En vie de David Wagner

En vie de David Wagner
(Leben)

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Catinus, le 13 novembre 2016 (Liège, Inscrit le 28 février 2003, 69 ans)
La note : 8 étoiles
Visites : 1 494 

Pour garder le moral en cas de coup dur

Dès les premières lignes, assez terrifiantes d’ailleurs, cela ne fait pas l’ombre d’un doute : le narrateur a de très sérieux problèmes de santé. Du côté du foie. Une transplantation s’impose et ça urge.

Durant ces 230 pages, W. nous raconte sa vie de tous les jours à l’hôpital. La transplantation du nouveau foie en elle-même mais également ses états d’âme, ses douleurs, ses espoirs en une « nouvelle vie », ses doutes. Sans oublier les paroles et les actes des médecins, des infirmières douces ou revêches, ses multiples voisins de chambre, ses (rares) visites réelles ou imaginaires ; ses souvenirs d’enfance, sa fille, sans oublier l’évocation du généreux donateur (trice) qui lui permettra de revivre mais qui doit rester inconnu(e).

Un livre vivement conseillé à tous ceux ou celles qui sont – ou seront- amenés à subir un long et pénible séjour à l’hôpital pour des raisons diverses.

David Wagner est né en 1971 à Andernach (Allemagne). Son premier roman, « Meine nachtblaue Hose », publié en 2000, a été unanimement salué par la critique et a reçu de nombreuses récompenses. En vie a remporté le prestigieux Prix de la Foire de Leipzig en 2013.


Extraits :


- Notre vanité s’offusque à l’idée que nous ne soyons pas assez importants pour être toujours là, même après notre mort. Ah, c’est vrai, je me souviens, c’est ce qui pousse l’âtre humain à faire des enfants.

- Je ne peux pas me lever, je ne peux pas marcher, je ne peux rien du tout. Allongé, je regarde au plafond, et le plafond me regarde. Parfois, je regarde le mur pour changer, et le mur aussi me regarde. Mon voisin de lit dort, je l’entends ronfler, doucement.

- On ne parle presque plus de greffe aujourd’hui, on emploie presque toujours le terme transplantation.

- Je me concentre sur mon problème d’érection, (…) le fauteuil roulant est ma voiturette à érection : depuis qu’on me trimbale dedans, j’ai la gaule, une gaule douloureuse, j’ai mal. Je me sens comme un coléoptère au membre dressé, oui, comme si ma queue voulait partir à la redécouverte du monde.

- mon problème d’érection qui, je le sais, est d’ordre physiologique : le nouveau foie est plus habile à décomposer l’œstrogène de mon sang, d’où un taux de testostérone inhabituellement élevé et quelques légers passages à vide.

- Mortel ennui d’hôpital, je ne supporte plus, je ne supporte plus – et finalement, je supporte quand même. En fin de compte, ce n’est pas si grave. La nourriture est servie à l’heure, régulièrement, et il m’arrive aussi d’avoir de la visite.

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