Le rocher de Tanios de Amin Maalouf

Le rocher de Tanios de Amin Maalouf

Catégorie(s) : Littérature => Francophone , Littérature => Moyen Orient , Littérature => Arabe

Critiqué par Vigno, le 23 mars 2004 (Inscrit le 30 mai 2001, - ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 9 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (992ème position).
Visites : 11 220  (depuis Novembre 2007)

La Montagne de Tanios

« Dans le village où je suis né, les rochers ont un nom. Il y a le Vaisseau, la Tête de l'ours, l'Embuscade, le Mur, et aussi les Jumeaux, encore dits les Seins de la goule. Il y a surtout la Pierre aux soldats ; c'est là qu'autrefois on faisait le guet lorsque la troupe pourchassait les insoumis ; aucun lieu n'est plus vénéré, plus chargé de légendes. Pourtant, lorsqu'il m'arrive de revoir en songe le paysage de mon enfance, c'est un autre rocher qui m'apparaît. L'aspect d'un siège majestueux, creusé et comme usé à l'emplacement des fesses, avec un dossier haut et droit s'abaissant de chaque côté en manière d'accoudoir - il est le seul, je crois, à porter un nom d'homme, le Rocher de Tanios... »

Essayant de démêler ce qui appartient à l’histoire et à la légende, le narrateur, s’inspirant d’anciens écrits fictifs, part à la recherche de Tanios, un personnage qui a habité le même village que lui au siècle dernier. Qu’est ce qui a valu à ce personnage de laisser son nom à un rocher, surtout qu’on perd sa trace dès qu’il atteint ses dix-neuf ans? Est-il vraiment le fils de l’intendant Gerios et de la belle Lamia? Rien n’est moins sûr! On pense plutôt que le Cheikh lui-même, qui exerçait pour ainsi dire une variante du droit féodal de cuissage, était son vrai père. Sa naissance va déclencher une suite d’événements qui vont profondément transformer le village de Kfaryabda, un village dans la montagne libanaise. En effet, une suite de conflits politico-religieux auxquels il est mêlé de façon plus ou moins directe, va enflammer la Montagne : il faut dire que l'Empire ottoman et l'Egypte se disputent le territoire et que la France et l’Angleterre tirent les ficelles en arrière-plan.

Dès son plus jeune âge, Tanios se démarque par sa sagesse mais aussi par son opiniâtreté. Certains signes extérieurs – à l’adolescence, ses cheveux blanchissent – en font un personnage marqué, un élément du destin. « Le destin, écrit-il en prétendant citer l'une de ses sources apocryphes, passe et repasse à travers nous comme l'aiguille du cordonnier à travers le cuir qu'il façonne. (...) Le destin dont les redoutables passages ponctuent notre existence et la façonnent. »

Révolté contre son père et contre le système féodal qu’impose le Cheikh (son père biologique), il se lie à des forces étrangères. Les Anglais tentent d’assurer leur hégémonie sur la contrée en la cultivant de l’intérieur : ils ouvrent des écoles dans le pays. Par un concours de circonstances, Tanios aura la chance de suivre les cours du révérend Stolton. Je dis bien « la chance », parce que ce dernier lui apprend moins la culture occidentale que la tolérance et l’ouverture sur le monde. Ce professeur anglais deviendra son père spirituel.

Lentement, il en viendra à reconsidérer sa vision de ses différents pères (civil, biologique et spirituel), se réconciliant avec chacun d’eux. Il trouvera l’amour et celui-ci pèsera plus lourd que tous les conflits entre les différentes factions qui divisent son pays. « Elle t’attend, la fille au trésor, dans son île; et ses cheveux ont toujours la couleur du soleil d’occident. »

Bien entendu le roman se prête à l’interprétation et à certains rapprochements. L’auteur lui-même a accepté le jeu : « C'est vrai que c'est l'histoire d'un personnage, Tanios, qui se sent de plus en plus étranger au milieu des siens, qui n'arrive pas à accepter la montée de la violence, qui refuse d'entrer dans la logique de la vengeance, qui ne veut même pas se venger de ceux qui ont tué son père, et qui peu à peu se sent en quelque sorte poussé vers la sortie. Il y a là une parabole, une évocation de ceux qui, comme moi, ont refusé cette guerre, ont refusé d'avoir du sang sur les mains, ont refusé de prendre part à un conflit où il fallait tuer, et qui ont préféré partir. »

Au-delà des interprétations, ce roman peut se lire pour lui-même, pour le plaisir de lire. Maalouf est un merveilleux conteur et son Rocher de Tanios n’aurait pas déplu à Shéhérazade. Les personnages sont très typés, plus captivants les uns que les autres, l’intrigue rebondit sans cesse et maints passages sont pleins de poésie. Et toute la mise en scène qui vise à accréditer le récit – le narrateur dans l’histoire, l’utilisation de différentes sources fictives - contribue à le mettre à égale distance du conte et de l’histoire, ce qui ne déplait pas au lecteur que je suis. « …les faits sont périssables, crois-moi, seule la légende reste, comme l'âme après le corps, ou comme le parfum dans le sillage d'une femme. »

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De l'affection à la fiction (un très beau livre pour les vacances)

9 étoiles

Critique de Ioualioune2 (, Inscrit le 23 juin 2015, 57 ans) - 24 juin 2015

Amin Maalouf a un style très particulier et très captivant. Tout au long de ce livre le lecteur savoure une certaine attirance dans toute intrigue. C'est un mélange de l'imaginaire et de l'histoire qui nous entraîne loin dans les rivages d'une littérature légendaire.
A lire sans modération....

pour la mille deuxième nuit

9 étoiles

Critique de Ellane92 (Boulogne-Billancourt, Inscrite le 26 avril 2012, 43 ans) - 9 décembre 2013

Prix Goncourt 1993, Le rocher de Tanios évoque, à la façon d’un conte dans lequel se mêlent légende et réalité, une période trouble du Liban. Au milieu de ces courants contraires, il y a un jeune homme aux cheveux blancs lui aussi en quête d’identité, d’amour, voire de haine, et sert de catalyseur aux évènements rapportés : partout où ses pas le mènent, le changement arrive, les coutumes tombent, le pouvoir change de main, et l’histoire, celle du village ou celle de ses habitants, prend un autre tournant.
Qu’il est beau, ce texte d’Amin Maalouf : l’écriture est évocatrice, poétique, sensitive, et je me suis reprise à lire plusieurs fois un même paragraphe juste pour la beauté des sons, des images et des associations qu’il propose. Je me suis laissée porter en douceur par cette histoire belle et triste. J’ai été séduite par Lamia la belle, j’ai mis mes pas dans ceux de Tanios, et je garde de cette lecture la certitude qu’il y a un rocher, dans le village de Kfaryabda, qui porte le nom d’un homme. Et qu’importe si c’est une légende, c’est le vieux Gébrayel qui le dit : « Les faits sont périssables, crois-moi, seule la légende reste, comme l’âme après le corps, ou comme le parfum dans le sillage d’une femme »

Tanios-kichk

10 étoiles

Critique de Khayyam 1er (, Inscrit le 21 janvier 2010, 36 ans) - 21 janvier 2010

Les grandes lectures sont celles qui laissent des traces dans votre vie et non le nombre d'exemplaires vendus. Ainsi chaque personne a ses livres préférés qui diffèrent des notres. Le Rocher De Tanios est resté dans ma mémoire par bribes et parcelles faisant un des plus beaux souvenirs d'enfance. Amin Maalouf possède ce don de pouvoir nous faire voyager dans le temps, nous transporter dans l'univers des Mille et une nuit l'espace d'un livre.
Merci Amin.

La lecture de Patryck Froissart

9 étoiles

Critique de FROISSART (St Paul, Inscrit le 20 février 2006, 72 ans) - 20 mars 2007

Titre : Le rocher de Tanios
Auteur : Amin Maalouf
Editeur : Grasset (1993)
280 pages
ISBN : 2253138916

A Kfaryabda, un minuscule fief du Liban de la première moitié du 19e siècle, le seigneur exerce un pouvoir féodal absolu, et non remis en cause, sur les hommes, et encore plus sur les femmes, des trois cent familles qui vivent sur ses terres.
Usant de son droit de cuissage, il « séduit » les épouses, les mères, les sœurs et les filles, et les renvoie, après usage, à leurs maris qui feignent de ne pas connaître la nature des « corvées » domestiques que chaque personne de sexe féminin doit accomplir périodiquement au château.
Tout se passe bien, dans le respect des traditions, jusqu’au jour où le cheikh s’attache, plus que de raison, à la belle Lamia, la jeune épouse de son nouvel intendant, lui fait un bâtard, Tanios, et provoque, par la nature non usuelle de cette liaison, la colère de sa propre femme et du clan de celle-ci, dont les membres, pour venger l’affront, viennent en grand nombre s’installer et festoyer chez le cheikh jusqu’à presque le ruiner.
Tanios, bâtard puis rebelle, devient en grandissant le centre et, involontairement, le déclencheur de conflits familiaux, claniques, régionaux mettant en jeu toute la complexité du Liban de l’époque, qui voit s’affronter sur son sol les seigneurs et les émirs locaux, les multiples religions et confessions héritées de toutes les confluences de son Histoire, l’empire ottoman déclinant et l’Egypte de Mehemet Ali et de son bras droit le Français converti Joseph Sève, alias Soliman Pacha, et, par ces derniers interposés, les puissances occidentales et coloniales rivales.

Les identités, chez Amin Maalouf, étant toujours meurtrières, le fanatisme, le sang et la mort marquent le destin des différents protagonistes, celui de Tanios ne connaissant une parenthèse de paix que pendant la période où, justement, réfugié à Chypre incognito, il n’a plus d’identité, et peut vivre un amour tranquille avec une femme sans nom avec qui toute communication est impossible puisque chacun ignore tout de la langue que l’autre parle.

Le roman est donc, on le devine, une affirmation de pessimisme désespéré: le discours identifie celui qui le prononce et le pose d’emblée en adversaire de celui à qui il est adressé. La parole nourrit la haine. L’homme ne peut s’entendre avec son semblable que lorsqu’il ne l’entend pas...

Patryck Froissart, St Benoît, le 20 mars 2007

"Lamia, Lamia, comment pourrais-tu cacher ta beauté ?"

8 étoiles

Critique de Pétronille (, Inscrite le 17 juin 2006, 41 ans) - 17 juin 2006

J'avais envie d'exotisme et je cherchais à m'évader facilement de mes révisions. Au kiosque Relay de la gare d'Austerlitz, j'ai acheté une revue de cuisine "Spécial Pique-Nique" où les mots comme les photos font saliver et une revue de déco : rien qu'en lisant les articles, j'ai l'impression de savoir tout faire de mes 10 doigts.
Puis, comme à mon habitude, je me suis postée devant les étalages de livre de Poche. J'aime pourtant lire un livre dans son édition originale. La douceur du papier, l'odeur d'un livre neuf participent au plaisir de la lecture mais il y a des plaisirs qu'il faut savoir préserver. Et la cadence de mes achats de livre ne me permet pas qu'il m'en coûte 20€ à chaque fois. "Va à la bibliothèque" me dit souvent mon père qui est plus fidèle abonné de celle de son village. Mais je ne m'y résous pas ; j'aime à relire mes livres, en entier ou par petites touches. A les regarder dans mon étagère, à les feuilleter, à lire des passages tout haut. Je rêverai de connaître les plus beaux par cœur.
Dans la rubrique "Meilleures ventes", je vis plusieurs livres d'Amin MAALOUF. Ce nom ne m'était pas inconnu... mais j'en savais pas grand-chose. Un nom aux sonorités chaudes, envoûtantes comme un vent du Moyen-Orient. La présentation de l'auteur m'apprend 1. que j'ai déjà acheté un roman de lui (Léon l'Africain, que je n'ai jamais commencé et que je trouve plus dans ma bibliothèque... Où l'ai-je mis ? ) et 2. qu'il reçut le prix Goncourt en 1993. [élu par les 10 membres du Goncourt au 2ème tour par 6 voix contre 2 à Michel BREAUDEAU pour Mon ami Pierrot, 1 à Philippe BEAUSSANT pour Eloïse (déjà couronné par le Grand Prix du Roman de l'Académie française) et 1 à Angelo RINALDI pour Les jours ne s'en vont pas longtemps]. Ça, c'est pour utiliser mon beau Quid 2006... Passionnante comme lecture !
Je choisis donc Le Rocher de Tanios, décoré en 1993.


Le premier paragraphe :
« Dans le village où je suis né, les rochers ont un nom. Il y a le Vaisseau, la Tête de l'ours, l'Embuscade, le Mur, et aussi les Jumeaux, encore dits les Seins de la goule. Il y a surtout la Pierre aux soldats ; c'est là qu'autrefois on faisait le guet lorsque la troupe pourchassait les insoumis ; aucun lieu n'est plus vénéré, plus chargé de légendes. Pourtant, lorsqu'il m'arrive de revoir en songe le paysage de mon enfance, c'est un autre rocher qui m'apparaît. L'aspect d'un siège majestueux, creusé et comme usé à l'emplacement des fesses, avec un dossier haut et droit s'abaissant de chaque côté en manière d'accoudoir - il est le seul, je crois, à porter un nom d'homme, le Rocher de Tanios. »



Est-ce que j'exagère en avouant que j'ai été séduite par la belle Lamia ? C'est par elle que prend forme le destin de son fils Tanios. Qui donc en le père ? Gérios, son mari, l'intendant sans forme ni saveur du château ? Ou le Cheikh qui use, avec plus de sensualité que de brutalité et au milieu des commérages de toutes les femmes du village, du droit de cuisage ? A Kfaryabda, la naissance de Tanios déclenche une série d'événements... De la jalousie de la Cheikha et de sa famille aux confit politico-religieux du Liban des années 1830, alors que l'empire Ottoman, l'Egypte et l'Angleterre s'affrontent autour de la possession de ce pays. Série qui s'achève par la disparition mystérieuse du jeune homme à l'aube de l'âge adulte. Le dernier endroit où on l'ait vu est un rocher, trône de pierre, “d'où au loin, [on] voit la mer, étroite parcelle de mer, étroite et longue vers l'horizon comme une route".
Dés son plus jeune âge, Tanios a un destin particulier. Enfant aux origines floues mais préservé par la beauté de sa mère, adolescent intelligent, révolté, en quête d'identité au cœur d'un système féodal qui s'effrite, de religions qui s'affrontent, d'un pays convoité. L'amour, la vengeance, les intrigues politiques m'ont tenue en haleine. Le style parfois poétique, les descriptions touchantes, cocasses, drôles des personnages...
Amin MAAALOUF m'a attiré bien loin de la Petite Couronne que traverse le bus dans lequel j'ai souvent lu ce roman cette semaine. J'ai passé quelques heures au pays du Cèdre, à jouer avec les enfants de Kfaryabda à garder le plus longtemps possible ma main sous la source glacée du village. J'ai contemplé le Cheikh dans la salle des Piliers.

« Les faits sont périssables, crois-moi, seule la légende reste, comme l'âme après le corps, ou comme le parfum dans le sillage d'une femme. »


Les personnages principaux :
- La narrateur qui cherche à reconstituer l'histoire de celui qui a donné son nom à un rocher du village
- Tanios
- La belle Lamia, son mari Gérios
- Le Cheikh


Lieu :
Kfaryabda, village des montagnes Libanaises

Époque :
Milieu du XIX° siècle


Extrait :
Ce n'est pas le plus révélateur car bien que le personnage de Lamia soit important, ce n'est pas l'héroïne du roman. Mais j'ai aimé la manière de décrire cette femme, dont la beauté est devenue une légende, un proverbe même.

« - Lamia avait seize ans, et lorsqu'elle pleurait, deux fossettes se creusaient au milieu de ses joues comme pour recueillir ses larmes.

Gébrayel n'ignorait aucun détail dés qu'il s'agissait d'elle.

- Crois-tu vraiment qu'elle était aussi belle qu'on le dit ?

Ma question était presque un sacrilège.

- Et plus belle encore ! Le plus belle des femmes ! Gracieuse, de sa nuque aux chevilles. Ses mains longues et fines, ses cheveux si noirs qui tombaient lisses jusqu'au milieu du dos, ses grands yeux maternels et sa voix affectueuse. Elle se parfumait au jasmin, comme la plupart des filles du village. Mais son jasmin ne ressemblait à aucun autre.
- Pourquoi cela? demandai-je naïvement.
- Parce que ce jasmin-là sentait la peau de Lamia.

Gébrayel ne souriait pas. Il regardait ailleurs.
- Sa peau était rosâtre et si douce que tous les hommes rêvaient de la frôler ne fut-ce que du revers des doigts. Sa robe s'ouvrait jusqu'aux marches du Crucifix, et plus loin encore. Les femmes de ce temps-là dévoilaient leur poitrine sans le moindre soupçon d'indécence, et Lamia laissait paraître une face entière de chaque sein. Sur ces collines-là j'aurais voulu poser ma tête chaque nuit...

Je m'éclaircis la gorge.

- Comment peux-tu savoir tant de choses, tu ne l'as jamais vue !
- Si tu ne veux pas me croire, pourquoi m'interroger ?

Mon intrusion dans son rêve l'avait irrité. Mais il ne m'en tint pas rigueur. Il se leva, prépara pour lui et pour moi deux grands verres de sirop de mûre.
- Bois lentement, me dit-il, l'histoire est encore longue. »


http://labibliothequedepetronille.hautetfort.com

Superbe!

9 étoiles

Critique de Norway (Entre le Rhin, la Méditerranée et les Alpes !, Inscrite le 7 septembre 2004, 44 ans) - 22 janvier 2006

J'ai beaucoup apprécié ce livre. Cela fait un moment que je l'ai lu et c'est difficile de me rappeler les émotions ressenties pendant la lecture. Mais, j'en garde un excellent souvenir de lecture de vacances !

Au Liban

8 étoiles

Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 63 ans) - 1 octobre 2005

Maalouf et le Liban. Maalouf et l’histoire bien perturbée à l’époque déja du pauvre Liban (XIX ème siècle).
En note finale, A. Maalouf précise ceci :
« Ce livre s’inspire très librement d’une histoire vraie : le meurtre d’un patriarche, commis au dix-neuvième siècle par un certain Aboukichk Maalouf. Réfugié à Chypre avec son fils, l’assassin avait été ramené au pays par la ruse d’un agent de l’émir, pour être exécuté.
Le reste- le narrateur, son village, ses sources, ses personnages - , tout le reste n’est que qu’impure fiction. »
Une implication plus conséquente d’A. Maalouf dans cette histoire peut être suspectée.
Le fil de l’histoire mêle à la fois une histoire d’hommes, de femmes, l’Histoire, et un zeste d’irrationnel sans lequel un écrivain proche-oriental ne serait pas un écrivain proche-oriental !
Jeune garçon déja, Tanios se distinguait de ses congénères. Le mystère qui plane sur sa naissance, et que A. Maalouf laisse en vol libre jusqu'’au bout, ajoute à sa particularité. Entre alors en scène l’Histoire, bien troublée quand même, et on est parti pour 277 pages de plaisir.
« Tanios intervint, en usant du prestige qui lui restait encore, et emmena l’homme avec sa mule jusqu’à la sortie du village Un trajet de trois milles tout au plus en comptant le retour, mais mon pupille ne revint que quatre heures plus tard. Il ne parla à personne, monta s’asseoir sur un rocher. Puis, comme par prodige, il disparut. »
Le rocher de Tanios fût, faut-il le rappeler, Goncourt 93.

Amin Maalouf en demi-teintes

6 étoiles

Critique de Fee carabine (, Inscrite le 5 juin 2004, 45 ans) - 6 juillet 2004

" Une intrigue qui rebondit sans cesse et des personnages très typés". Pour moi, c'est là que la bât blesse. Je n'ai pas retrouvé dans "Le rocher de Tanios" _ dans ses personnages et dans la peinture des lieux - toute la richesse de couleurs et de nuances qui m'avaient fait aimer "Samarcande". Et malgré tous ses rebondissements, l'intrigue est un peu trop prévisible, finalement moins riche en surprises que celle du "Périple de Baldassare".

Mais ces réserves faites, j'ai lu "Le rocher de Tanios" avec plaisir... parce qu'Amin Maalouf est malgré tout un merveilleux conteur, qu'il nous prend au piège dans le filet de ses phrases et qu'on ne quitte son livre qu'à regret...

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