L'année la plus longue de Daniel Grenier

L'année la plus longue de Daniel Grenier

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Libris québécis, le 10 décembre 2015 (Montréal, Inscrit(e) le 22 novembre 2002, 78 ans)
La note : 8 étoiles
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Vivre en Amérique du Nord

Aimé Bolduc est né le 29 février 1760 à Québec. Sa mère est morte en couche. Devenu ainsi orphelin, il fut confié aux religieuses qui en prirent bien soin. Daniel Grenier s’est donné comme mission de suivre sa trace au cours des siècles en lui inventant un destin qui franchit le cap du temps. Vieillissant d’un an à tous les quatre ans, son héros a sauté les années les plus courtes, celles qui n’étaient pas bissextiles. C’est donc un leaper, un sauteur comme on dit en athlétisme, L’auteur l’a ainsi préservé de la vieillesse pour raconter à travers lui l’Histoire de l’Amérique, de 1760 à nos jours.

Le projet littéraire est ambitieux car il en va de la crédibilité que le lecteur accordera à cette œuvre qui parcourt les siècles à travers un seul personnage. Ça rappelle Mémoires incroyables d’un tricentenaire de Claude Marceau. Contrairement à ce roman, Daniel Grenier se sert de l’Histoire comme toile de fond pour nouer des liens filiaux entre des protagonistes appartenant à la famille Langlois. Objectif impensable quand l’ancêtre porte le patronyme de Bolduc, un individu qui a troqué souvent son identité pour celle d’autrui afin de passer inaperçu aux États-Unis.

Cet Aimé Bolduc sert de fil conducteur pour disséquer les fibres d’une famille résolument tournée vers l’avenir, un avenir qui ne devrait pas connaître de terme. C’est à quoi travaille d’ailleurs l’arrière-arrière-petit-fils Thomas Langlois, un médecin engagé à New York afin de prolonger éternellement l’espérance de vie. C’est en reconstituant l’existence de cet ancêtre imaginaire qu’Albert Langlois, le père de Thomas, incite son fils à construire un monde sans frontières.

Les dépressifs apprendront en lisant ce roman à pousser leurs limites pour le meilleur des mondes. Y arriver n’est pas une mince tâche. Les obstacles sont plus que nombreux. Les guerres, comme celle de la Sécession aux États-Unis, chambardent les destins voués à resserrer les liens entre chacun pour la libération de l’homme.

C’est un beau roman. On se cherche un modèle. Il s’agit de le reconnaître ou de s’en créer un. Daniel Grenier propose le sien dont les assises sont d’ordre filial. Un modèle rassembleur qui rappelle La Marche en forêt de Catherine Leroux (critique sur le site). Deux auteurs qui ont écrit des œuvres jumelles. Des œuvres enracinées dans le terreau mixte du Québec et des États-Unis, mais qui transpirent l’universalité.

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