Apathy for the Devil
de Nick Kent

critiqué par AmauryWatremez, le 13 mai 2016
(Evreux - 48 ans)


La note:  étoiles
Sexe Drogue et Apathie
Quel intérêt de lire des récits comme celui de Nick Kent, ex drogué jusqu'à la racine, vieille gloire et « groupie » ultime en quelque sorte tel qu'il le dit lui-même ? Cela pourrait seulement consister à dérouler les souvenirs d'un vieux combattant du Rock à calvitie naissante et queue de cheval, un vétéran se souvenant avec nostalgie de sa jeunesse décadente pour l'exorciser, la renier et se complaire en même temps dans l'exaltation de ses frasques, ce dont on pourrait se ficher complètement. L'ancien « addict » se vautrant dans ses remords et son autoflagellation est toujours pénible, difficilement supportable, on préférerait presque qu'il se remette à la fumette ou aux alcools forts. Ce serait moins triste.



Rien de tout cela avec Nick Kent, on ne sera pas dans le pathos étalé en place publique. Il est cru, direct, souvent ironique y compris à ses dépens que ce soit pendant le récit de son ascension au sein de « la décennie du moi », dans le milieu du Rock, jusqu'en 1975 à sa chute qui dure jusqu'au début des années 80. Nick Kent se retrouvera SDF, zonard perdu parmi les zonards en perpétuelle recherche d'un « fix »....

...Ce n'est pas tellement dans ce livre les considérations forcément subjectives de l'auteur sur la musique de l'époque qui sont intéressantes. La lecture de ce livre comme celui de Richard Neville ou les délires gonzos de Hunter Thompson nous permettent de voyager dans le temps, de revivre des décennies nous paraissant maintenant très lointaines, presque désuètes par la quête d'idéaux de ces protagonistes bien loin des préoccupations très petites bourgeoises des « citoyens consommateurs » de 2016. Ceux-ci sont plus prudents bien entendu, plus raisonnables, trop raisonnables. Et revivre cette période par la lecture est certes moins dangereux pour la santé que de la vivre. Le lecteur ne se mettra pas à la coke pour autant, il aura envie d'écouter « TRex » ou « Steely Dan », de planer avec les « Beach Boys » ou Syd Barret.



Ainsi que d'autres garçons et filles des années 60 Nick Kent a été séduit par les illusions du « Summer of Love » et aussi par sa musique. D'une famille plutôt aisée, son père aurait bien vu pour lui une carrière prestigieuse et une réussite matérielle en rapport, il se destine pourtant rapidement à la critique musicale après des études de Lettres qu'il ne termine pas. Suivre les groupes, discuter avec les musiciens, s'immiscer dans leur vie quotidienne, devenir leur intime est pour lui plus intéressant que l'étude savante de Milton ou Chaucer. Il entre dans l'équipe du « New Musical Express » dont il devient une des plumes les plus prestigieuses. Il est alors un intime des Stones, Led Zeppelin, Iggy Pop, Bowie, des Sex Pistols.



Il fait plus que s'intéresser à la musique des uns ou des autres. Il devient un compagnon de défonce des « pierres qui roulent », spécialement de Keith Richards. Il monte à bord du « Zeppelin » de Plant et Page pour partager aussi avec eux quelques moments psychédéliques. Il suit la carrière de « l'Iguane » et devient un de ses amis proches, ils sombreront à peu près en même temps dans l'enfer des « junkies ». Il s'amuse des révolutions initiées par « The thin white Duke » très doué pour la com et se mettre en scène avec sa femme Angie, prétendant tous deux très longtemps ne prendre aucune drogue ce que leurs regards dans les photos de l'époque contredit fortement.



Nick Kent tombe amoureux de Chrissie Hynde tout en découvrant le mouvement « punk » embryonnaire, « punk » « découvert » par Malcolm MacLaren, opportuniste rusé de Londres, qui aimerait bien en faire une source de revenus durable. Nick Kent l'aidera à « caster » les membres de la « plus grande escroquerie du Rock N'Roll », les « Sex Pistols », faux groupe qui deviendra malgré tout un vrai groupe légendaire, les gamins le formant explosant en même temps que leur succès phénoménal. Kent se fera casser la figure par Sid « Vicious » et renier par Johnny Rotten. Cela ne fera que précipiter un peu plus sa descente en enfer.



A la fin il y aura quand même un « happy end », une princesse qui le sauvera et à qui il fera un enfant, mais cela est une autre histoire beaucoup moins passionnante...