La remontée des cendres : Suivi de Non identifiés
de Tahar Ben Jelloun, Azzawi Harrouda (Dessin)

critiqué par Nathafi, le 20 juillet 2016
(SAINT-SOUPLET - 52 ans)


La note:  étoiles
Les oubliés
La guerre du Golfe, guerre éclair qu'on suivait à la télévision, je me souviens de ces images, du bruit des bombes, des éclairs dans le ciel. Une guerre médiatisée, technologique, et pourtant qui a engendré des centaines de milliers de morts, militaires bien sûr, mais aussi, et surtout, civils.
Tahar Ben Jelloun, avec son regard de poète, se remémore ces images. Et dénonce l'oubli dans "La remontée des cendres".

Une fois qu'on a tiré une couverture de sable et de cendre sur des milliers de corps anonymes, on cultive l'oubli.
Alors la poésie se soulève. Par nécessité. Elle se fait parole urgente dans le désordre où la dignité de l'être est piétinée.
Mais les mots restent pâles quand la blessure est profonde, quand le chaos programmé est brutal et irréversible. Contre cela les mots. Et qu'y peuvent-ils ?


Il dénonce, mais avec beaucoup de pudeur, comme pour déposer un baume sur tous ces corps inertes. Mais sans retenue, les choses sont dites à leur pleine mesure, il reproche aux occidentaux d'avoir laissé un tel chaos derrière eux, après avoir rapatrié les leurs. Ces mots sont durs, des mots qui accrochent et qui dérangent, qui exigent un repli sur soi et une réflexion coupable.

Dans la seconde partie, "Non identifiés", il évoque le sort des Palestiniens. Au travers de portraits de personnes disparues, il dénonce l'oppression et la persécution. Je l'ai trouvé toutefois moins touchant, plus corrosif, et le style a changé.

Cette édition bilingue est illustrée de visages choquants, plus de formes que de traits précis, pour souligner l'anonymat dans lequel ces victimes sont retournées..

De l'espoir ? Il y en a peu. Si ce n'est que l'homme se relève toujours, et que si ce n'est lui, c'en est un autre, poussé vers la lumière, qui ressurgit.