Le chagrin des vivants
de Anna Hope

critiqué par Frunny, le 30 décembre 2018
(PARIS - 53 ans)


La note:  étoiles
"Au silence, à n'en plus finir, le silence bruyant du chagrin"
Anna Hope (1974- ) est une écrivaine et actrice anglaise de Manchester .
Son premier roman "Wake" (Le chagrin des vivants) a été publié en 2014.et figurait sur la liste des finalistes du Nouvel écrivain de l'année 2014 des National Book Awards.

Le roman se déroule sur 5 jours en novembre 1920 en Angleterre.
5 jours correspondant à l'exhumation du corps du soldat inconnu dans le nord de la France et son acheminement jusqu'à Londres (Abbaye de Westminster)
Autour de ces 5 jours, l'auteur tisse l'histoire de 3 femmes.
Ada, mariée à Jack depuis 25 ans, qui habite une banlieue ouvrière de Londres. Elle a perdu son fils Mickael pendant la guerre et ne cesse -depuis- de voir son fantôme dans les rues.
Evelyn, 30 ans, en deuil de son amour de jeunesse Fraser. Elle travaille au bureau des pensions et ne parvient pas à refermer sa blessure. La figure charismatique de son frère Edward joue un rôle important dans le roman.
Hettie, la plus jeune, est danseuse de compagnie au Hammersmith Palais. Elle veut oublier la guerre et vivre à 100 km/h.

Au fil des pages, un lien tenu va relier les 3 femmes mais seul le lecteur en aura connaissance. Ces 3 femmes ne se rencontreront jamais.

Une oeuvre intelligente, sensible, humaine et terriblement bien documentée.
En 1920, la Guerre est terminée mais son pouvoir d'attraction est dramatiquement présent.
La force de la mémoire et le désintérêt de l'état ravivent les douleurs.
Des fulgurances parsèment ce roman et on aime lire et relire certains passages.(voir pages 268/ 301/ 356 de l'édition Folio)
Un roman autour de la mémoire, du rite de l'enterrement et de la cérémonie.
Pour ne pas oublier les vivants à trop penser aux morts !

PS: un clin d'oeil cynique en fin de roman où un soldat irlandais -qui a combattu pour l'armée britannique- s'interroge sur l'opportunité de commettre un attentat pendant la cérémonie du 11 novembre ( préfigure l'émergence du Sinn Féin)
Plaidoyer universel 9 étoiles

J'avais lu beaucoup d'ouvrages relatant la guerre 14-18, mais j'étais passée à côté de celui-ci.
"Le chagrin des vivants" raconte la vie de trois femmes, après-guerre, plus précisément en 1920, alors que l'Angleterre va accueillir 5 jours plus tard, le 11 novembre, le "Soldat inconnu".
Trois femmes qui ont subi, ou subissent encore, les effets de la guerre. Ada, qui a perdu son fils, qui ne sait pas bien où il est tombé, et qui le voit à chaque coin de rue. Evelyn, qui a appris la mort de son fiancé. Et Hettie, une toute jeune fille qui accompagne tous les jours les soldats revenus sur la piste du Palais de la danse, partageant avec eux leur solitude et leur amertume.
Trois femmes qui n'ont rien à voir l'une avec l'autre, mais dont les destins vont se frôler, presque s'entrecroiser, par les coups du hasard.
Anna Hope nous offre un livre très détaillé de ces années d'après-guerre. Relativement documenté, le récit sonne vrai et rien ne semble romancé, nous plongeant au cœur de ces années difficiles, de la reconstruction, villes dévastées, âmes tourmentées et cœurs blessés, voire brisés. On ne peut que comprendre et partager le mal-être, le désarroi, le doute et malgré tout un certain espoir. Tourner la page est encore une étape fragile, mais il faut avancer et regarder loin dans ce contexte.
Et le lecteur accompagne volontiers ces trois femmes, les entend et compatit, peut faire aussi un triste parallèle avec les mêmes choses vécues par ses aïeux, la même angoisse, le même deuil.
La Grande guerre meurtrière a touché le monde entier, ce livre est un hymne aux soldats tombés pour la liberté, de par le monde, et son plaidoyer est universel.

Nathafi - SAINT-SOUPLET - 52 ans - 12 avril 2019


Traumatismes de la grande guerre 8 étoiles

Frunny a fait une très bonne critique de ce livre, un livre que j'ai vraiment beaucoup aimé.

L'auteur raconte l'histoire de trois femmes anglaises affectées chacune par la guerre de 14-18. Il y a Ada, obnubilée par la disparition de son fils et qui ne parvient pas à faire son deuil, ce qui met son couple en danger. Il y a Evelyn qui ne voit pas son collègue de bureau, amoureux d'elle, et qui vit dans l'amertume. Il y a Hetty dont le frère a perdu la boule dans les tranchées mais qui a un féroce appétit de vivre. Au même moment une grande cérémonie en l'honneur des soldats oubliés (nous sommes en 1920) se met en place, dans le but d'aider la population à panser ses plaies.

J'ai trouvé ce portrait de femmes anglaises très fin, elles sont chacune très attachante et l'auteur évoque bien cette période assez triste de l'après-guerre.

Saule - Bruxelles - 53 ans - 22 mars 2019