Berlinoise
de Wilfried N'Sonde

critiqué par MatthiasT, le 24 mars 2016
( - 29 ans)


La note:  étoiles
N'importe, nous nous serons bien aimés
Pour son quatrième roman, l'écrivain, chanteur et compositeur français né au Congo Wilfried N'Sondé nous invite à Berlin peu après la chute du mur et nous fait partager une histoire d'amour passionnelle entre le narrateur - leader d'un groupe de musique après avoir donné des cours d'allemand ; manifestement un double de l'auteur -, et une certaine Maya, peintre d'origine cubaine mue par une forte conscience politique et révoltée par toutes les inégalités.

Berlinoise a beau être labellisé "roman", c'est bien en poète que Wilfried N'Sondé écrit, déployant tout au long des cent soixante-et-onze pages qui filent comme une lettre à la poste une écriture flamboyante et ample, non avare en épithètes antéposés ou postposés ou en passés simples héroïques et solennels. On brûlerait à vrai dire de lire tout le texte à haute voix - idéalement, sous la couette, à l'être que l'on aime -, voire de l'apprendre par coeur tant son écriture qui se frotte au sublime  tout en restant d'une déconcertante simplicité nous enchante de bout en bout.    

Exemples parmi tant d'autres, "J'avais faim de sa bouche", "Elle nous rappelait qu'il fallait profiter de chaque instant et du miracle d'être deux", "Nous irons nous perdre au milieu de la musique assourdissante des clubs enfumés de Berlin l'inconstante". On pense à Charles Baudelaire ou Albert Cohen, rien que ça, devant tant de lyrisme et de faste de la langue. Cela n'étonne pas non plus de savoir que Sondé est également, et comme son personnage, chanteur, tant sa plume est chantante et mélodique. 

Et au service de quoi cette écriture si ciselée, et si riche ? Au service donc du sujet sans doute le plus éculé mais aussi peut-être le plus beau, la flamme de la passion, précaire, instable, vouée à disparaître inéluctablement, mais qui en valait clairement la chandelle, tout de même. En toile de fond l'énergique et surprenante ville de Berlin, définitivement un personnage à part entière avec ses noms de quartiers ou d'endroits eux aussi pleins de poésie -  Kreuzberg, Charlottenburg ou Tiergarten -, de la musique,  et des relents d'antisémitisme - avec notamment des assassinats de Mozambicains - qui viennent assombrir l'amour si solaire et si beau entre le narrateur et Maya. On ne vous livrera pas le scoop du siècle en vous disant que cet amour ne sera pas éternel, mais qu'importe, comme aurait dit Flaubert, ils se seront bien aimés.
(Critique parue sur le site A-lire.Info)