Le courant d'art - De Byrne à Mondrian - De Mondrian à Byrne
de Frédéric Bézian

critiqué par Blue Boy, le 16 janvier 2016
(Saint-Denis - - ans)


La note:  étoiles
Miroirs et accordéons
Selon certains, Piet Mondrian, peintre majeur du XXe siècle, se serait inspiré des théories du mathématicien du XIXe, Oliver Byrne, qui entreprit d’illustrer la géométrie d’Euclide avec des formes géométriques colorées. Frédéric Bezian se propose de donner corps à cette hypothèse dans un ouvrage au format pour le moins original.

A l’heure de la dématérialisation des supports, les éditeurs semblent de plus en plus enclins - et on ne peut que s’en réjouir ! - à soigner le tirage de l’objet « livre » (vous savez, cet accessoire culturel un peu archaïque fait d’une matière plus ou moins fragile, cotonneuse au toucher, qui ne contient aucun circuit électronique et qu’on peut facilement déchirer… aaargh ! Bas les pattes, sale gosse !).

Dans le cas présent, le livre est un bel objet, se lisant dans les deux sens grâce à une reliure en accordéon. Les deux histoires - biographies en accéléré de Piet Mondrian et d’Oliver Byrne - sont indépendantes l’une de l’autre, seulement séparées par une paroi de papier, dans un jeu de miroir ludique et interactif d’où ressortent les points communs de ces personnalités. Ou quand l’art se fait abstraction pour mieux dialoguer avec les mathématiques, dans une sphère de pensée où la logique prévaut sur l’intuition…

Considéré comme un des pionniers de l’art abstrait, Mondrian était connu surtout pour ses peintures géométriques épurées dans la forme et les couleurs (rouge, jaune, bleu), lesquelles ont largement influencé le design du XXe siècle. Près d’un siècle auparavant, Oliver Byrne avait publié « Les Eléments d’Euclide », un ouvrage innovateur dans lequel il utilisait des diagrammes et des symboles à la place des lettres pour faciliter l’apprentissage des mathématiques. Il faisait aussi intervenir les couleurs, celles-là même que Mondrian utilisera plus tard dans ses œuvres. Le peintre hollandais aurait-il repris les théories du mathématicien ? A voir l’analogie des travaux des deux hommes, à près d’un siècle d’écart, cela semble plus qu’évident même si cela ne peut être prouvé. Mais après tout, peu importe que cela soit vrai ou non. S’il s’agit d’une coïncidence, elle est troublante, et l’hypothèse reste séduisante.

Le traitement graphique est en totale adéquation avec le propos. Bezian fait coexister silhouettes organiques (avec des personnages quasi caricaturaux, au bord de l’esquisse) et formes géométriques épurées (architecture et mobilier dans un agencement évoquant le cubisme ou le bauhaus). Ce qui s’apparente davantage à un exercice de style est très bien souligné par cette même trinité chromatique utilisée par les deux hommes dans leur production. Et quand bien même il y a une suite narrative, faisant rentrer l’ouvrage dans la section « neuvième art », on est presque davantage dans le livre d’art illustré. Ainsi, on pourra peut-être juste regretter la superficialité de l’exercice, qui par son insistance sur la forme, délaisse un peu le fond, et ne nous apprend finalement que peu de choses sur ces « hommes d’exception ».