Une femme en bleu : Voyage en mère inconnue
de Michèle Jullian

critiqué par Deashelle, le 28 avril 2016
(Tervuren - 8 ans)


La note:  étoiles
Roman initiatique humaniste
« Nous naissons, pour ainsi dire, provisoirement quelque part et c'est peu à peu que nous composons - en nous - le lieu de notre origine pour y naître - après coup - et chaque jour plus définitivement. » Rainer Maria Rilke « Lettre à Franz Xaver Kappus - 23 avril 1923 »

Avec sa féminine clairvoyance, sa générosité parentale, son amour et sa connaissance de la Thaïlande au passé comme au présent, Michèle Jullian nous invite dans un voyage initiatique loin de tout cliché, autour de l’identité. Une femme bleue raconte le parcours d’une jeune fille parisienne adoptée qui rêve de retrouver sa mère biologique en Thaïlande. Cette quête de la vérité passionnera non seulement les jeunes adoptés à la recherche de leurs racines ou leur famille, pour ce qui est de l’aspect témoignage, mais aussi tous ceux qui s’intéressent à l’altérité. La fraîcheur du style de notre époque est dans la bouche de l’héroïne.

Dans ce témoignage empreint de respect, offrant des réponses très humanistes à nos questionnements, Michèle Jullian nous emmène dans un voyage affectif, spatial et temporel, à la recherche finalement de ce qui compose l’amour vrai. Le bonheur n’est-il pas un voyage, plutôt qu’une destination? Depuis son roman « Le théâtre d’ombres » qui avait pour cadre la Thaïlande, lui aussi, Michèle Jullian excelle dans l’art de mêler la vie vécue de la fiction, et c’est ici probablement la sagesse vécue qui l’emportera.

Le jour de l’anniversaire des 18 ans d’Amata, tout bascule pour la famille qui l’a adoptée depuis sa plus tendre enfance à Paris. On lui a tout donné :lycée Charlemagne, aisance matérielle, vêtements griffés, ciel familial apparemment sans nuages. Mais avec la complicité de son ami Shanti, d’origine indienne, elle s’évade de sa vie plus-que parfaite et tranquille auprès de sa famille adoptive et vole seule vers le pays de ses racines. La seule chose qui n'a pas d'ombre c'est la lumière et c’est vers la lumière que s’élance la jeune étudiante en pose sabbatique.

Perdue entre le comment et le pourquoi, la vérité, elle la trouvera au bout de son périple plein de bleus. Ce qui compte c'est le message de Michèle Jullian qui analyse très finement le besoin de vérité qui anime particulièrement une ado adoptée. Et on trouve dans ce roman une multitude de questions cruciales que tous les enfants se posent : est-ce que mes parents m’aiment ? Et est-ce que je m’aime? Puis, quelqu’un peut-il m’aimer? Quel est le sens de ma jeune vie? Des questions fichées dans l’humus de la souffrance primordiale, la question lancinante du pourquoi de l’abandon à la naissance. Amata va se faire renaître une deuxième fois. Faut-il se ressembler pour avoir un lien de filiation ou pour s'aimer? Une chance, Amata et sa grand-mère parisienne sont sur la même ongueur d’ondes, même si elles n’ont pas « un air de famille ». Une chance, Amata a rencontré Shanti, lui aussi adopté et qui a grandi en France et avec qui elle correspond, secrètement, précieux intermédiaire avec la famille parisienne qui respecte le vœu de leur fille de ne pas succomber à la tentation de l’appeler. Amitié d’enfance ? Amour naissant ?

Vous découvrirez que le texte vit au rythme de la vie en Thaïlande, surtout au cœur de la province Isan. Michèle Jullian brosse au passage un tableau lucide des conditions de vie contemporaines et ancestrales de cette culture si différente de la nôtre. Préparez-vous avec Amata au Culture Shock ! Bien sûr toute personne qui a séjourné quelque temps dans ce pays se retrouvera dans les rires, les odeurs, les saveurs, et les sonorités orientales évoquées avec tant de sensibilité e de justesse. Il y savourera les paysages, la vie de village qui y est décrite, le mode de vie écartelé entre modernité intense et tradition locales. Michèle Jullian a en effet un flair d’anthropologue et son amour du pays est empreint de grande lucidité à l’évocation du contexte historique ou politique qui ne manque pas de marquer le roman d’autres teintes que le bleu. Ses pages sont émaillées de phrases en langue locale qui ne manqueront pas de faire plaisir à ceux qui ont vécu dans cette partie du monde, à la fois tant exaltée pour son image paradisiaque et tant décriée pour son tourisme parfois si peu recommandable.

Mais, tout au fil tendu du récit, le texte ne cesse de palpiter bruyamment, au rythme du désir de savoir et de retrouver celle qui vous a fait naître avant de savoir vers où on va, les yeux grand ouverts.
La Thaïlande au-delà du regard du touriste 9 étoiles

Michèle Jullian a trouvé un nouveau bon prétexte pour nous faire explorer la Thaïlande et ses us et coutumes.
Amata a été adoptée par des parents français. Comme enfant adoptée, elle s'est fondue dans le paysage ("adoptée adaptée") et elle a répondu aux attentes de ses parents pour se faire aimer. Ayant grandi sans faire de remous et avec des parents peu attentifs à elle ou peu présents, elle s'affirme le jour de ses 18 ans en partant par surprise pour la Thaïlande à la recherche de ses origines et de sa mère.
Comme dans le roman précédent de Michèle Jullian, "Théâtre d'ombres", notre héroïne se trouve une comparse dès son arrivée, en la personne de Nong, qui va la guider dans ses pérégrinations. Et la voilà partie en territoire isan au nord-est de la Thaïlande profonde...
Elle va apprendre beaucoup de la vie et des Thaïs. Mais ne vous attendez pas à un roman à l'eau de rose.
Pendant ce temps, ces parents se retrouvent confrontés l'un à l'autre et leur bilan n'est pas toujours rose non plus.
Ce livre est conté tantôt par le narrateur et tantôt par Amata qui écrit à son ami de cœur, Shanti, lui aussi enfant adopté, d'origine indienne.
Comme pour "Théâtre d'ombres", je me suis délectée à lire ces aventures thaïes et j'ai grandement apprécié la connaissance très pointue de l'auteure relative à la Thaïlande, mais j'ai parfois saturé face aux explications concernant la mentalité thaïe qui prennent un ton un peu trop docte à la longue : même si elles ont très intéressantes; parfois, trop, c'est trop. De même, j'ai trouvé quelques redondances dans les descriptions concernant les parents adoptifs d'Amata et je déplore les nombreuses fautes d'orthographes…

Pascale Ew. - - 50 ans - 12 juin 2016