Terre Ceinte
de Mohamed Mbougar Sarr

critiqué par CHALOT, le 9 novembre 2016
( - 72 ans)


La note:  étoiles
passionnant et instructif
« Terre Ceinte »
Roman de Mohamed Mbougar Saar
Editions Présence Africaine
258 pages
2014

Les exécutions se multiplient dans ce pays d’Afrique et cette ville où les islamistes ont délogé le pouvoir légal par la force.
La population est tenue par une main de fer.
La Charia implacable s’applique.
L’histoire commence par l’exécution en place publique d’un couple « illégal » de jeunes gens.
Ces deux jeunes s’aimaient, ils ont fauté car dans ce pays-là, les femmes doivent porter le voile et aucune démonstration d’affection et d’amour ne peut pas s’exprimer à la vue de tous …..
De toutes façons, même cachés ils auraient été dénoncés.
Le peuple semble accepter, voire approuver cette dictature religieuse, les habitants assistent aux répressions, les soutiennent, c’est du moins ce qui paraît acquis et définitif.
Des hommes et des femmes, sept au total, refusent cette chape de plomb sur leurs libertés.
Ils décident de résister et tout d’abord d’écrire et de diffuser un journal clandestin.
La « Fraternité » -curieux nom pour une dictature implacable et barbare- veille, surveille le peuple et n’hésite pas à rentrer dans les maisons pour trouver les coupables.
Des enfants qui jouaient ne le font plus, ils ont grandi vite, très vite comme Rokhaya :
« Elle avait grandi parce qu’elle savait à peu près ce qui se passait : les hommes qui mouraient, les chiens qu’on brûlait, sa mère qu’on avait battue. Elle comprenait tout ça ; plus aucune innocence n’était possible. La guerre, c’est aussi cela : l’impossibilité de demeurer un enfant alors même qu’on l’est. »
Y a-t-il une fin de l’histoire ?
Les hommes humiliés, dominés qui semblent complices sont-ils capables de comprendre, de combattre leurs bourreaux ?
Ce livre émouvant qui mélange des descriptions et des dialogues forts nous captive tout en nous invitant à la réflexion sur la lâcheté et le courage.

Jean-François Chalot