Ecrit parlé (Entretien avec Béatrice Machet)
de Philippe Jaffeux

critiqué par Débézed, le 1 juillet 2016
(Besançon - 70 ans)


La note:  étoiles
L"écrit sans l'écriture
Depuis de longues années maintenant, Philippe Jaffeux consacre son temps à la recherche d’un nouveau mode d’expression écrit adapté à la société numérisée, un nouvel alphabet, une nouvelle façon d’utiliser les signes de l’alphabet, de ponctuation ou autres encore qui trottent dans sa tête et qu’il n’a pas encore formulés. Il développe son projet dans cet entretien en forme d’interview, qu’il a eu avec Béatrice Machet, une poétesse, qui dit dans la biographie que j’ai trouvée : « J’aime à triturer le langage, ce qui me permet de donner la parole à qui ne l’a jamais mais aussi à qui parle une autre langue, qu’elle soit poétique ou étrangère c’est un peu la même chose ». Avec Jaffeux elle est servie, elle a voyagé loin dans les langues et rencontré un personnage qui a un rapport tout à fait particulier à l’écrit.

Philippe a pris la peine de préciser, dès les premières lignes de cet entretien, la nature et l’objectif de son projet : « J’ai intitulé cet entretien Ecrit parlé dans l’espoir de dépasser l’opposition entre l’oral et l’écrit, d’imbriquer les polarités complémentaires l’une dans l’autre afin d’essayer de réaliser une curieuse transmutation ». Ceux qui ont lu ces travaux comprendront certainement mieux son projet. Béatrice Machet l’interroge sur la place de son œuvre dans la poésie, la littérature, sur sa relation avec les nombres, avec les formes géométriques, avec la musique et le rythme… Il évoque aussi l’effondrement de l’écriture qui ne serait pas qu’une allusion intellectuelle mais aussi une réalité physique, En effet, j’ai lu deux ou trois livres de Philippe Jaffeux et plusieurs articles concernant certaines de ses publications et j’ai le sentiment qu’en parallèle à ses recherches sur l’écriture, il mène un réel combat pour conserver un relation avec l’expression écrite ; Il évoque, sans jamais se plaindre, la souffrance, la douleur, la nécessité de recourir à la médiation du clavier et même désormais au dictaphone ou à un autre appareil assurant la médiation entre la parole et l’écrit. On rejoint là une autre compréhension du titre le passage de l’écrit au parlé ou vice-versa du parlé à l’écrit.

Cet entretien va beaucoup plus loin que l’évocation de l’acte d’écrire, sous les questions de Béatrice Machet, Philippe Jaffeux précise la relation qu’il cherche à établir entre l’écriture, sous quelque forme qu’elle se présente, et la sensibilité, la sensualité et même la spiritualité, amenant l’interviewer à l’interroger sur « l’œuvre d’humanité » que seraient ses travaux. Mais, il est impossible dans une chronique comme celle-ci de préciser la nature, le fond et le sens des travaux de cet auteur, il faut lire cet entretien et ensuite aborder son œuvre pour essayer de comprendre ce qui le motive réellement et le sens profond qu’il donne à son œuvre qui est comme une mission qu’il se serait assigné pour délivrer ceux qui sont éloignés de l’acte d’écrire de l’impossibilité de produire des textes.

« Cet entretien a été écrit pour tenter de transposer l’énergie de nos paroles imaginaires ».