièrement "Destination inconnue" à ceux qui n'aiment pas hercule Poirot. Car justement, dans ce roman d'Agatha Christie, il n'y a ni Hercule Poirot, ni miss Marple. Les personnages sont tout neufs, ils n'ont encore jamais servi et on ne les trouvera dans aucun autre roman. Ca n'est même pas une intrigue policière, c'est un roman d'espionnage.

Un grand scientifique, Thomas Betterton, a disparu, littéralement envolé sans laisser de trace. Nous sommes en pleine guerre froide et les services secrets britanniques s'énervent car Thomas Betterton n'est pas le premier scientifique à disparaître de cette façon. Est-il passé de l'autre côté du rideau de fer? Pour le savoir, les services secrets britanniques, et notamment l'un de ses responsables, Jessop, surveillent sa femme. Celle-ci part pour le Maroc mais l'avion dans lequel elle se trouvait s'écrase et elle est transportée à l'hôpital dans un état critiques. Jessop croise Hilary qui tente de mettre fin à ses jours. Il l'en empêche mais lui propose en revanche un suicide "utile": prendre la place de Mme Betterton. Elle n'a qu'une chance sur cent de s'en sortir vivante. Après quelques hésitations, Hilary relève le défi. Elle est contactée par les personnes qui devaient prendre en charge la véritable Mme Betterton et la conduire à son mari. Commence alors un dangereux voyage vers l'inconnu sans aucun moyen de prévenir Jessop...

Ce roman vaut le détour. Même s'il perd un peu de son intensité au milieu du livre, Agatha Christie n'y perd rien de son génie et nous réserve un coup de théâtre dont elle a le secret.
Charme suranné... 8 étoiles

Je viens d’achever ce livre que j’avais déjà lu deux fois. Dans mon adolescence, il m’avait enchanté : des savants qui sont passés à l’est, dit-on, une histoire d’espionnage, une belle désespérée, un bellâtre qui contrôle la situation… Le Maroc, le départ vers le danger, l’inconnu.

Bon, mouais, la jeune fille romanesque que j’étais ne pouvait être que comblée par une telle recette. Mais aujourd’hui, le charme n’est plus au rendez-vous. Trop de « déjà vu », des situations mélodramatiques poussives et un écrit qui, bien que correct, n’est pas là pour remonter le tout. On retrouve tous les clichés du genre : les astuces pour laisser une trace parfois grotesques, la chirurgie esthétique, un personnage à la Rastapopoulos (pourquoi faut-il qu’il y ait un riche grec dans ce genre d’histoires ?), des savants caricaturaux, des espions qui ne le sont pas moins…

Et pourtant, même si tout cela sent un peu la naphtaline et ne m’émoustille pas autant que dans ma prime jeunesse, j’ai bien aimé cette lecture expéditive (oui, ça se lit vite) : je voyais un film plus que je ne lisais réellement, à mesure que je tournais les pages, un film en noir et blanc, semblable aux premiers Hitchcock du temps de la RKO. J’avais l’impression de voir « les trente-neuf marches », le charme débonnaire de Robert Donat et le courage arrogant de Madeleine Caroll servant les personnages d’Andrew Peters et d’Hilary Craven.

Alors oui, rien de nouveau sous le soleil, on est loin des intrigues « herculéennes » de la Reine du crime, mais cela se laisse apprécier quand même, avec ce petit côté ringard qui finalement me plaît bien !

Antinea - anefera@laposte.net - 41 ans - 15 juin 2010