Fairyland de Alysia Abbott

Fairyland de Alysia Abbott

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone , Littérature => Biographies, chroniques et correspondances

Critiqué par Poet75, le 21 juin 2016 (Paris, Inscrit le 13 janvier 2006, 62 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (19 089ème position).
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Chronique d'un amour père-fille

En 1974, alors que la petite Alysia n'a que deux ans, sa mère meurt accidentellement. Son père, Steve, décide de garder sa fille et de l'élever. Or ce père n'a rien d'un homme ordinaire: c'est un poète et un militant de la cause gay à San Francisco. Sa femme étant morte, il multiplie les relations exclusivement homosexuelles. "Fairyland", c'est le récit émouvant, parfois bouleversant, des années d'apprentissage d'Alysia, depuis sa petite enfance jusqu'à sa prime jeunesse, jusqu'à l'arrivée du sida et des ravages effectués par cette maladie au sein de la communauté gay (et qui n'épargne pas Steve). Même si ce dernier était un militant, le livre écrit par sa fille, lui, ne défend aucune cause; il raconte simplement les faits, sans mettre qui que ce soit sur un piédestal. Ni le père ni la fille elle-même ne sont dépeints comme des gens sans reproche. Steve, encombré par ses engagements de poète et par ses aventures sentimentales, n'apparaît certes pas comme un père idéal. Mais c'est un père dévoué et aimant. Quant à Alysia, surtout durant ses années d'enfance, elle souffre de l'absence d'une mère. Il est difficile pour elle de se construire une identité, elle a trop conscience de n'être pas dans la norme, d'être différente. Elle ne se raconte nullement comme une fille modèle. Pendant son adolescence et, plus encore, pendant sa prime jeunesse, elle éprouve trop le besoin de prendre son indépendance, de mener sa propre vie, pour être suffisamment présente à son père et attentive à ses besoins. Même quand ce dernier lui fait part de sa santé défaillante, il est difficile à Alysia d'être totalement à l'écoute des appels qui lui parviennent. Pourtant, au bout du compte, ce qui reste, ce qu'on retient de ce livre passionnant, c'est que père et fille se sont aimés. Non pas d'un amour parfait (mais n'est-ce pas illusoire que de prétendre à l'amour parfait), mais d'un amour vrai!
N.B.: Autant que je sache, Sofia Coppola a entrepris l'adaptation cinématographique de ce récit, mais j'ignore si ce projet est toujours d'actualité. Si ce film se réalise, je suis d'ores et déjà très curieux de le voir.

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Mon père était gay, et alors ?

8 étoiles

Critique de Blue Boy (Saint-Denis, Inscrit le 28 janvier 2008, - ans) - 1 décembre 2018

Avec sensibilité et justesse, Alaysia Abbott évoque la vie de ce père atypique dans le San Francisco des années 70-80, jusqu’à ce qu’il soit emporté par le SIDA en 1992. Steve Abbott fut d’abord marié à une jeune femme issue d’une famille aisée de l’Illinois, avant d’assumer pleinement son homosexualité. A la mort de son épouse dans un accident tragique, Steve dut élever seul sa fille, ce qui ne fut pas chose aisée. Le père d’Alaysia était désargenté et consacrait en outre peu de temps à sa fille, tout absorbé qu’il était par ses activités littéraires et poétiques dans le milieu artistique gay de Frisco.

Dans cet ouvrage en forme de confession, Alaysia Abbott parle le langage de la vérité, ne cherche aucunement à enjoliver les choses et évite tout pathos. On voit que les relations avec son père ne furent pas toujours au beau fixe, elle qui parfois se sentait délaissée et subissait l’ostracisme de ses camarades de classe de par sa différence. De ce père dont elle avait parfois honte et voulait se démarquer à l’adolescence, on sent pourtant une grande tendresse. Les cicatrices sont toujours là, mais avec le temps, cette fille « rebelle » a appris à aimer ce père non exempt de défauts, parfois égoïste, parfois maladroit, mais qui se battait pour sa liberté et son droit d’être lui-même, ce père qui avait toujours tenu à rester à ses côtés, quitte à sacrifier sa vie amoureuse, pour contribuer à son bien-être et son épanouissement, et pour lui transmettre des valeurs de tolérance. Elle-même semble laisser poindre un sentiment de culpabilité, lié à son intransigeance et sa volonté de le fuir, alors même qu’elle n’ignorait pas que son géniteur était gravement malade, à cette sensation de ne pas lui avoir tout dit, de n’avoir pas su lui manifester suffisamment sa reconnaissance. Au final, un hommage courageux et sincère, le plus beau qu’une fille puisse rendre à un père.

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