Desproges bande encore de Francis Schull

Desproges bande encore de Francis Schull

Catégorie(s) : Arts, loisir, vie pratique => Divers , Littérature => Biographies, chroniques et correspondances

Critiqué par AmauryWatremez, le 23 février 2016 (Evreux, Inscrit le 3 novembre 2011, 48 ans)
La note : 7 étoiles
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Desproges bande encore

« Les échappés » après les chroniques culinaires de Desproges, sortent cette biographie en forme de recueil d'entretiens avec ses amis, ses filles, sa femme et d'autres proches, des témoignages parfois lus ou entendus ailleurs. Le tout dessine un portrait vivant de l'humoriste, « écriveur » de talent inventeur de diverses formules que ceux les citant encore en 2016 oublient de rappeler la provenance, à commencer par le fameux « On peut rire de tout mais pas avec n'importe qui » dit au moment de la venue de le Pen au Tribunal des flagrants délires en 1982 où Rego fût meilleur que le procureur pour de faux de l'émission, celui-ci sombrant alors dans un « prêchi-prêcha » indigne de lui et beaucoup plus lourd que ses textes habituels.

A chaque évocation d'un comique anciennement populaire mort, Coluche, Guy Bedos, Le Luron ou Desproges qui l'était un peu moins, populaire, c'est la même rengaine : « Ahlala, il nous manque ! C'était le bon temps etc... ». On est toujours dans la logique du présent perpétuel dans lequel nous vivons depuis quelques décennies, la plupart des « grandes personnes » se prétendant raisonnables étant incapables d'accepter de mûrir, de penser simplement. Il y a un fait objectif, certes, l'incompréhension quasiment totale par notre époque de la dérision, du second degré, de l'ironie et la dictature de l'émotionnel qui interdit toute nuance, tout recul, toute ironie...

...On pourrait parler du fameux « des juifs se sont glissés dans la salle » de Desproges serait dorénavant impossible voire puni d'une manière ou d'une autre.

Cette pseudo-nostalgie pousse également certains -mauvais- comiques à se réclamer d'eux de manière disons abusive car ils sont souvent loin d'en avoir le talent. Ceux se prétendent le plus incisif se réclament généralement de Desproges, qu'ils n'ont pas lu et dont ils n'ont pas la culture littéraire : Vialatte, Marcel Aymé et Brassens. Le comique, la dérision sont de toutes façons devenus des paquets de lessive que les émules de Séguéla fabriquent et vendent à la chaîne, pubeaux dont Desproges se payait la tête copieusement posant la question de savoir déjà en 1982 si l'amateur de Rolex (TM°) était ou non un con.

Desproges lui-même est devenu un produit de « cible ». Je me suis laissé prendre il est vrai achetant cette énième biographie qui n'ajoute rien à l'histoire. Le Seuil réédite régulièrement ses textes en agrémentant les rééditions d' « inédits », dans le livre de Schull l'interview du procureur des « Flagrants Délires » par Noël Godin ancien critique cinéma d'un hebdomadaire catholique télévisuel (il y inventait les trois quarts des films chroniqués pour voir jusqu'où allait l'inculture des cuistres lisant cet hebdo du même tonneau que notre « Télérama »...

Desproges n'est absolument pas mort, non, ainsi que le titre de ce livre veut le montrer prosaïquement.

Ses textes vivent encore, sont encore largement lisibles en 2016 voire même dérangent de plus en plus d'aucuns parmi les arbitres des élégances intellectuelles. Je songe particulièrement à cet entretien de Sandrine Blanchard avec Arnaud Mercier professeur en Sciences de l'Information et la Communication publié dans « le Monde » en Janvier 2014. Il le dit oui Desproges le fait rire, tout ça, mais enfin quand même Desprogres « disait des choses terribles » je cite avec des pincettes. J'ai moi-même laissé des citations tirées des « Réquisitoires » et des « Chroniques de la Haine ordinaire » sans mettre tout de suite l'auteur pour voir les réactions qui ne se sont pas faites attendre. Notre époque de réseaux dits sociaux est désespérément triviale et fermée à la nuance.

« Desproges bande encore » est sauvé par son côté anti-hagiographique. Les défauts de Desproges n'y sont pas cachés ou occultés : son caractère de cochon ou son ego de bonne taille en particulier. Cele ne le rend que plus attachant à l'auteur de ce petit billet modeste qui a grandi avec Desproges, commençant à l'écouter avec les conseils du professeur Corbiniou jusqu'aux « Chroniques de la haine ordinaire »...

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