Le lion et la perle
de Wole Soyinka

critiqué par Septularisen, le 4 août 2016
(Luxembourg - 50 ans)


La note:  étoiles
LE VIEIL HOMME ET LA JEUNE FILLE
“Le Lion et la Perle” est la première pièce de théâtre de Wole SOYINKA (prononcez Cho-Ynn’ka en Yoruba), à avoir été traduite en français en 1968, bien avant que celui-ci me devienne mondialement connu.

C’est une comédie de mœurs, avec une légère intrigue, dans la droite ligne de celles de MOLIÈRE, mais bien sûr à la « sauce » africaine.
La pièce toute entière tourne autour de trois personnages principaux et nous décrit donc la lutte entre Baroka (Le Lion), le chef de village et patriarche. C’est un vieux roublard rusé peu scrupuleux, polygame, traditionnel et sans aucune illusion sur le déclin des aristocrates de sa tribu (il me fait d’ailleurs penser au prince de Giuseppe TOMASI DI LAMPEDUSA dans « Le Guépard »). Il a face à lui le jeune Lakounlé, l’intellectuel et l’instituteur du village. Caricature du jeune africain qui veut « tout changer tout de suite ». Il s’oppose à la nudité, aux cases en paille, au fait de manger avec ses doigts, de cracher par terre etc…
L’objet de leur convoitise réciproque est bien sûr une femme… Sidi (La Perle), très jeune et très belle femme du village, spontanée et superficielle, fascinée par sa propre beauté et dont les deux hommes espèrent s’attirer les faveurs…

Au début de la pièce, Sidi, devenue tout à coup très célèbre après que des photos d’elle, prises par un photographe blanc, soient parues dans un magazine de mode de la capitale, repousse pour la énième fois la demande en mariage de Lakounlé, celui-ci étant absolument opposé à la coutume de la dot, et refuse donc de la payer.

C’est le moment choisi par Baroka pour lui faire parvenir au travers de Sadikou, sa première femme, une invitation à dîner. Sidi refuse avec mépris, car tout le monde au village sait que les invitations du vieux chef se terminent généralement dans son lit.

Sadikou lui apprend alors que le Lion, ne « rugit plus », et qu’elle n’a donc rien à craindre. Malgré les supplications de Lakounlé qui lui demande de refuser, Sidi finit par accepter, elle compte se moquer du vieux chef et de sa virilité perdue…

“Le Lion et la Perle” se présente comme une métaphore de l’Afrique d'aujourd'hui, tiraillée entre la tradition ancestrale et le mode de vie moderne, apporté par l’homme blanc. La technique théâtrale de SOYINKA est brillante et efficace. Les mots sont simples, très démonstratifs et au service d’une progression dramatique qui va en s’accroissant. L’auteur respecte à la lettre l’unité de temps de l’action, contrastant d’ailleurs en cela avec la richesse et la variété des thèmes abordés (ce qui n’est pas sans me rappeler le théâtre de William SHAKESPEARE), mais attention, tout reste ici très « africain ». Les mœurs et coutumes, les rites, les marques de respect, les chansons, les arbres, les animaux, la famille polygame etc…

Sans aucun doute une très bonne introduction à l’immense œuvre de Wole SOYINKA et en particulier à son théâtre.

Rappelons que M. Wole SOYINKA a été en 1986, le premier écrivain africain lauréat du Prix Nobel de Littérature.