L'effervescence du vide
de Nicolas Grimaldi

critiqué par Grandgousier, le 12 août 2016
( - 52 ans)


La note:  étoiles
La contemporaneité n'est pas une simultanéité
Écrit dans un langage brillant et un style étincelant, cet ouvrage de Nicolas Grimaldi est traversé par une profonde fêlure, liée à la finitude de l'homme confronté à son besoin d'infini.
Grimaldi reprend la formule de Claudel "l'homme est la promesse qui n'est jamais tenue" et explore à travers une approche pessimiste et désespérée le profond désarroi d'une conscience qui prend la mesure de la dualité de l'esprit humain prisonnier de deux mouvements antagonistes: agir comme si on était le centre du monde où se dévouer à son espèce et rayonner vers les autres.
Cette démonstration posée, Nicolas Grimaldi la développe et l'approfondit en se référant à son expérience personnelle et aux principales étapes de sa vie, notamment les évènements de mai 68 et son parcours d'enseignant à l'université. Et là ce n'est pas peu dire que le jugement de Nicolas Grimaldi est sanglant: mis à part quelques pairs de sa génération ou plus âgés que lui, peu de spécimens humains, professeurs, étudiants, artistes, politiques, simples contemporains, sont jugés comme échappant à un commode "prêt à penser" individuel ou collectif.
Culture, art ou politique, Nicolas Grimaldi cloue au pilori tous les snobismes, lâchetés d'esprit et mirages idéologiques. Quand il désintègre la démocratie républicaine (une "autocratie mollement tempérée"), nous devinons que l'annonce de la fin de notre civilisation constituera le chapitre suivant et effectivement il met ces mots dans le bouche d'un "vieil historien" de ses amis. Car Nicolas Grimaldi cite beaucoup sans nommer personne, ce qui finalement dessine commodément son propre portrait.
Et nous nous posons alors la question: Nicolas Grimaldi est-il l'intellectuel réactionnaire et auto centré qui "pour ne pas vivre désespéré se délivre d'espérer?" et qui considère que "rendre une femme et un enfant heureux, j'ai cru avoir mieux à faire que cela"
Et puis non, dans les toutes dernières pages du livre et consécutivement au choc provoqué par un accident de santé, Nicolas Grimaldi prend conscience que "la vie est à elle-même son propre sens" et que même si "la plupart de mes contemporains se réjouissaient de ce qui m'ennuyait et se désintéressaient de ce qui m'obsédait", lui et eux avaient simplement "fait le choix d'humanités différentes": "la liberté est ce qui nous unit et son exercice nous sépare".