Le verger et autres nouvelles
de Georges-Olivier Châteaureynaud

critiqué par Malic, le 28 septembre 2017
( - 76 ans)


La note:  étoiles
Le camp et le conte
Au moment où on le pousse vers la chambre à gaz, un garçonnet juif tente de s’échapper. Alors qu’il va être rattrapé par les soldats allemands, il découvre par hasard dans la cour du camp un espace où il se trouve en sécurité. Une petite prairie plantée d’un pommier et pourvue d’une mare. Ce verger n’est visible et accessible que pour lui. Il y trouve de quoi se nourrir car chaque jour le pommier lui procure une pomme et la mare un poisson. De ce havre protégé, il peut observer le calvaire des déportés affamés et épuisés, qui le matin partent au travail et en reviennent le soir.

Comment le conte merveilleux et l’environnement brutal du camp pourront-ils continuer à coexister ?

L’auteur parvient à nous faire croire à cette fable et à sa juxtaposition du merveilleux et du réalisme sordide. Le côté conte est très stylisé. Aucune explication, qu’elle soit d’ordre fantastique ou de science-fiction, n’est donnée et le microcosme du verger est réduit à quelques éléments simples : de l’herbe, un pommier et une mare, un poisson et une pomme chaque jour.

La fin, et sa « morale » évoquent quelque peu, en plus cruel, celle de « La montagne magique » de Thomas Mann. (il n’est d’ailleurs pas difficile de trouver une parenté entre les thèmes de deux romans.)
Une histoire sobre et bouleversante servie par la superbe écriture de Châteaureynaud.

Trois nouvelles fantastiques, le genre de prédilection de l’auteur, complètent ce recueil, le tout constituant un excellent échantillon de son talent.

N.B. si la présente édition est destinée à l’étude dans les lycées, ces textes ne sont pas pour autant de la «littérature jeunesse » (notion qui n’a rien de péjoratif mais apparaît souvent comme restrictive.)