Panorama des idées philosophiques: De Platon aux contemporains
de Jacqueline Russ

critiqué par Colen8, le 19 mai 2016
( - 76 ans)


La note:  étoiles
Pour les philosophes en herbe
Destiné aux élèves de terminale comme à celles et ceux qui sont enclins à revoir leurs classiques, le titre résume excellemment le contenu de l’ouvrage. C’est une histoire de bouillonnement des idées, où les systèmes de pensée apparaissent en désordre, s’enchainent, s’opposent, se contredisent, se transmettent pour forger des valeurs, construire ce monde occidental, notre héritage auquel les autres mondes longtemps ignorés n’ont toutefois rien à envier.
Du IVème siècle av. JC à nos jours une soixantaine des grands penseurs des mondes gréco-romain et judéo-chrétien sont présentés en quelques pages pour les plus influents, quelques lignes pour les autres. Sont rappelés des éléments biographiques, les titres des œuvres majeures, quelques citations, les idées à en retenir. C’est aux araméens et aux syriaques chrétiens maîtrisant le grec et l’arabe que l’on doit l’essentiel des traductions de textes grecs vers l’arabe, aux moines du Mont Saint-Michel celles du grec au latin quelques siècles plus tard dont la redécouverte combinée aux traductions venant de l’arabe ouvrira l’ère des Temps Modernes. Le Moyen Âge n’a pas été cette période obscurantiste millénaire qu’on lui attribue entre la chute de l’Empire Romain et la Renaissance au vu de l’analyse de la pensée de Saint-Augustin, d’Abélard, de Saint-Thomas d’Aquin et de quelques autres.
L’essor de la chrétienté, sa vocation d’universalisme, son expression du dogme n’ont pas empêché les révolutions copernicienne et galiléenne. De là ont émergé un chamboulement complet du monde et des idées, suivi d’une prise de distance grandissante avec la religion. Quand les mythes des origines relayés par la métaphysique se sont efforcés de répondre au « pourquoi », le grand bon dans la compréhension des lois de l’Univers effectué grâce à la science s’en est tenu au « comment » entrainant avec lui la refonte des systèmes de pensée. La démocratie vue par Tocqueville préfigure étrangement le spectacle actuel d’un individu attaché à la liberté, à l’égalité, en apparence autonome n’ayant d’autre horizon qu’un bonheur étriqué entre les bras protecteurs de l’Etat auquel il s’est volontairement asservi en lui déléguant ses pouvoirs.
L’idée de progrès apparue à l’âge classique, largement répandue après les Lumières, la raison érigée comme bien suprême qui a accompagné la science et les techniques se trouve mise à mal aujourd’hui après les épisodes des guerres mondiales, les totalitarismes, les crises qui se succèdent. Quand La planète n’offre plus les ressources suffisantes pour satisfaire l’hédonisme ambiant, peut-être serait-il temps avec les partisans de l’herméneutique d’un retour aux traditions qui ont fait la grandeur originelle de la philosophie grecque.