Page d'accueil | Forums | A propos | Blog | Aide | Pour un petit clic...
Membres :  S'identifier |

Recherche par

Nos rubriques

Discussions

Lettre d'information

Conseiller à un ami

6.2.1 NOUVEAUTES LIVRES
medium
Souvenirs de la maison des morts de Fedor Mikhaïlovitch Dostoïevski

Titre original :  Zapiski iz Mertvogo doma

Catégorie(s) : Littérature => Russe

critiqué par Jules, le 12 février 2001 (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 67 ans)

La note: 9 etoiles
Moyenne des notes : 10 etoiles (basée sur 5 avis)
Cote pondérée : 7 etoiles (627ème position).
Visites : 1 842  (depuis Novembre 2007)

Le bagne vu par Dostoïevski

Le vingt-deux décembre 1849, Dostoïevski est condamné à la peine de mort pour complot contre le Tsar.
Celui-ci commue cette peine en quatre ans de bagne et quatre ans de service militaire avec le rang de simple soldat. Le Dostoïevski qui sortira du bagne sera tout à fait différent de celui qui y était entré. Cet homme, qui n'était pas particulièrement religieux, deviendra un orthodoxe convaincu et, d’opposant au Tsar, il deviendra un défenseur acharné du pouvoir. C’est le 24 décembre qu’il part purger sa peine. Le bagne s’avérera peut-être plus difficile pour lui que pour les vrais criminels. En effet, comme intellectuel, il sera particulièrement persécuté par les autres condamnés. C'est là qu'il fera connaissance avec ce que l’on peut appeler le fond du panier de la société. Des voleurs, des criminels, des parricides, pire encore, des assassins d’enfants, expliquant le merveilleux plaisir qu’ils ont au moment où ils tuent !.
Il souffrira du travail forcé, de froid, de faim, de la brutalité, de la bêtise, de l'humiliation, mais surtout de l’impossibilité totale d'être seul, ne fut ce qu'un petit instant. Et il observe. Certains condamnés sont presque heureux d’être là et trouvent qu'on s’y fait des amis. D'autres jugent leurs crimes encore plus sévèrement que les tribunaux qui les ont condamnés. Il y a aussi ceux qui commettent des crimes avec pour but de se faire envoyer au bagne : leur existence, libre, est pire encore ! Tout au long de la lecture de ce livre, il est manifeste que Dostoïevski ne juge quasiment pas, il observe et tire des leçons.
Au moment de sa condamnation, il n'avait pas encore écrit ses grands romans tels que " L'Idiot ", " Crime et Châtiment ", " Les Démons ", " Le Double " ou " Les Frères Karamazov ". Chacun de ses livres profitera de l'expérience acquise sur l’homme pendant le bagne. Il y a disséqué la bête humaine et se servira de ses observations. Il y a évidemment de très grandes similitudes entre le bagne des Tsars et le goulag soviétique, surtout en ce qui concerne les conditions de vie et le comportement des différentes catégories humaines qui y vivent. Au bagne, le but n’est pas de tuer les gens et ce ne l’était pas plus dans les goulags. Si on y mourait, c’était de faiblesse, de manque de soins, d’un excès de travail, tué par un autre condamné, mais pas d'une volonté délibérée des autorités. La principale différence que l'on peut cependant relever c'est que, dans le cas du bagne, le prisonnier a été jugé, il a été condamné à sa peine par un tribunal. Fréquemment, dans les goulags soviétiques, on trouvait de nombreux prisonniers politiques n’ayant jamais vu un juge et n'ayant donc jamais été condamnés à une peine déterminée par aucun tribunal. Il s'ensuit que ces gens-là n’avaient aucune idée de la durée de leur peine. Il n’était pas possible de les juger, puisque leur seul crime était d'être un éventuel danger pour le pouvoir en place !
Au bout de sa peine, un nouveau Dostoïevski se révélera.

   Version imprimable   Partager sur Twitter  Partager sur Facebook

Les éditions
small Souvenirs de la maison des morts [Texte imprimé] Dostoïevski préface de Claude Roy ; traduction et notes d'Henri Mongault et Louise Desormonts
de Dostoïevski, Fedor Mikhaïlovitch Roy, Claude (Autre) Mongault, Henri (Autre) Desormonts, Louise (Autre)
Gallimard / Collection Folio
ISBN : 9782070369256 ; EUR 7,80 ; 1977-03-15 ; 448 p. ; Poche
 Go Amazon
small Les carnets de la maison morte [Texte imprimé] Fédor Dostoïevski trad. du russe par André Markowicz
de Dostoïevski, Fedor Mikhaïlovitch Markowicz, André (Traducteur)
Actes Sud / Babel (Arles).
ISBN : 9782742720712 ; 1999-09-09 ; 543 p. ; Poche
 Go Amazon

» Ajouter une édition
Livres liés

Pas de série ou de livres liés.  Enregistrez-vous pour créer ou modifier une série

Les critiques éclairs (4)

Enregistrez-vous pour publier une critique éclair! »

Le bagne ............... 10 etoiles

C'est étonnant comment ce livre de Dostoïevski, relatant la douleur du bagne fait écho à "Une journée d'Ivan Denissovitch" de Soljenitsyne !
La Russie et l'URSS portent-elles en elles des racines de douleurs, de violences et d'intolérance inscrites dans leur Histoire ?
Et une méthode, spéciale slave, de gestion de ce (ceux) qui gêne ?
La souffrance, la solidarité, les rapports avec les matons, la coupure entre politique et droits communs... les deux ouvrages ont une approche sinistrement semblable !

L'un et l'autre, dans l'écriture sont une merveille de sobriété !

Que dire de plus, sinon : que doit-on doit espérer ou désespérer de l'être humain et de ceux qui les gouvernent ?
Je lis actuellement : Urkas ! ou l'itinéraire d'un parfait bandit sibérien, histoire qui se situe de nos jours : et c'est, dans le rapport au répressif, une reconduction des schémas précédents désastreuse !
Ca fait pour un même sujet, trois livres à lire !

DE GOUGE (Nantes, Inscrite le 30 septembre 2011, 55 ans) - 3 novembre 2011


Chef d'oeuvre 10 etoiles

Ce livre est à mes yeux un des meilleurs de Dostoïevski, et l'un des meilleurs jamais écrits sur l'univers carcéral. Car Dostoïevski a su prendre toute la hauteur nécessaire pour analyser le milieu du bagne. Mais il a également su conserver une étonnante vitalité, vitalité qui permet à sa narration des registres extrêmement variés. Ce livre est loin d'être uniformément sombre, d'inattendues éclaircies venant illuminer ces chroniques de la vie du bagne.
Dostoïevski fut profondément marqué par son passage au bagne (qui ne le serait pas?), et cette expérience a visiblement creusé en lui un profond sillon d'humanité. Et ce sont ces rapports entre les personnages qui frappent d'abord le lecteur: les prisonniers entre eux, face aux gardiens, face aux gens de l'extérieur. Puis ce sont les conditions extrêmes de vie, et la capacité des hommes à s'adapter même au pire. Dostoïevski insiste sur le fait que ce sont les premiers temps qui marquent le plus le bagnard, les années suivantes n'offrant que la répétition lassante de la même vie. Le livre s'étend donc davantage sur l'arrivée du narrateur au bagne, la suite étant plus construite selon un axe thématique que chronologique.
L'émotion naît chez le lecteur, car Dostoïevski sait, par son écriture, transmettre la pulsation de sa vie au bagne. En ce sens, il n'a pas écrit de livre plus épidermique, plus charnel que celui-là. La traduction d'André Markowicz m'a semblé particulièrement bien rendre le rythme de la langue de Dostoïevski, et ce je-ne-sais-quoi qui fait que ce livre n'est pas un livre parmi d'autre, mais à part et unique.
C'est les larmes aux yeux que l'on referme ce livre, alors que l'on retire les fers aux pieds du narrateur.

Perlimplim (Paris, Inscrit le 20 mars 2011, 35 ans) - 23 juin 2011


Un hymne à la vie et à la liberté 10 etoiles

Avec ce récit, Dostoïevski nous ouvre les portes du bagne et nous fait partager les souvenirs, les expériences et les premières impressions de son personnage Alexandre Pétrovitch Goriantchikov, un homme d'origine noble, condamné à la déportation pour le meurtre de sa femme. Bien sûr, c'est par le biais de ce personnage que Dostoïevski a choisi de nous livrer sa propre expérience du bagne et aussi de nous décrire le caractère et la philosophie de ses compagnons d'infortune. Le sujet n'est pas des plus drôles, il est même d'une grande tristesse mais Dostoïevski sait y ajouter une touche d'humour, d'espoir et de poésie comme lui seul est capable de la faire avec un tel thème.

Son arrivée au bagne est décrite d'une façon très détaillée et le premier choc passé, son adaptation lente et douloureuse se fera de peine et de misère et non sans heurts. Il a de la difficulté à se faire des amis de part son origine noble et il est souvent méprisé, envié et rejeté. Curieusement, on en vient à oublier le personnage fictif d'Alexandre et Dostoïevski prend toute la place. Ce choix de mettre en scène un personnage fictif est d'ailleurs à mon avis très discutable et inutile au récit. C'est une entrée en matière habile cependant de la part de l'auteur qui se garde une certaine pudeur et se place un peu en retrait de sa narration.

Des chapitres m'ont particulièrement émue entre autres celui de la fête de Noël, celui des bains et celui de la représentation théâtrale par des condamnés devenus soudain de grands acteurs. La description de la salle et de la réaction des spectateurs est un morceau de littérature tout simplement magnifique et inoubliable.

Les chapitres de l'hôpital sont aussi très prenants et parfois, l'auteur nous décrit des conditions d'hygiène et de soins tout à fait révoltantes. Mais dans cet enfer, il y a de courts moments de magie, de bonté et de camaraderie qui m'ont tout simplement bouleversée.

Ce qu'il y a de remarquable aussi, c'est le comportement des bagnards, des hommes qui ont tous commis des crimes à des degrés divers d'atrocité et qui sont capables de la plus grande humanité et qui au fond d'eux-mêmes, gardent toujours l'espoir de jours meilleurs même si beaucoup d'entre eux n'en sortiront jamais, devant purger des peines de vingt ans et plus. Mais on s'attache à ces hommes, on finit par carrément les aimer et vouloir leur bonheur. C'est là tout l'art de Dostoïevski de nous décrire l'humanité dans ce qu'elle a de plus laid mais aussi de plus admirable et magique. D'ailleurs, Dostoïevski avoue lui-même ne pas toujours tout comprendre du comportement complexe de chacun des détenus, ce qui les rend encore plus vivants, intrigants et attachants.

Je dois m'arrêter et je demande pardon à Jules pour cette longue critique éclair mais comment être brêve devant un tel monument de la littérature, un tel hymne à la vie et à la complexité de la nature humaine, à sa grandeur et aussi à sa monstruosité.

"La tyrannie est une habitude ; elle est douée d'un développement propre, elle finit par se développer en maladie. J'affirme que l'homme le meilleur du monde peut, par la force de l'habitude, s'abrutir, se dégrader jusqu'au rang de la dernière bête. Le sang et le pouvoir enivrent ; l'abrutissement, la débauche se développent ; (...). L'homme et le citoyen meurent pour toujours dans le tyran, et le retour à la dignité humaine, au remords, à la renaissance, lui deviennent quasiment impossibles."

Dirlandaise (Québec, Inscrite le 28 août 2004, 56 ans) - 28 novembre 2007


Etonnant... 9 etoiles

Je suis étonné que personne ne soit venu mettre une critique éclair sur ce livre. Il est pourtant essentiel dans l'oeuvre globale de Dostoïevki !

Il est entré là avec un mental et en est ressorti avec un autre totalement différent ! Sa vie et son oeuvre sont coupées par ces années de bagne.

On dit aussi que c'est suite à ce livre que l'on peut presque considérer que Dostoïevski était une sorte de père de Freud...

Evidemment, ce n'est pas un roman et le sujet n'est pas franchement gai, mais...

Jules (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 67 ans) - 9 décembre 2004


Forums: Souvenirs de la maison des morts

Il n'y a pas encore de discussion autour de "Souvenirs de la maison des morts".

Ajouter une critique éclair

Enregistrez-vous pour publier une critique éclair! »

haut de page

Commander chez un de nos partenaires
Amazon.fr
Amazon.ca
Fnac.com
Abebooks.fr - Livres neufs, anciens, rares et d'occasion.
 
S'identifier | Page d'accueil | RSS2 | Forums | A propos | Blog | Pour un petit clic | ©2000-2011 critiqueslibres.com ASBL®. Tous droits réservés.