À l'orée du verger de Tracy Chevalier

À l'orée du verger de Tracy Chevalier
(At the edge of the orchard)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Lucia-lilas, le 22 juin 2016 (Inscrite le 21 février 2016, 51 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (19 267ème position).
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A l'orée du verger de Tracy Chevalier

Evidemment, quand on habite en Normandie et que l’on a la chance d’avoir un pommier dans son jardin, on est peut-être plus sensible aux histoires de pommes et de pommiers (même si l’on est incapable de savoir de quelle espèce sont les pommes rouges que l’on cueille chaque automne !).
Car c’est bien de cela qu’il s’agit, on l’apprend dès le début : « Ils se disputaient encore à propos des pommes. Lui voulait cultiver davantage de pommes de table, pour les manger ; elle voulait des pommes à cidre, pour les boire. » Le ton est donné et l’on sent qu’entre les époux Goodenough rien ne va plus…
Il faut dire que la vie des pionniers est particulièrement difficile dans le Black Swamp (Ohio) en 1938 : la boue des marais colle aux bottes et aux vêtements, impossible de s’en débarrasser. Pour construire sa maison et aménager son potager, il faut déboiser à se tuer les reins et le lendemain, guetter les premières pousses qui jaillissent de partout.
Quant aux moustiques, n’en parlons pas : ils transmettent une fièvre mortelle. Au printemps 1838, Sadie Goodenough a déjà perdu cinq enfants sur les dix qu’elle a eus, à cause de cette fièvre. Alors, pour elle, c’en est trop : elle veut partir, quitter « cette saleté de marais puant » et puis, elle trouve que les greffes que pratique son mari sur les pommiers, c’est contre - nature. Se prendre pour Dieu, ça n’est pas une bonne chose… De toute façon, si elle s’écoutait, elle mettrait volontiers le feu à ce stupide verger. « On vivait pas grâce à cette terre, non : on était en vie malgré elle. Cette terre cherchait à avoir notre peau, que ce soit avec les moustiques, la fièvre, la boue, l’humidité, la chaleur ou le froid. » se dit-elle, folle de rage et maîtrisant à peine son désir de détruire les arbres chéris de son mari.
Heureusement que l’eau-de-vie de pomme l’aide à tenir le coup en la détruisant lentement. Alors, quand elle est couchée, James Goodenough et son fils Robert s’occupent des pommes sous l’œil attentif de Martha, la fille dévouée qui gère la maison quand la mère ne tient plus debout. Ils font des greffes et ce n’est pas si simple, une greffe, il faut avoir le coup de main (j’en connais plus d’un dans mon coin de campagne qui vous retiendrait un après-midi entier pour vous en parler !). Le père et le fils protègent leur travail tant bien que mal du raz de marée maternel qui détruirait tout si elle s’écoutait, furie incapable de sentir dans une reinette dorée l’arrière goût de miel et d’ananas et trouvant que « toutes les pommes ont juste un goût de pomme ».
Témoin silencieux des déchirements quotidiens entre ses parents jusqu’au terrible drame final, Robert Goodenough partira vers l’Ouest américain, la lumière, l’or : la Californie. Il exercera différents métiers jusqu’à ce que son amour des arbres le pousse à rechercher des espèces géantes dont on lui a parlé : les redwoods et les séquoias de Calaveras Grove. Spectacle fascinant. Sa rencontre avec un homme William Lobb dont le métier consiste à envoyer des arbres en Angleterre changera sa destinée. Une postface nous indique d’ailleurs que cet homme a réellement existé : il a introduit des pommiers dans l’Ohio et dans l’Indiana et envoyé en Angleterre divers arbres et végétaux venus d’Amérique.
C’est une histoire simple et belle : la vie d’un homme qui a voulu fuir, plus loin, toujours plus loin, porté par sa passion des arbres et le désir d’oublier un passé douloureux. Mais, c’est difficile quand le cœur est resté sur les terres de l’enfance et que les années ont passé.
A l’orée du verger est un livre où voyagent des hommes et des arbres, où les destins se croisent et où la vie, toujours plus puissante, tenace, entêtée, comme les arbres du Black Swamp, prend racine au plus profond de la terre et s’envole dans la lumière, ailleurs, vers un avenir plein de promesses.
Un très beau texte…

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Les épreuves des colons

6 étoiles

Critique de Fanou03 (*, Inscrit le 13 mars 2011, 42 ans) - 19 juin 2017

De La Jeune Fille à la Perle, le roman qui a fait connaître le succès à Tracy Chevalier, j’ai le souvenir d’un récit plaisant, mais assez convenu finalement. C'est dire que j’ai été d’autant plus surpris de la forte personnalité de À l’orée du verger, surtout de celle de la première partie, dont les évènements se déroulent autour du verger familial justement.

Le rapport conflictuel entre James et Sadie Goodenough est remarquablement bien décrit, se cristallisant autour des variétés de pommes à planter, atteignant un mélange réussi de misère et de burlesque, qu’on n’a pas si souvent l’occasion de rencontrer. L’attraction, presque maléfique, des Black Swamp, les marais où se sont installés la famille Goodenough, plane sur ses membres, les engloutissant dans la mort ou dans la folie. La deuxième partie, si elle contient son lot de surprise et d’intérêt concernant les péripéties qui y sont exposées, m’a paru plus classique, et donne au livre une tonalité beaucoup plus ordinaire.

La réflexion autour de l’abnégation, qui tend à l’aveuglement, des colons affrontant les épreuves (l’hostilité de la nature pour la famille Goodenough, les chercheurs d'or...) est un des thèmes fort du livre, ainsi que l’hommage de l’auteure aux arbres en tant compagnon de l'être humain.

L'arbre béni.

7 étoiles

Critique de Monocle (tournai, Inscrit le 19 février 2010, 57 ans) - 24 avril 2017

La pomme sans la morsure dedans.

J'ai aimé avec passion la première partie du livre. Ce couple qui se déchire pour des pommiers est un symbole fort et les descriptions sont extraordinaires.
Cette vie dure où le père creusait les tombes de ses enfants à l'avance au cas où le sol serait gelé, les maladies, le manque de confort, la lutte de tous les jours... et la douceur de ces pommes au goût délicat !

Ensuite la fuite du fils, Robert qui traverse l'Amérique pour s'éloigner de toutes les souffrances absorbées.
Cette partie du roman a été moins plaisante pour moi. J'y ai trouvé certaines facilités comme si Tracy Chevalier se dépêchait de boucler l'affaire.

Une lecture toutefois agréable.
J'ai pensé pour conclure à ces phrases de Nougaro : "Un jour, un jour c'est sûr, la femme et l'homme retrouveront la pomme sans la morsure... dedans."

"Amoureux des arbres"

8 étoiles

Critique de Marvic (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 59 ans) - 27 octobre 2016

En 1838, s'installer dans le Black Swamp de l'Ohio pour y devenir fermier n'est pas un choix judicieux. James Goodenough s'en rend vite compte, lui qui a quitté le Connecticut et sa famille, pour fonder la sienne avec son irascible épouse Sadie.

Mais si James arrive à oublier la dureté de sa tâche grâce à sa passion pour les arbres, Sadie, elle ne survit que grâce à l'eau de vie de pommes... et leurs perpétuelles querelles, s'évertuant à la méchanceté pour blesser son époux.
Tout devient prétexte à lui faire du mal, même si, pour cela, elle doit faire fouetter sa petite fille.
Et ce sont bien les enfants qui souffrent le plus. De la dureté du travail, de l'indifférence cruelle de leur mère et de cette fièvre des marais qui les emporte les uns après les autres. Alors James creuse les tombes en avance. Quant à Sadie, elle semble résignée à ce sort, c'est la vie... un enfant qui part, c'est deux bras en moins au travail.

Et puis il y a Robert ; petit garçon étrange, passionné par les pommiers comme son père, silencieux et observateur.
Et l'adorable petite Martha, qui trouve de petits fragments de bonheur dans le verger de son père.
On suivra les aventures de Robert dans les deuxième et troisième parties du roman.
Son périple à travers le Nouveau Continent, sa rencontre avec William Lobb, botaniste, agent arboricole anglais, et puis la pétillante Molly.
"Il faut sourire, disait-elle. Autrement on pleurerait à longueur de journée."

Cinquième titre de Me Chevalier, je retrouve une délicatesse d'écriture, un art de la description, un don pour plonger ses lecteurs dans une autre époque, nous faisant partager la vie difficile des fermiers, des chercheurs d'or au XIX° siècle.
Les personnages sont attachants malgré une violence indéniable dans la première partie collant à la réalité historique (comme les coups entre époux ou sur les enfants).

La construction est habile et originale ; certaines périodes sont racontées sous forme de lettres écrites par Robert ( et où l'on suit ses progrès dans l'apprentissage de l'écriture) ou Martha.
Un roman émouvant et passionnant dont j'ai particulièrement aimé les chapitres avec les enfants devenus grands.

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