L'oiseau du bon Dieu de James McBride

L'oiseau du bon Dieu de James McBride
(The good Lord bird)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Pascale Ew., le 16 août 2016 (Inscrite le 8 septembre 2006, 51 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (19 461ème position).
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Le fanatisme ne date pas d'hier

En 1856, Henri, douze ans, est fils d'esclave, métis et cire les chaussures pendant que son père coupe les cheveux à la taverne du coin. Lorsque débarquent John Brown et sa troupe d'abolitionnistes, ils tuent par mégarde le père et emmènent le fils en pensant qu'il s'agit d'une fille. Et voilà Henri rebaptisé Henrietta sur un malentendu et affublé d'une robe, puis surnommé l'Echalotte. Bien qu'il pense sans cesse à faire faux bond à ce petit groupe de soldats dépenaillés et mal organisés, il n'en fait rien… jusqu'au jour où une occasion se présente.
Deux ans plus tard, le vieux John Brown refait surface et récupère l'Echalote, qu'il considère comme son porte-bonheur.
John Brown prépare sa guerre. Il est persuadé que les noirs ne demandent qu'à se battre pour leur liberté et il perpétue tous les crimes possibles dès que sa cause les justifie, sans oublier de prier et prêcher la bonne parole pendant des heures car il se croit investi d'une mission par Dieu en personne. Le Capitaine est en total décalage avec les noirs, à qui il ne demande jamais leur avis, alors qu'ils vivent dans la peur du blanc et de ses représailles sur eux ou leur famille.
Le personnage incroyable de John Brown paraît sorti tout droit de l'imagination fertile et fantasque d'un écrivain, alors qu'il a bel et bien existé ! Quant à Henri, il incarne la crise d'identité. En effet, il n'est ni tout-à-fait blanc ni tout-à-fait noir, il peut se faire passer pour l'un ou pour l'autre selon les opportunités et sa lâcheté l'empêche de révéler son sexe. Il lui faudra surpasser tous ces dilemmes pour "devenir un homme".
Ce récit est passionnant et nous conte les prémices de la guerre de sécession. Le lecteur peut facilement s'imaginer les décors façon western. Il y a toutefois quelques petites longueurs vers la fin. L'auteur instille un humour subtil dans l'histoire.

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Les éditions

  • L'oiseau du bon Dieu [Texte imprimé], roman James McBride traduit de l'américain par François Happe
    de McBride, James
    Gallmeister / Americana (Paris. 2008)
    ISBN : 9782351780978 ; EUR 24,80 ; 20/08/2015 ; 450 p. ; Broché
  • L'oiseau du Bon Dieu [Texte imprimé], roman James McBride traduit de l'américain par François Happe
    de McBride, James Happe, François (Traducteur)
    Gallmeister / Totem (Paris. 2010)
    ISBN : 9782351785874 ; EUR 11,50 ; 04/05/2017 ; 480 p. ; Poche
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Le voyage de l’Echalote

8 étoiles

Critique de Marvic (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 60 ans) - 14 mars 2019

Henry Shackleford, jeune esclave mulâtre était loin de se douter en voyant "un vieil Irlandais tout délabré titubant" entrer dans la taverne de son maître Dutch Henry, que cet homme allait bouleverser sa vie. D’abord en tuant son propre père, barbier prêcheur, puis en l’emmenant contre son gré dans sa fuite.
Car cet «"Irlandais délabré"» était en fait un homme recherché, dont la tête était mise à prix dans de nombreux états pour son combat contre l’esclavage, John Brown.
Ne doutant pas de la réponse à une question qu’il n’a même pas posée, il "libère" le jeune garçon, le rebaptise doublement, en le prenant pour une fille prénommée Henrietta, et lui donnant le surnom d’"Echalote", comme le porte-bonheur qu’il/elle vient d’avaler.
Malgré ses tentatives d’évasion pour retourner chez son maître où il avait au moins le gîte et le couvert, il va traverser plusieurs états, croiser un grand nombre de personnalités plus ou moins recommandables, dont certaines aux espérances de vie très limitées.
Employé(e) dans une taverne à "l’étage du Plaisir", émissaire du Canada en Virginie pour préparer le "Grand jour", Henry sera le témoin des prémices du grand combat qui secouera les états-unis quelques mois plus tard.
" Pour dire la vérité, ça me rendait un peu triste de voir ces centaines de Blancs en train de pleurer sur les Noirs, vu qu’il n’y avait presque jamais de Noirs présents à ces réunions, et ceux qui étaient là, ils s’étaient faits tout beaux et ils étaient sages comme des images…. Tout le monde parvenait à faire un discours sur les Noirs, sauf les Noirs."

Au fur et à mesure des aventures, de la fréquentation du Vieux, témoin de son courage ou de sa folie, de son abnégation, de son entêtement, le jeune garçon va comprendre ce que ce combat pour l’abolition de l’esclavage signifie, prendre conscience de sa propre importance de son rôle, des sentiments qu’il éprouve, du changement qu’il peut accompagner, et de l’importance de prendre son destin entre ses mains.
"Être noir, c’est un mensonge de toute façon. Personne vous voit tel que vous êtes vraiment. Personne sait qui vous êtes à l’intérieur. Vous êtes jugés sur ce que vous êtes à l’extérieur, quelle que soit votre couleur. Mulâtre, brun, noir, peu importe. Pour tout le monde, vous êtes un Noir, tout simplement…. J’en suis venu à comprendre que, peut-être, le plus important était ce qu’il y avait à l’intérieur, et que votre enveloppe extérieure comptait pas autant que les gens l’imaginaient, qu’elle soit noire ou blanche, masculine ou féminine."

Un livre dense, une épopée invraisemblable et pourtant réelle, souvent joyeuse (même si la nature humaine ne se montre pas sous son meilleur jour), à travers le destin d’un homme d’une grande clairvoyance ou d’une grande naïveté, à l’héroïsme inconscient à la limite de la folie ; un livre où on hésite en permanence entre le rire et les larmes. Une réussite.

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