"Le Père de famille", suivi d'extraits du "Discours sur la poésie dramatique"
de Denis Diderot

critiqué par Cyclo, le 6 mai 2016
(Bordeaux - 71 ans)


La note:  étoiles
une pièce à sortir de l'oubli
M. d'Orbesson, veuf, a deux enfants, Cécile et Saint-Albin. Il a élevé un autre garçon, Germeuil, qu'il considère comme son second fils, mais qui n'a aucune fortune. Le commandeur d'Auvilé, beau-frère du père de famille, et resté célibataire, vit également chez eux.
Le père de famille affectionne beaucoup ses enfants, mais reste figé sur les conventions sociales. Il voit bien que Cécile aime Germeuil, et réciproquement, mais préfère fermer les yeux sur une possible mésalliance. Mais quand Saint-Albin, qui de dissipé est devenu rangé, ramène au logis une pauvre fille qu'il aime, Sophie, le père explose, soutenu par le Commandeur qui, richissime, déshériterait ses neveu et nièce en cas de mésalliance. Tout finira bien quand on découvrira que Sophie est en fait une nièce du commandeur, et que rien ne s'oppose aux deux mariages.
C'est le prototype du drame sérieux, bourgeois, tel que l'avait conçu Diderot : ici, il met en cause l'argent, qui dirigeait alors (et peut-être encore aujourd'hui) les liens conjugaux dans les familles de l'aristocratie et de la haute bourgeoisie. Le drame est un peu larmoyant aussi : on croirait voir des tableaux de Greuze. Mal accueilli à sa sortie en 1759, "Le père de famille" fit un triomphe dix ans plus tard. Malgré un côté parfois un brin déclamatoire, les dialogues sonnent souvent juste, et la pièce se lit avec beaucoup d'intérêt.
La Comédie française (ou une autre troupe) pourrait s'enorgueillir de la sortir de l'oubli largement injuste dans lequel la pièce est tombée.