Les âmes mortes de Nicolas Gogol

Les âmes mortes de Nicolas Gogol

Catégorie(s) : Littérature => Russe

Critiqué par Duncan, le 22 février 2004 (Liège, Inscrit le 21 février 2004, 38 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 10 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (786ème position).
Visites : 6 209  (depuis Novembre 2007)

Encore un !

... d'incontournable !

Nicolas Gogol est un auteur selon mon coeur: un humour incisif doublé d'une vision critique des moeurs et de la société russe de son époque !

De plus, Gogol eut de nombreux déboires avec la censure... ce qui me le rend d'autant plus sympathique !

La trame du livre est la suivante: le héros, Tchitchikov, pour d'obscures raisons ( financières comme de bien entendu ;-) ), parcourt la Russie pour racheter les "âmes" ( les serfs ) mortes de divers propriétaires russes, usant de diverses techniques que Benoît Poelvoorde dans les "portes de la gloire" n'eut pas renié... Un drôle de VRP donc...

Le tout avec un humour que l'on retrouvait déjà dans ses célèbres "Nouvelles de Petersbourg"... et un rythme assez soutenu ( même si certaines longueurs apparaissent çà et là... mais rien de bien grave ;-) )

Pour qui veut cerner "l'âme russe" au plus près, Gogol est indispensable !

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Une critique de la Russie.

7 étoiles

Critique de Vince92 (Zürich, Inscrit le 20 octobre 2008, 42 ans) - 25 mars 2019

Cela l’a déjà été évoqué, Gogol voulait faire des Ames mortes son grand-œuvre, une peinture en trois actes de cet immense pays si singulier qu’est la Russie. Malheureusement, seule la première partie de ce projet nous est parvenue, l’auteur ayant livré aux flammes la seconde partie et n’ayant pas même commencé à rédiger la troisième. Ce portrait, curieusement intitulé « poème » par son auteur, devait capturer l’essence de l’âme russe au travers les pérégrinations de ce personnage singulier qu’est Tchitchtikov, petit aristocrate ayant usé ses fonds de pantalon dans les bureaux poussiéreux de l’empire tsariste. Mais quand on a de l‘ambition et peu de moyen, on avise rapidement les instruments qui permettent d’accumuler du bien, et, de là, de monter au sein de la hiérarchie d’un système profondément inégalitaire.
Ainsi, Tchitchikov s’est mis en tête de faire sa fortune en escroquant les institutions de crédit en « gageant » un bien particulier, les âmes des serfs qu’il possède. Mais une âme coute cher et Tchtitchikov, n’a pas le sou : tel l’escroc qu’il est, il trouve une faille dans le système : il va acheter les âmes passées de vie à trépas entre les deux recensements effectués par l’administration tsariste. Débarquant dans la ville de N…il se met à visiter les propriétaires fonciers en leur demandant de vendre leurs âmes mortes. S’ensuit une série de rencontres, toutes contées sur le ton de l’humour…malheureusement, après un succès dans la bonne société de N…, Tchitchikov devra fuir la ville en toute hâte car son projet, beaucoup trop hardi pour les notables de province, va déclencher contre lui un sentiment de défiance parmi ces derniers.
La réception critique de l’ouvrage de Tchitchikov déclencha dans son pays à la fois une vague d’indignation parmi la frange réactionnaire du pays et une vague d’enthousiasme parmi les esprits éclairés du temps. Gogol s’est toujours défendu de donner un tour politique aux Âmes mortes. Et pourtant, on peut comprendre que la censure et le public l’ait compris différemment tant l’institution des propriétaires terriens et de la noblesse en général, au travers le phénomène du servage notamment, subissent les avanies de l’auteur. Les divers personnages importants, sont tournés en dérision tout au long de la première partie. Quant à la seconde dont l’édition chez GF Flammarion donne de larges aperçus au travers les brouillons qui ont été retrouvés, elle semblait tempérer cette première partie et édulcorer en partie cette critique d’un pays que Gogol cherchait à fuir plus que tout.
Le récit est très bien mené, bien sûr Gogol est un immense écrivain, et les Âmes mortes reflètent admirablement son talent, cependant le format long du roman ne lui rend pas à mon sens pleinement justice. La nouvelle offre peut-être paradoxalement à Gogol beaucoup plus de force. Des récits comme le Nez, le Manteau ou le Revizor sont autant de purs joyaux littéraires : un condensé d’humour dévastateur, des traits d’esprit qui fouettent le lecteur grâce à leur humour corrosif pour émettre une critique sociale très vive. Les âmes mortes distillent cette force et le lecteur semble s’habituer au ton de l’écrivain. Or, on ne devrait pas s’habituer à ce ton : sans la gifle permanente de l’écrivain à son public, le livre de chef-d’œuvre ne devient qu’un très bon livre.

Peut-on rendre compte d'un roman inachevé?

8 étoiles

Critique de SpaceCadet (Ici ou Là, Inscrit(e) le 16 novembre 2008, - ans) - 17 janvier 2017

Telle est la question que l'on peut se poser après avoir lu cette histoire dont nous ne connaîtrons pas la conclusion. Certes, après avoir été habilement décrits et mis en place, le contexte ainsi que les principaux personnages semblent bien installés et le récit de leurs aventures, conté par un auteur passé maître dans l'art de la narration, commence à prendre forme, mais que peut-t-on dire de l'intrigue si l'on n'en connaît ni le développement ni le dénouement? Comment peut-on parler de la construction d'un roman dont on n'a pu découvrir qu'une partie seulement? Que penser de ce projet qui vraisemblablement consistait à décrire ou faire état de l'âme humaine, lorsque celui-ci n'a été que partiellement réalisé? Bref, comment est-il possible d'analyser puis commenter un roman inachevé?

En nous basant sur la portion à laquelle nous avons accès, en l'occurrence sur cette histoire d'un petit escroc qui parcourt les petites villes de province russe en quête de proies faciles, on peut estimer, ne serait-ce que pour le regard que l'auteur porte sur ses contemporains, ne serait-ce que pour l'esprit dans lequel macèrent les observations qu'il en tire, de même que pour l'extraordinaire coup de plume par lequel tout cela nous est transmis, on peut estimer donc que 'Les âmes mortes' annonçait une œuvre exceptionnelle.

Pourtant, selon les dires de l'auteur, la première partie, trop chaotique à son goût, aurait dû bénéficier d'un peu plus de travail avant d'être publiée, tandis que la seconde partie, exception faite de quelques fragments, a été détruite par son créateur qui la jugeait indigne de l'héritage qu'il souhaitait laisser derrière lui.

A l'évidence, Gogol plaçait la barre haute, si bien qu'en lisant ce récit inachevé dont lui-même n'était pas satisfait, on est forcément en lieu de mettre en cause toute tentative de critique.

Quoi qu'il en soit, outre les remarques qui précèdent, je me permettrai de ne formuler qu'un seul reproche, celui-ci concerne la construction du roman qui, adoptant une forme consistant en une succession d'épisodes dont le contenu à peu près similaire leur confère un caractère répétitif, épisodes se déployant par ailleurs au long d'une intrigue plutôt mince qui évolue lentement et dans une direction incertaine, laisse place à quelques longueurs.

Mais tel que le souligne Nathafi, et en accord avec cette forme épousée par récit, c'est en le dégustant à petites doses que l'on peut apprécier à sa juste valeur ce délicieux morceau de littérature. Car délicieux il est. Et vu la grande qualité dont présage cette première partie, il est regrettable voire frustrant que cette œuvre n'ait pas pu être complétée.

Pour étudiant

9 étoiles

Critique de Obriansp2 (, Inscrit le 28 mars 2010, 49 ans) - 11 décembre 2015

Ce livre on le lit dans notre jeunesse, durant notre vie d'étudiant, la vie dans ces plaines russe plates et froides, des terres et des terres à n'en plus finir, l'acteur principal qui visite chaque bourgade et chaque propriétaire terrien, la vie russe paysanne de l'avant révolution. Gogol possède une belle plume, ses romans sont longuets remplis de détails, mais c'était ainsi l'écriture à l'époque. A lire.

Un petit goût de paradis

9 étoiles

Critique de Ngc111 (, Inscrit le 9 mai 2008, 33 ans) - 16 août 2013

Captivant comme le sont tous les grands romans russes, Les âmes mortes sait enchaîner les moments de poésie, d'humour, et de réflexion. Par la grâce de personnages complexes, aux intentions difficilement discernables comme l'on peut le voir avec le personnage principal Tchitchikov. Ce dernier peut apparaître tantôt machiavélique dans sa quête d'âmes de serfs défunts, voir brusque lorsqu'il sent la résistance de son interlocuteur poindre dans la négociation ; tantôt doux et rêveur lorsqu’il s'imagine dans le futur, marié et père, propriétaire d'un domaine bien tenu et prospère.

Les rencontres qu'il fait sont toutes plus intéressantes les unes que les autres, de cette vieille veuve craintive mais pourtant bernée, au riche exploitant (Mourazov) représentant le modèle à copier pour devenir riche, en passant par les procureurs, policiers et autres juges désirant marier notre vagabond ; on pourrait aussi citer le propriétaire amoureux mais qui a dû renoncer temporairement à sa promise après une brouille avec le père. Il y en a beaucoup mais tous ont quelque chose à apporter au récit, beaucoup ont une influence plus ou moins déterminantes sur la personnalité de Tchtchikov.

Il y a même des grands moments de littérature et d'émulsion intellectuelle avec des morceaux sur l'éducation, le travail, la propagation de la rumeur dans la ville, la foi. Le discours de Mourazov à un Thcitchikov emprisonné et aux portes de la folie est bouleversant de justesse et de force de conviction. Encore aujourd'hui il pourra faire mouche dans les têtes des lecteurs du 21e siècle.

Avec toutes ces qualités, on ne peut que regretter que Gogol, suite à des problèmes de santé, à des crises mystiques ait détruit la seconde partie du roman dont il ne reste plus que quelques fragments pourtant prometteurs et pleins de génie. Sans même parler de l'éventuelle troisième partie qui n'existe même pas...
Un gâchis qui nous fait pousser des soupirs de déception et de regret de ne pas se trouver devant une œuvre achevée, magnifique, massive et dense.

Comme un petit goût de paradis avant que l'on ne referme les portes, nous empêchant d'y entrer...

Tel un mets succulent...

9 étoiles

Critique de Nathafi (SAINT-SOUPLET, Inscrite le 20 avril 2011, 53 ans) - 3 juillet 2013

Un long poème...
Le lyrisme est omniprésent dans cet ouvrage, les descriptions sont belles, avec le sens du détail, celles des paysages autant que celles des âmes qu'explore tour à tour Nicolas Gogol. C'est un livre à déguster, me semble-t-il, par petites touches, tel un mets succulent. En tout cas c'est ainsi que j'ai abordé ce livre, pourtant j'avais hâte de le lire, mais je n'ai pas pu me précipiter, parce que chaque phrase compte et qu'une progression minutieuse est nécessaire...
Quelques longueurs sont un peu lourdes à digérer, mais peu importe, l'intérêt se retrouve captivé quelques pages plus tard, et le plaisir est intact.
A manger jusqu'à la dernière cuillerée...

Un régal

9 étoiles

Critique de Saule (Bruxelles, Inscrit le 13 avril 2001, 54 ans) - 23 décembre 2006

En effet ce livre est un chef-d'oeuvre. Ca fait longtemps qu'un livre ne m'avait pas amusé à ce point. Quel dommage que Gogol n'ait pas pu terminer son oeuvre, il prévoyait trois volumes si je me souviens bien.

L'édition Folio comprend un dossier assez bien fourni, on apprend que l'auteur a travaillé énormément sur ce livre, il n'était jamais satisfait et d'ailleurs, pour notre plus grand malheur, il a brûlé tout le second volume.

Le livre est truculent, et puis quel style : les évocations de caractères et de paysages sont des petits joyaux de lyrisme. Avec un humour énorme en plus. Parfois c'est picaresque comme le dit mon prédécesseur, Gogol verse dans l'exagération pour mieux marquer le trait mais c'est tellement bien amené qu'il ne rate jamais son effet. Au final on s'amuse énormément des vicissitudes de ses personnages.

Ce livre est un mélange de poésie, d'humour et d'étude de caractère, sur fond de la grande Russie éternelle. A lire absolument.

les turpitudes de Tchitchikov

10 étoiles

Critique de Fred236 (Nantes, Inscrit le 13 janvier 2006, 33 ans) - 23 décembre 2006

On suit un personnage englué de turpitudes dans cet ouvrage de Nicolaï Gogol, et ceci n'a rien n'exceptionnel dans son oeuvre. C'est le fameux Tchitchikov.

Je m'avancerai pour dire que c'est là le chef d'oeuvre de Gogol: les personnages sont plus vrais que nature, l'auteur s'est fait une joie de nous faire un tableau des tempéraments les plus marquants de la nature humaine.
Et si cet ouvrage est si puissant c'est parcequ'il cache quelque chose: Gogol parle de lui, de ce qui le tourmente. Les Âmes mortes sont plus les âmes des propriétaires que leurs défunts serfs.

Et puis c'est aussi un bon livre picaresque, il faut le souligner.


Ce livre est pour moi une perle, je ne saurais trop conseiller de débuter par celui-ci pour s'engager dans l'oeuvre de Gogol.

Très beau livre!

8 étoiles

Critique de Giny (Casablanca, Inscrite le 26 avril 2005, 31 ans) - 19 octobre 2005

Oui, je sais, le titre de ma critique est comme qui dirait un peu "bateau" mais je n'ai pas trouvé d'adjectifs. Gogol mêle à la cruauté du servage(ces "âmes" qui déterminent la richesse d'un russe, et dont Pavel Ivanovitch dit Tchitchikov fait un commerce douteux) un humour grinçant, inédit, qui s'en ira bien vite après la ferveur mystique qui le prit à la fin de sa vie.
Malheureusement, le manuscrit n'est pas complet mais on éprouve toujours la même satisfaction à suivre les aventures rocambolesques du héros, qui côtoie des généraux bafoués, des moujiks en colère et des propriétaires ruinés....
Ce tableau de la Russie aussi bien rurale que urbaine est presque invraisemblable, du fait des séjours très brefs qu'a passés Gogol hors de son pays(l'Ukraine) dans cette contrée qu'il décrit à merveille.

Un très grand livre !

8 étoiles

Critique de Jules (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 75 ans) - 24 février 2004

Duncan a tout à fait raison quand il dit que c'est un "incontournable" de la littérature russe. Malheureusement il a tout aussi raison quand il parle de "quelques longueurs"... Mais rien n'est parfait !

En exemple de l'humour de Gogol ? "... et s'endormit aussitôt d'un profond sommeil, du merveilleux sommeil, apanage des heureux mortels qui ignorent les puces, les hémorroïdes et l'excès d'intelligence."

Au passage, une bonne image quand à l'avarice: "La vie solitaire fournit un copieux aliment à son avarice. Cette passion possède, on le sait, un appétit de loup; plus elle dévore, moins elle se rassasie."

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