La renverse de Olivier Adam

La renverse de Olivier Adam

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Marvic, le 30 juin 2016 (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 59 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (11 577ème position).
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Dommages collatéraux

Antoine est un jeune homme solitaire dans un petit village des côtes bretonnes.
Une vie calme et retirée entre son emploi à la librairie et son amie.
L'annonce du décès de Jean-François Laborde va provoquer son départ, ou plus exactement son retour dans la ville de son enfance.
Antoine a grandi dans une ville de la région parisienne, entre ses parents et son petit frère Camille. Une vie banale en apparence, un père au travail toute la journée, une maman exemplaire investie dans les associations caritatives, scolaires, jusqu'à devenir membre du conseil municipal.
Mais derrière les murs du pavillon, vivent un père atrabilaire, perpétuellement irascible, toujours prêt à s'énerver après ses fils, et une mère apathique, absente, froide.
"Rien ne l’irritait tant que ce qui le troublait… Notre existence même. Un rien suffisait à l'extirper de ses gonds.
Mais je déforme peut-être. La mémoire est la chose la moins fiable qui soit.
Tout cela était enterré mais Camille en avait conscience, nous n'en aurions jamais terminé. Le seul moyen d'en finir était de couper ce lien, nous l’avions fait et ne devions sous aucun prétexte revenir en arrière. Nos parents étaient des dingues, notre mère avait du sang sur les mains. Notre mère était une folle détraquée et narcissique, qui ne faisait même pas pitié."

Et puis, un jour, tout vole en éclats. Le maire, Jean-François Laborde est accusé de viols sur deux employées communales. Mais il n'était pas seul. Sa maîtresse participait à ces agressions ; la "Pompadour" du sénateur-maire, la mère d'Antoine.

Antoine va devenir, en pleine adolescence, le "fils de", plaint ou hué au lycée, un centre d'intérêt à un âge où on a envie de se fondre dans un groupe. De la même façon que Lætitia, la fille de Laborde, beaucoup plus lucide qu'Antoine qui commencera par nier les faits, trouvant une échappatoire auprès de la famille de son ami Nicolas. Car les enfants et leur souffrance sont invisibles pour leurs parents refermés sur leur drame.
Quelques années plus tard, le constat de Nicolas sera sans appel :
"Nous sommes des enfants d'une génération seulement préoccupée d'elle-même, tu sais. Toi, Lætitia, moi, nous sommes les fruits du même monde. Ça a pris des tournures différentes mais tout est viscéralement pourri, vicié, fondé sur le faux-semblant et un ego-centrisme maladif. Nous n'avons jamais compté. On ne nous a jamais laissé de place. Et le peu que nous avons pris nous a été dénié."

Aux premières pages du livre, on retrouve l'ambiance chère à l'auteur ; des plages bretonnes hors-saison, un héros solitaire au vague à l'âme. Je ne me doutais pas qu''il allait être nous emmener au cœur d'une communauté provinciale, au cœur d'un drame politico-familial.
À partir d'un dramatique fait divers, Olivier Adam raconte l'histoire de ces enfants de "monstres" dans une petite communauté aux allures provinciales , mettant à jour les relations ou l'absence de relation au sein d'une famille, entre père, mère, enfants, entre mari et femme, analysant les différentes réactions, les comportements de chacun dans la souffrance et la solitude.

Une réelle originalité pour ce sombre roman qui "bouscule", qui dérange d'autant plus qu'il est inspiré de faits réels.
"C'était là une tendance bien connue des romanciers que d'échafauder de grandes théories en partant de l'observation de leur nombril et son entourage immédiat. Il leur arrivait néanmoins de toucher juste."

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Inégal

7 étoiles

Critique de Nathavh (, Inscrite le 22 novembre 2016, 52 ans) - 16 juillet 2017

Antoine est libraire en Bretagne. Il a coupé les ponts avec sa famille il y a une dizaine d'années. Un jour dans un bistrot il apprend par la radio le décès accidentel de Jean-François Laborde, un ancien ministre et sénateur, et les digues craquent, les souvenirs remontent à la surface.

Il éprouvera le besoin de faire face à ce qu'il fuit depuis si longtemps et prendra la route pour assister à l'enterrement. Il se souvient.

Son père, autoritaire, froid, rigide, sans aucun geste ou parole tendre à son égard.

Sa mère : Cécile Brunet, mère de famille exemplaire, jolie, tirée à quatre épingles qui subitement fut projetée adjointe aux affaires scolaires. Elle était parvenue notable, collaboratrice de premier choix de Laborde, maire à l'époque mais aussi son amant.

Son frère Camille. Son ami Nicolas et sa famille chaleureuse et accueillante auprès desquels il trouvait refuge.

Arriva le scandale politico sexuel; viol et agression sexuelle, objet de l'accusation de Laborde et de sa mère.


Le déni complet pour lui, la fuite pour son frère. La rencontre avec Laetitia la fille de Laborde. L'attente de leur mère à la maison, l'ignorance et le désintérêt de ses parents à leur égard.

Une situation lourde à porter, enfuie au fond de lui.

Des questions : mais qui était vraiment sa mère ?, le sentiment de trahison, la haine, la manipulation. Une descente au plus profond de la nature humaine, à la recherche de soi, de comment on se construit dans l'ombre de ses parents sont des thèmes abordés par Olivier Adam.

J'ai apprécié cette lecture, ce livre était dans ma PAL depuis sa sortie, la plume d'Olivier Adam est sombre, crue par moment, tourmentée. Une réserve cependant, j'ai trouvé le récit assez inégal.

Ma note : 7.5/10

un monde sans pitié

10 étoiles

Critique de Jfp (Yerres (Essonne), Inscrit le 21 juin 2009, 69 ans) - 4 décembre 2016

Olivier Adam est le peintre inégalable de l'errance perpétuelle. Avec ses mots à lui, ses images fortes, imprégnées d'une vision extatique de la nature, il sait nous faire partager le malaise de ses personnages, toujours à la recherche d'un ailleurs qui sans cesse les ramène vers le rivage qu'ils croient avoir quitté. Dans un contexte de scandale politico-sexuel, qui évoquera aux yeux des habitants de certaines communes de la banlieue sud-est de Paris des événements ayant fait les choux-gras de la presse locale, et le désespoir des administrés, on suit l'histoire d'Antoine, adolescent tourmenté qui voit se briser brutalement l'image idéalisée de ses parents, de sa mère surtout, et ne trouve de salut que dans la fuite. Un huis clos au grand air, éclaté entre une banlieue pavillonnaire impersonnelle et une Bretagne sauvage propice au recueillement et au tri des souvenirs. Un roman initiatique, grave, sur la perte des illusions, ce mal qui fait des ravages chez les personnes les plus sensibles, souvent les plus fragiles, ce mal qui fait du bien aussi lorsque l'on peut enfin se sentir libre. Un livre qui se lit d'une traite, sans reprendre son souffle. C'est de la littérature, oui, mais c'est la vie…

Les lisières II

9 étoiles

Critique de Pacmann (Tamise, Inscrit le 2 février 2012, 52 ans) - 20 juillet 2016

Fasciné par « Les lisières », déçu par « A peine perdue », je découvre une oeuvre réussie d’un auteur tourmenté et engagé qui fait partie de mes écrivains favoris.

Ce roman est assez comparable au roman premier cité et qui constitue encore pour moi sa référence littéraire bien qu’ici l’auteur raconte une histoire plus ramassée, certainement moins personnalisable, plus classique et surtout plus construite.

C’est sans doute avec ce genre d’ouvrage qu’il séduira davantage de lecteurs et ce surtout grâce à son style caractéristique et profond.

On n'échappe pas à quelques répétitions qui n’étonneront pas les connaisseurs de l’auteur mais ce roman m’a, j’espère définitivement, réconcilié avec Olivier Adam qui deviendra peut-être un jour reconnu à sa juste valeur, même si la critique n’aime pas trop ces écrivains gauchistes et trop acerbes lorsqu'ils évoquent une certaine société française qui est à nouveau noircie et dépeinte comme un univers pourri.

J’ose ainsi mettre une demi-étoile en plus qu' « aux lisières » car l’auteur s’est formidablement repris.

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