Ma vie palpitante
de Kim Ae-ran

critiqué par Débézed, le 13 octobre 2016
(Besançon - 70 ans)


La note:  étoiles
Vieux avant l'âge
« Mes parents avaient seize ans quand ils m’ont eu.
J’ai eu seize ans cette année.
Je ne sais si je vivrai jusqu’à mes dix-huit ans ».

Dès les trois premières lignes du prologue toute l’histoire est racontée et pourtant l’auteure a beaucoup de choses à dire sur ce sujet qui effraie tellement qu’on n’ose généralement pas le traiter : la maladie qui fait vieillir trop vite. Le gamin qui raconte cette histoire terrifiante, n’a que seize ans mais il en parait quatre-vingt avec toutes les conséquences accompagnant habituellement la vieillesse : la maladie, le handicap, la faiblesse, la fragilité, le déclin des sens,…

C’est donc Aerum qui raconte l’histoire de ses parents, leur histoire avant qu’ils se rencontrent, leur rencontre, la grossesse qui en découle, la décision de garder l’enfant, sa naissance, la découverte de la maladie, l’acceptation, la douleur, le découragement, l’accompagnement… L’enfant raconte aussi sa maladie vue de l’intérieur avec tout ce qu’il doit subir sans jamais gémir ni larmoyer, seulement en attrapant des mots pour les mettre sur tout ce qu’il subit avant qu’il ne soit trop tard car le temps coule vite dans le sablier de sa vie. Dans ce contexte extrêmement douloureux, l’auteure met beaucoup de douceur, beaucoup de délicatesse, de la poésie, mais pas de révolte, pas de violence, pas de désespoir, seulement de la douleur et de la résignation. Elle observe que : « Face à la maladie, les gens réagissent souvent par le déni, la colère ou la tristesse ».

En mettant le récit dans la bouche du malade ; l’auteure peut lui faire dire que la maladie ne le dispense pas de vivre et de vivre chaque jour avec intensité, que la vie est un cadeau qu’il faut d’autant plus apprécier qu’on risque de n’en disposer que peu de temps. L’enfant ne regrette qu’une seule chose ne pas être comme les autres. « Je voulais vraiment devenir aussi lamentable qu’eux, commettre les mêmes erreurs, nourrir les mêmes fantasmes. J’espérais leur ressembler ». Elle nous offre aussi un regard distancié sur la famille, le passage à l’âge adulte qui préoccupe beaucoup l’enfant, l’amour conjugal, l’amour filial, la procréation, le respect de la vie, l’acceptation du sort et la mort et son approche.

Cette étrange maladie est aussi l’occasion de poser le problème de l’âge qui n’est pas seulement lié au temps qui passe mais aussi à la façon dont nous effaçons le temps qui nous est dévolu. Aerum parait bien vite plus vieux que le père qui a fécondé sa mère et le vieux Jang, le voisin préféré de l’enfant, semble lui aussi plus vieux que son père et pourtant, il ne souffre d’aucune maladie.

Tous ceux qui souffrent, vivent la maladie dans leur chair mais ils la vivent aussi dans le regard et le comportement de ceux qui les entourent. Aerum cherche à faire comprendre à ses parents que sa maladie ne saurait en rien être le résultat de leur relation adultérine alors qu’ils étaient encore trop jeunes pour s’adonner à de telles pratiques. Un acte de résilience fort qui plane au-dessus de ce récit plein où les tensions sont toujours contenues même quand elles sont très violentes. L’enfant ne demande qu’une chose : « Je ne veux pas de sa pitié, j’ai ma fierté ».

Ce livre est aussi l’occasion de mettre en cause la société actuelle fondée sur des innovations technologiques et des moeurs souvent virtuelles : la téléréalité, les réseaux sociaux, Internet, les jeux vidéos,… qui n’apportent souvent que complication et inconvénients supplémentaires, ils ne remplaceront jamais les livres et les rêves qu’ils nourrissent, ni l’amour et l’amitié, les meilleurs remèdes contre la maladie et les meilleurs compagnons à l’approche de la mort.