Un rêve au début du brouillard...
de Youri Rytkheou

critiqué par SpaceCadet, le 13 décembre 2015
( - - ans)


La note:  étoiles
Rêver d'une autre vie
Lorsqu'en 1910, John MacLennan décide d'abandonner ses études, sa famille et sa fiancée pour partir à l'aventure, il est loin d'imaginer ce que l'avenir lui réserve. Après avoir traversé son Canada natal, il s'embarque, depuis Nome en Alaska, sur le Belinda, un bateau marchand en partance pour l'Arctique. Porté par son rêve d'établir un record, Grover, le capitaine du Belinda, pousse éventuellement leur parcours au-delà des habituelles limites si bien que la goélette se retrouve bientôt enserrée parmi les glaces et reste bloquée quelque part à l'embouchure de la rivière Kolyma (nord-est de la Sibérie). Gravement blessé alors qu'il tente de dégager le bateau, John est confié à trois autochtones qui, en échange d'armes à feu, acceptent non sans quelques réticences de l'emmener en traîneau à chien jusqu'à Anadyr où il pourra être hospitalisé. Mais à peine l'équipée a-t-elle entrepris ce long périple qu'elle se voit confrontée à de nouvelles difficultés.

C'est au monde de la survie dans des conditions extrêmes ainsi qu'à un univers méconnu que nous convie ce roman. Séjournant à Emyn, un village fictif situé au nord-est de la Sibérie où nous ferons la connaissance d'une petite communauté tchouktche, c'est une Sibérie autochtone dans une Russie d'avant la révolution, d'avant Staline et ses camps de concentration, ainsi que d'avant la prospection et l'exploitation des ressources souterraines que nous dévoile la plume de Yuri Rytkhéou (un natif de la région).

L'auteur s'étant par ailleurs donné pour mission de faire découvrir les us et coutumes de son peuple, cette histoire qui à prime abord sent bon l'aventure, épouse bientôt la forme d'un récit d'initiation, un récit au cours duquel le lecteur est confronté aux particularités d'une existence telle que menée par les autochtones en milieu polaire tandis que les situations rencontrées par les protagonistes vont mettre en lumière diverses considérations d'ordre sociologique, écologique et ethnologique.

Projet louable s'il en est, et qui d'ailleurs ne manque pas d'intérêt, mais si ce roman publié en 1970 est riche en descriptions et autres observations, il semble souffrir de quelques faiblesses, notamment au niveau de la conception.

Ainsi, après une mise en situation prometteuse qui nous installe dans un cadre décrit avec réalisme, -la glace, le froid polaire, les habitations, les vêtements, la nourriture, les rites, les animaux chassés puis dépecés, bref, tout y est-, l'intrigue évolue par la suite au gré de personnages qui s'avèrent trop faiblement campés et s'inscrivent dans un contexte social vaguement tracé. Ainsi, ne parvenant que partiellement à donner consistance à cette communauté, il en résulte que la dimension fictive du roman joue en quelque sorte un rôle accessoire. Mais si ce procédé permet une meilleure mise en relief de l'aspect ethnologique du récit, la pâleur de l'élément fictif tend à créer une distanciation entre le lecteur et l'intrigue. Bref, en dépit d'un bonne représentation du contexte, on n'entre pas vraiment dans ce roman, on le lit.

Enfin, outre de nombreuses considérations (parfois simplifiées ou passées ) sur des sujets tel que les relations entre les autochtones et les hommes issus de sociétés dites 'civilisées', la xénophobie, ou encore les rapports entre l'homme et son environnement, il reste que c'est bel et bien la richesse des descriptions nous ouvrant au mode de vie des peuples autochtones de Sibérie qui constitue le principal intérêt de ce roman.

N.B. Ce compte-rendu est basé sur la version anglaise du roman.