Yang Tseu Kiang
de Philip Wilkinson

critiqué par Tistou, le 14 mars 2016
( - 61 ans)


La note:  étoiles
Troisième fleuve du monde
Oui, le Yang Tseu Kiang, qui prend sa source et trouve son embouchure exclusivement en Chine, est le troisième fleuve du monde après l’Amazone et le Nil ! Et ce n’est pas un fleuve anodin pour les Chinois, plutôt nommé là-bas Chang Jiang (« Le long fleuve »).

« Grace à ses eaux très poissonneuses, à son limon fertilisant et à son cours inférieur qui est une voie de communication essentielle, le Yang Tseu Kiang joue un rôle dans l’histoire de la Chine depuis des millénaires. C’est non loin du fleuve que furent découverts des restes humains parmi les plus anciens de Chine. »

Et puis Mao n’est-il pas parvenu à réaffirmer sa prééminence en le traversant à la nage en 1956 ?

« C’est à Wuhan que Mao Tsé-toung revint sur le Yang Tseu Kiang en 1956, vingt et un ans après l’avoir traversé lors de la Longue Marche. En 1935, la traversée du fleuve avec la longue colonne de ses partisans avait été une épreuve et un symbole : Mao avait pu réquisitionner une flotte entière pour faire passer ses hommes et établir son quartier général dans le Sichuan …/…
Mao voyait donc dans ces forces élémentaires une puissance qu’il fallait maîtriser et, fier de sa forme physique et de ses qualités d’athlète, il pensa pouvoir dominer le fleuve en le traversant à la nage. Il s’exposait à des risques divers, notamment la traîtrise des courants, la morsure des serpents ou la parasite de la bilharziose. Mais c’était là le but recherché : plus grand était le danger, plus grand serait le triomphe.
Il avait d’autres raisons de vouloir montrer sa force en public. En 1956, tout n’allait pas pour le mieux pour le président chinois. Les grands du Parti se querellaient. L’opposition aux réformes se développait en divers lieux, notamment à Wuhan. Sept ans après la création de la République populaire, l’engouement du peuple pour le Grand Timonier commençait à tiédir … »

Un fleuve particulier donc …
Plus qu’un livre de photos, c’est davantage un ouvrage de géographie, de géopolitique ou de « fluviopolitique » voire de « fluviographie ». Philip Wilkinson a pris le parti du découpage de la source vers l’embouchure en divisant en quatre gros chapitres :
- Le cours supérieur, du Tibet vers le Yunnan,
- Les Trois Gorges, puisque c’est sur le cours du Yang Tseu Kiang qu’est installé ce monstre de barrage,
- Le cours moyen, à travers la province de Hubei, et notamment la ville de Wuhan,
- Et le cours inférieur, jusqu’à l’embouchure au niveau de Shangai.

Les photos ne sont pas exceptionnelles. Soit Philip Wilkinson n’a pas disposé de tant de facilités que cela pour les réaliser (ce qui n’est pas inconcevable), soit son propos n’était pas là. Et son propos était bien, de toute façon, de disséquer histoire et géographie autour du fleuve emblématique.
Le passage concernant le barrage des Trois Gorges m’a paru tout en retenue vis-à-vis des nombreuses réserves qu’on peut émettre et des risques que fait courir cet ouvrage sur des zones stratégiquement importantes du point de vue alimentaire et sur une population considérable, ce qui pourrait militer pour la première hypothèse : toute latitude ne devait pas être permise …

Un ouvrage enrichissant sur le plan connaissance et compréhension de la Chine moderne à travers la géopolitique d’un fleuve ; une bonne idée.