Je vous écris dans le noir
de Jean-Luc Seigle

critiqué par Septularisen, le 31 janvier 2016
(Luxembourg - 52 ans)


La note:  étoiles
Une femme condamnée par les hommes de son temps
Inspiré de faits réels, ce livre de Jean-Luc SEIGLE nous raconte la vie et la mort de Melle. Pauline DUBUISSON, qui défraya la chronique faits divers de la France des années 50 pour avoir assassiné son ex-fiancé de trois balles dans le dos...

Le livre se présente comme les mémoires fictives que Melle. DUBUISSON écrit dans des cahiers, qui seront retrouvés après son suicide, et où elle raconte la vérité, sa vérité, sur sa vie, à Jean, l’homme qui vient de lui demander sa main.

Au début du premier cahier on retrouve Pauline BUISSON fuyant la France, pour s’exiler à Essaouira au Maroc. En effet celle qui, après avoir purgé neuf ans de prison pour meurtre, avait été graciée par le Général de Gaulle, celle qui avait été jusqu’à changer de nom pour reprendre ses études de médecine, qui pensait s’être fait oublier de tous, revient brusquement sous les « feux » de l’actualité…

En effet, pour son plus grand malheur, Henri-Georges CLOUZOT vient juste de sortir le film « La vérité » (1960), avec Brigitte BARDOT dans son rôle, incarnant une meurtrière froide et déterminée. Ce film, qui l’a remise sous les feux des projecteurs, est pour Pauline BUISSON le début de la fin…

Ah, je peux dire que je l’attendais au tournant M. Jean-Luc SEIGLE! Après la monumentale « claque » émotionnelle – le mot est faible bien sûr, mais je ne sais pas quel autre correspondrait mieux -, qu’il m’avait donné avec le magnifique « En vieillissant les hommes pleurent », le précédent livre que j’avais lu de lui…
Et, force est de reconnaître ici, que je n’ai pas été déçu !...
J’ai retrouvé la même verve, la même écriture poétique, douce, belle, sensible, étonnante à plus d’un titre. Un contraste pourtant que cette écriture, surtout avec certaines scènes très violentes racontées dans le livre, mais surtout ici parce que c’est homme qui se « glisse » si aisément pourtant, dans la peau d’une femme, pour nous conter cette histoire, au demeurant tragique.

Sur un thème difficile, bien que pourtant à la mode, (voir « La petite femelle » de Philippe JAENADA, déjà critiqué sur CL), M. SEIGLE réussit, encore une fois, une fois de plus, à nous « sortir les tripes » et à nous serrer la gorge avec ce roman, dont, si ce n’est quelques longueurs et que digressions de trop vers la fin, je n’ai absolument rien à redire sur la troublante et bouleversante beauté…

Aucun doute à avoir ici, tous ceux qui ont aimé « En vieillissant les hommes pleurent », s’y retrouveront certainement…

« Je vous écrit dans le noir » a reçu le Prix Exbrayat 2015