En pleine figure : Haïkus de la guerre de 14-18
de Auteur inconnu

critiqué par Nathafi, le 1 août 2016
(SAINT-SOUPLET - 50 ans)


La note:  étoiles
Au coeur de la Grande Guerre
Dominique Chipot a réuni dans cette anthologie les Haïkus des soldats de la guerre 14-18.
C'est une lecture particulière qu'il faut prêter à cet ouvrage, après la préface de Jean Rouaud, nous voici subitement plongés au coeur des tranchées.
Et c'est peu de le dire, tant ces courts poèmes sont révélateurs, incisifs, touchants, lugubres, macabres, et profondément réalistes.
Qu'ils aient été écrits par des soldats anonymes, ou par des auteurs enrôlés dans cette guerre meurtrière, ces jets de mots soulèvent le coeur, pas seulement par l'atrocité qu'ils veulent retranscrire, mais par l'émotion.

Du mauvais champagne
Un piano...
Pour une heure il n'y a plus de guerre.
René Maublanc


Comme le dit Paul-Louis Couchoud, auteur qui a promu le Haï-kaï en France, le haïku est "un simple tableau en trois coups de brosse, une vignette, une esquisse, quelquefois une simple touche, une expression."

De sa poitrine déchirée
Sortit, en guise d'âme,
Un portrait de fillette blonde.
"Testament" Marc-Adolphe Guégan


En adressant une lettre pleine d'éloges à Julien Vocance, un des auteurs qui aura le plus retranscrit la Grande Guerre par cette forme d'expression, il reconnaît la portée de ses poèmes, "l'immensité".

J'ai senti, petite plaque ovale,
quand je t'ai mise à mon cou,
Le froid du couperet
Julien Vocance


Point de fioriture, des mots qui font mouche, des instantanés de vie, des expressions de craintes, de peur et de souffrance.
Difficile de lire cette succession de poèmes en une seule traite, c'est un livre qu'on abandonne et reprend, pour prolonger la mémoire, avec respect et sensibilité.

Un bel hommage aux Poilus, bien plus instructif que tous les manuels d'histoire, qui sent le vécu, au goût amer, fort de sincérité. Le puriste pourra être dérangé parfois par le manque ou le trop de syllabes, la codification "5-7-5" n'étant pas toujours respectée, ni l'évocation des saisons. Il lui faudra retenir l'esprit du Haïku, l'instantané, l'expression et l'émotion.