Grandir à Compostelle
de Dominic Dernis

critiqué par Krapouto, le 12 octobre 2016
(Angouleme Charente - 72 ans)


La note:  étoiles
Encore un (bon) livre sur le Chemin de Compostelle
Avec ses milliers et des milliers de pèlerins, le Chemin de Compostelle nous apparaît comme bien banal. Évènement banal qui devient exceptionnel dans la vie de chaque pèlerin, qui n'est bien souvent plus le même au retour. Rien d'étonnant à ce que les plus doués ne résistent pas à nous le narrer dans un livre, on en trouve des dizaines sur le sujet. Talentueux, Dominic Dernis l'est assurément, pour faire un bon livre d'un pèlerinage dénué de tout évènement spectaculaire. De plus, l’engagement physique et moral est limité à la partie espagnole, l’auteur ayant parcouru l’itinéraire français depuis le Puy par tronçons de quelques jours sur plusieurs années.
Il se distingue de la plupart des autres ouvrages par une première partie formée par une relation analytique par thèmes : La solitude –Ecouter et respecter son corps – Les gîtes - Les inconvénients de la vie en gîte – Les rencontres – Le retour, les sautes d’humeur – Les petits plaisirs culinaires – Et Dieu, dans tout ça ? Idée originale apparemment séduisante mais aux redondances inévitables : supposons une étape X dans laquelle il est seul, fatigué, un gîte décevant, une rencontre sympa et une bonne bière, tous les chapitres sont concernés !
Et surprise, dans la deuxième partie on retombe dans la description chronologique de chaque étape, toutes les étapes, dont l’étape X , avec la fatigue, la rencontre, le gîte et la bière !
Et re-surprise, 3ème partie, c’est son nounours fétiche, qui a fait tout le chemin accroché au sac, qui raconte certaines étapes. C’est de loin la partie la plus intéressante.
Dans tout le livre l’auteur est un personnage attachant d’une grande honnêteté morale. Il ne se pose pas en héros , jamais tendre avec lui-même, content de lui quand il le mérite, son rapport avec les autres tiraillé entre une empathie naturelle et un besoin d’isolement. Il analyse sans fard la transformation que le Chemin a opéré en lui. Le style clair , précis, est bien agréable à la lecture. Mais c’est lorsque le nounours commente avec humour les agissements de son pèlerin qu’il est le plus naturel. Comme le livre y aurait gagné en concision et en originalité s’il avait été entier l’œuvre du nounours !

Ps : une mauvaise note à l’éditeur : malgré les lectures et les relectures, on n’est jamais à l’abri . Mais une dizaine de fautes d’orthographe, ça fait beaucoup…
12/10/2016