La Déconfiture - Tome 1
de Pascal Rabaté

critiqué par Blue Boy, le 3 décembre 2016
(Saint-Denis - - ans)


La note:  étoiles
Le grand théâtre burlesque de l’exode
Juin 1940. La débâcle jette sur les routes de France des milliers de civils, alors que l’armée française est en pleine déroute face aux Allemands. Tous les repères sont bousculés et chacun vit au jour le jour sous les assauts aériens de la Luftwaffe. A travers le quotidien d’un simple bidasse, Pascal Rabaté nous raconte cet épisode chaotique de la Seconde guerre mondiale.

A la fois dessinateur et scénariste (pour les autres ou pour lui-même), l’auteur d’ « Ibiscus » et des « Petits ruisseaux » fait ici cavalier seul. On suit le personnage de Videgrain, un bidasse français tentant de sauver sa peau au milieu du chaos généralisé, qui voit soldats et civils se croiser sur la route de la débâcle. Les militaires ont pour seule tâche, entre deux parties de cartes, d’enterrer les cadavres victimes des bombardements, sous les braillements d’un supérieur grotesque. Malgré cela, la vie continue, l’ennui s’installe et les hommes finissent par s’habituer à un quotidien où la mort est omniprésente, comme dans un gigantesque pique-nique forcé, miroir macabre des congés payés apparus quelques années plus tôt dans une France qui croyait alors au progrès social. Pascal Rabaté a choisi de traiter son récit sous l’angle de l’humour, avec des scènes où le burlesque amène parfois un peu de légèreté dans ces instants terribles.

Le dessin noir et blanc s’inscrit dans un style à la fois réaliste et minimaliste. Visant l’essentiel, Rabaté sait parfaitement croquer les attitudes et les caractères de ses personnages même si on peut parfois regretter qu’un trait assez relâché empêche une identification aisée, car la plupart, bien qu’anecdotiques, sont assez nombreux dans l’histoire. L’auteur recourt souvent à des styles différents, réussi avec « Ibicus » et sa technique au lavis, acerbe et proche de la caricature avec ses premières œuvres, mais parfois peu engageant esthétiquement comme ici. Très libre dans ses choix graphiques, Rabaté se fiche bien de faire joli, car il sait que quand on est talentueux, on peut se permettre d’être un brin paresseux.

Au final, cette première partie ne parvient pas vraiment à convaincre, comme si elle semblait contaminée par l’ennui et l’indolence propre au contexte du récit. La lecture reste fluide, mais une certaine nonchalance caractérisant la narration aussi bien que le dessin décourage toute implication véritable de la part du lecteur. Du coup, on reste déçu car on était en droit d’en attendre plus de la part d’un auteur comme Rabaté. Reste à voir si ce dernier redressera la barre avec la deuxième partie.