Soudain, j'ai entendu la voix de l'eau de Hiromi Kawakami

Soudain, j'ai entendu la voix de l'eau de Hiromi Kawakami
(suisei)

Catégorie(s) : Littérature => Asiatique

Critiqué par Débézed, le 28 septembre 2016 (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 70 ans)
La note : 8 étoiles
Visites : 759 

Qui j'ose aimer !

« Soudain, j’ai entendu la voix de l’eau », de l’eau que même la Muraille de Chine n’a jamais pu arrêter, de l’eau qui compose nos corps, de l’eau que Ryô répand dans le corps de sa sœur Miyakô. Miyakô et Ryô, un frère et une sœur vivent ensemble depuis que leur mère est morte et qu’ils n’ont pas voulu rester seuls chacun de leur côté. Miyakô, l’héroïne et la narratrice de cette histoire, entraîne le lecteur dans une introspection au sein d’un huis clos familial composé d’elle, la fille aîné de la famille qui travaille à la maison, de Ryô le frère cadet qui vit avec elle, de la mère qui décède trop tôt, du père qui s’éloigne un peu après le décès de la mère, de Takejei celui qui a toujours aimé la mère sans jamais pouvoir l’épouser et d’une seule et unique amie.

Miyakô raconte l’histoire de cette famille dans un texte, doux, délicat et tendre sans aucune violence, un texte qui coule paisiblement comme l’eau qui baigne les corps. Totalement plongée dans le passé de cette famille, sans jamais essayer d’entrevoir l’avenir, elle essaie de comprendre comment elle est tombée amoureuse de son frère et comment ils en sont venus à partager leur vie. La mère qui préférait le frère, rayonnait et attirait l’amour et la sympathie tout en fascinant sa fille qui l’admirait. « Maman était morte mais elle continuait à vivre en moi. Si bien que même si j’étais seule, je ne pouvais pas être seule ». La mère disparue, la fille a reporté cet attachement viscéral sur le frère qu’elle a toujours aimé tendrement et plus encore après qu’ils ont appris que leur père n’était pas leur père biologique.

Une réflexion sur la raison d’être, l’amour, la famille, la vieillesse et la mort, une réflexion totalement détachée du contexte historique et social, sauf de la guerre que la narratrice n’a pas vécue mais dont elle connaît bien les torts qu’elle a causés à la famille et de l’attentat au gaz sarin en 1995 qui aurait pu être fatal au frère. Une réflexion qui l’amène à penser que le hasard joue un grand rôle dans ce que nous sommes et ce que nous vivons. « Nous ne sommes pas constitués de la signification que revêtent les événements, les choses qui se sont passées. Nous existons simplement au gré de ce qui nous arrive, nous sommes ce que nous sommes par hasard, pas la peine d’aller chercher plus loin ». Et que la vie n’est qu’une évidence simple que les hommes se complaisent à complexifier. « Tu ne crois pas que le monde serait plus supportable si les êtres humains étaient capables de dominer leurs sentiments ? »

La narratrice, et peut-être même l’auteure, essaient de nous faire comprendre que la vie serait une chose douce est facile, si nous acceptions de la prendre comme elle nous est offerte par le hasard et façonnée par notre passé. L’avenir, il suffit de l’affronter et de l’accepter. « Le mot de vieillesse est un mot avec lequel nous n’arrivons pas à nous familiariser. C’est comme s’il ne nous restait plus beaucoup de temps, une impression de ce genre. C’est peut-être aussi que nous ne voulons pas y penser, une sorte de préjugé, une illusion. »

Et la famille n’est pas un débat, c’est comme ça, car les sentiments ne se gouvernent pas, pas plus que le cours de l’eau ne peut-être entravé. « Dans la mesure où nous sommes ensemble depuis l’enfance, nous formons une famille, non ? » A chacun sa vie, à chacun ses amours !

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