Kéraban-le-Têtu de Jules Verne, Léon Benett (Dessin)

Kéraban-le-Têtu de Jules Verne, Léon Benett (Dessin)

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Fanou03, le 12 novembre 2015 (*, Inscrit le 13 mars 2011, 43 ans)
La note : 6 étoiles
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Promenons-nous autour de la Mer Noire

La légendaire fierté d’Artaban est depuis longtemps devenue une expression usuelle. Grâce à Jules Verne nous pourrions rajouter sur ce modèle un nouveau proverbe: « Têtu comme Kéraban ! », tant l’écrivain a réussi à camper là un personnage hors-du-commun. L’argument de départ du roman est génialement improbable, prétexte aussi invraisemblable que farcesque : Kéraban est un riche négociant turque célèbre pour son entêtement et sa susceptibilité. Le jour où le préfet de Constantinople impose une taxe pour la traversée du Bosphore, Kéraban refuse de s’en acquitter. Prêt à tout pour défier l’administration, il décide, pour rejoindre sa demeure qui se trouve de l’autre côté du détroit, de faire le tour de la Mer Noire, même si cela doit lui coûter une fortune et lui prendre plusieurs semaines de voyage ! Il entraîne au passage dans cette aventure son ami le Hollandais Van Mitten qui avait le malheur de se trouver là.

Ce qui fait une grande partie de la saveur du roman est le portrait haut-en-couleur de Kéraban, qui accumule bien des défauts : obstiné, râleur, tyrannique, conservateur, voire rétrograde (il déteste tout ce qui est moderne, comme la façon dont s’habillent les « Jeunes-Turcs » ou les moyens de transports à vapeur)... Une des forces de Jules Verne pourtant est de savoir éviter la caricature. Kéraban au final s’avère ainsi malgré tout profondément humain, absolument attachant.

Le négociant turc porte sur ses épaules la mécanique de l’histoire, son caractère excessif en est la substantielle épice. Le personnage est d’ailleurs tellement mis en lumière qu’il introduit un sérieux déséquilibre, assez dommageable me semble-t-il, dans la composition des protagonistes du roman. Ceux-ci sont de fait passablement renvoyés dans l’ombre, en paraissant beaucoup plus convenus, comme Ahmet, le neveu de Kéraban, type même du jeune homme courageux et intelligent, ou Van Mitten, à la personnalité fade et effacée.

L’intrigue par elle-même était plutôt prometteuse, Jules Verne greffant, sur l’argument de départ, une course contre la montre dont l’enjeu est le mariage de Ahmet et de la belle Amasia, avec moult péripéties, aussi bien tragiques que comiques. Je regrette que ces événements soient plutôt concentrés à la fin du roman. La première partie du récit est de fait assez peu palpitante, ce qui donne un sentiment mitigé sur l’ensemble.

Kéraban-le-têtu est un des romans méconnus de Jules Verne. Il aurait pu sans doute se révéler un très bon cru, n’eût été sa construction déséquilibrée. Il y a quand même de nombreux passages savoureux qui méritent à eux seuls le détour, sans oublier la figure théâtrale de l'inénarrable Kéraban !

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Les éditions

  • Kéraban-le-Têtu [Texte imprimé] Jules Verne dessins et une carte par Benett
    de Verne, Jules Benett, Léon (Illustrateur)
    Hachette / Grandes oeuvres. Les Intégrales Jules Verne
    ISBN : 9782010051036 ; EUR 11,75 ; 01/01/1978 ; 480 p. ; Relié
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