Face à Gaïa
de Bruno Latour

critiqué par Colen8, le 20 juillet 2016
( - 76 ans)


La note:  étoiles
Des souverainetés à partager
Gaïa est le nom de la théorie systémique présentée par James Lovelock et Lynn Margulis* dans les années 70’s. Réfutant les oppositions courantes entre nature et culture, entre matière et esprit ou encore entre inerte et animé, leurs recherches les ont conduit à réviser les enchaînements des conséquences par des causes tels que les avaient instaurés philosophes et physiciens. Les paramètres plus nombreux mesurés par des instruments plus sophistiqués ont donné lieu à des modèles plus performants pour le climat, pour l’environnement, pour l’évolution. La Terre on le sait, est une planète singulière. Dotée d’une sensibilité que l’action anthropologique fragilise sans réversion possible, celle-ci nous aurait fait entrer dans une nouvelle ère succédant à l’Holocène, l’Anthropocène marquée par des mutations d’une rapidité (dangerosité ?) inégalée. Parallèlement le vivant résulte de connexions et d’interférences réciproques entre ces paramètres à différentes échelles faites de réactions, de rétroactions et d’une infinité de boucles complexes. Ni le créationnisme, ni un quelconque grand dessein ne peuvent expliquer le dégazage dans l’atmosphère d’un poison toxique comme l’oxygène par l’action d’archéobactéries grâce auquel nous sommes là pour en parler. On peut dire qu’environnement et évolution ont partie liée.
Ces conférences présentées par Bruno Latour durant le cycle Gifford de 2013 à Edimbourg avaient pour thème la religion naturelle. Entièrement réécrites pour ce livre, elles font appel à la science, la religion, la philosophie pour expliquer la théorie de Gaïa en butte aux sarcasmes d’une partie de la communauté scientifique et au déni des climato-sceptiques. Non que ces derniers ne veuillent entendre mais ils sont mentalement immergés dans une sorte de gnosticisme leur conférant des certitudes inébranlables. Les Etats souverains hérités du XVIIe siècle devraient accepter de composer avec l’ensemble des acteurs concernés par l’avenir de la Terre, amis pour certains, ennemis pour d’autres. Il y aurait ainsi les peuples, les mouvements humanitaires et associatifs, les pouvoirs sociaux, économiques ou financiers, les faunes et les flores, ainsi que des représentants d’entités dites inanimées, océans, territoires, ressources etc. Que dans un but pacifique ils puissent ensemble confronter leurs missions, leurs limites, leurs principes d’organisation, faire valoir leurs valeurs, qu’ils acceptent de négocier en se reconnaissant des droits et des devoirs mutuels. Gaïa ne resterait pas le symbole dont la mythologie a fait une puissance assimilée à la Terre.
*Lui anglais, chimiste de formation, inventeur de capteurs à électrons qui ont ouvert un champ de recherche à la chimie de l’atmosphère, elle microbiologiste américaine enseignante à l’Université du Massachusetts. Ensemble ils ont écrit un chapitre nouveau à la théorie darwinienne de l’évolution.