Une limonade pour Kafka
de Xavier Person

critiqué par Cyclo, le 25 novembre 2016
(Bordeaux - 73 ans)


La note:  étoiles
sur l'impossibilité d'écrire
"Sur quoi écrit-on vraiment en écrivant sur le texte d'un autre ? Sur le fait de n'avoir pas écrit soi-même ce qu'on rêvait d'écrire ? Sur le fait qu'on ne sait pas quoi dire de ce qu'on vient de lire ? Sur ce que cela veut que de ne vouloir rien dire ? [...] Sur ce qui vient comme ça, qu'on ne savait pas avoir lu, sur ce qu'on lit de ce qu'on ne sait pas lire ?"

Ce petit livre de Xavier Person, auteur jusque là de deux recueils de petites proses aux frontières de la poésie ("Propositions d'activités", 2007 et "Extravague", 2009, tous deux au Bleu du ciel), et par ailleurs collaborateur du "Matricule des anges", l'excellente revue montpelliéraine, tente de répondre à cette question.

A ce titre, "Une limonade pour Kafka" devrait intéresser tous les contributeurs de critiques libres, puisque nous essayons tous d'écrire sur le texte d'un(e) autre ! Xavier Person prend prétexte de livres de Paul Celan, Hélène Cixous, Emmanuel Hocquard, Hubert Lucot, Claude Royer-Journoud, François Marton, pour nous proposer des textes libres où il ne cesse de creuser la question, de la retourner dans tous les sens, en avouant qu'au fond on ne peut jamais arriver à parler des autres, on part toujours de soi, on tourne autour du pot, : "Je me suis dit que j'allais écrire ce texte sans poser aucun livre sur ma table, sans aucune note, pour voir ce qui allait venir en écrivant ainsi, sans rien."

Il faut avouer que ses textes finissent par fasciner, à la fois par l'érudition qui les sous-tend (Michel Leiris, Proust, Kafka, Derrida, Foucault, Agamben et même Hergé, sont convoqués à la rescousse, parmi bien d'autres auteurs) et pour rencontrer "l'étrangeté de cette rencontre avec une phrase qu'on n'aurait pas pu écrire, [...] cette découverte étrange qui d'un coup nous fait rentrer dans un rapport inouï à nous-même..." On ne sort pas indemne de toute lecture, du moins quand il s'agit de textes littéraires, nous suggère l'auteur.

C'est assez ardu (je préfère le signaler), mais au fur et à mesure qu'on avance, on est piégé, on veut en savoir plus, à la fois sur ce que découvre (et surtout ne découvre pas) Xavier Person, mais sur ce que peut devenir notre propre lecture, dévoilement du monde et de nous-même : "Tu as voulu aller au bout du monde, quelle idée, quelle belle idée. Nous y sommes. Tu n’y es pas arrivé, tu y étais déjà."