Dictionnaire historique et critique: Miscellanea philosophica
de Pierre Bayle

critiqué par Radetsky, le 17 janvier 2016
(Massieu - 76 ans)


La note:  étoiles
Tentative d'appréhension d'un monument
Il est des cadeaux de Noël qui laissent pantois…

Lorsque j’ai défait l’emballage, j’ai dû bien vite abandonner l’incrédulité pour l’enthousiasme et la curiosité de la souris tombant sur une meule de Comté (ou de l’ours en visite chez un apiculteur).
Car c’était bien « lui », le fameux Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle, précurseur des Lumières tout comme ont pu l’être Fontenelle ou Spinoza.

Certes, ce n’étaient pas les quatre tomes in folio de l’édition d’Amsterdam (la 4ème, dont on peut juger ici de la forme : http://artfl.atilf.fr/dictionnaires/BAYLE/… ), mais un choix condensé réunissant tout à la fois :
- Une expérience typographique séduisante dans sa tentative de restituer au mieux l’esthétique d’une œuvre unique, d'autant plus que la reliure en brochage de cahiers cousus permet d'espérer ne pas voir s'envoler des feuilles simplement collées, lot habituel des éditions courantes.
- Une mise en forme orthographique moderne respectueuse du texte original, permettant une lecture fluide du corps de l’œuvre mais aussi des commentaires, notes, notules et gloses, dont Pierre Bayle était friand et qui constituaient autant de tiroirs ou de passages détournés destinés à extraire du texte primaire des significations parfois bien plus compromettantes que de besoin. A noter toutefois que les locutions ou citations de passages en latin, grec, ou toute autre langue ne sont pas pour autant traduites... il faut bien laisser un peu de travail au lecteur.
- Une tentative de restituer, par le choix d’entrées empruntées aux différents tomes du tirage d’origine, la richesse et l’éclectisme de l’œuvre de Pierre Bayle.

Pierre Bayle (1647 – 1706), né au Carla (Ariège) d’un père protestant et pasteur (d’ailleurs, « lou bayle », en occitan, signifie « maître berger »), termina sa vie exilé à Rotterdam. N’ayant jamais renié sa foi, il se sera néanmoins toujours proclamé fidèle à son souverain, le roi de France.

A côté de textes comme les « Pensées diverses sur la comète de 1680 » (1682), et des « Nouvelles de la République des Lettres », périodique créé en 1684, et d’autres écrits, il va consacrer l’essentiel de son activité au monumental Dictionnaire dont il est patent que sa portée ne se limite pas à un correctif aux errements de celui de Moreri, paru en 1674.

Pierre Bayle est bel et bien un précurseur, auquel Voltaire notamment fera souvent référence dans son Dictionnaire philosophique, chez qui la foi n'est jamais un obstacle à l'exercice de la raison et de l'honnêteté intellectuelle quelle qu'en soit l'objet. Œuvre polymorphe, qui touche non seulement à l’histoire mais bien plus à la philosophie, à la religion, aux sciences, à la politique, ce Dictionnaire va provoquer bien des remous et scandales, y compris dans son propre camp et faire de son auteur une cible commode pour tous les intégristes de son temps, catholiques ou protestants.

On a perdu la trace de sa sépulture...qui eût pu être aujourd'hui le Panthéon.

Le choix des entrées effectué par les éditeurs, porte en sous-titre Miscellanea philosophica, ce qui éclaire bien la direction dans laquelle doit se porter l’intérêt du lecteur.

Ainsi ont été restitués les articles :
-Extraits du tome I : Abélard – Anaxagoras – Aristote – Bacon – Bourignon – Brachmanes – Charron – Chrysippe – Comenius – Démocrite –
-Extraits du tome II : Diogène – François d’Assise – Garasse – Heraclite – Hobbes –
-Extraits du tome III : Lycurgue – Machiavel – Mahomet – Maldonat – Manichéens – Marcionites – Molsa – Plotin –
-Extraits du tome IV : Quintilien – Rorarius – Sadeur – Savonarole – Spinoza – Xénocrate – Xénophane – Zoroastre
On remarquera, dans la limite de ce choix, les très grosses contributions consacrées à Mahomet et à Spinoza, une manière peut être d'honorer le vice et la vertu qui lui correspondrait le mieux...

On ne peut que souhaiter la prochaine réédition in extenso et selon la même formule, d’une œuvre devenue sinon introuvable, tout au moins inabordable, produite par un esprit libre et brillant, devenu quant à lui une manière de « méconnu célèbre »