Rudik, l'autre Noureev
de Philippe Grimbert

critiqué par Monocle, le 28 septembre 2015
(tournai - 60 ans)


La note:  étoiles
Sous le regard de Freud et Lacan.
Tristan Feller, psychanalyste du Tout-Paris, reçoit un appel d'une amie du célèbre danseur Roudolp Noureev qui a besoin de son aide.
Au premier rendez-vous, Noureev brille par son absence. Au second il ne s'excuse même pas et l'analyste préfère rester silencieux. Une heure de silence s'est long mais aucun des deux hommes ne veut baisser la garde. Les seuls mots que Noureev prononcera sont en russe et leur traduction donne : "Elle ne m'a pas reconnu".
Les séances deviendront plus régulières et peu à peu Noureev confiera sa douleur. Les relations entre le praticien et son patient deviendront plus intimes.
Il nous faut parler, si nous ne voulons pas mourir de nos blessures : jusqu'à présent, seul le langage de la danse avait permis à Rudolph Noureev d'exprimer désirs, douleurs et nostalgie. Mais aujourd'hui alors que son corps commence à l'abandonner, un manque se fait sentir. S'il veut survivre, il lui faut maintenant confier à quelqu'un ce mauvais sort qu'un corps épuisé ne peut plus conjurer et ces plaies hérissées de l'enfance que la danse ne pouvait plus refermer.
Nous sommes en 1980, Noureev a plus de quarante ans. Les danseurs partagent avec les hôtesses de l'air un rapport ambigu avec les années !
Dans les années 80 on parle à peine d'une drôle de maladie qui frappe les gens "aux drôles de manières"... et Noureev s'affaiblit.
Mais Noureev s'obstine et il danse. Il n'est plus le jeune premier, il n'est plus que l'ombre du jeune prodige. Ce combat qu'il fait avec ses limites fait penser à un autre monstre sacré ... Maria Callas. A la fin de sa carrière, comparant sa voix, quelqu'un avait dit qu'elle était encore plus belle en ruine.


Un livre très émouvant. Grimbert avec "Un garçon singulier", "La mauvaise rencontre" et "Le secret" nous avait habitué à un travail de qualité. Il est plus que jamais un écrivain qui pousse loin dans la nuance, il dissèque, il distille. Ici dans ce court roman où se mêlent fiction et réel l'émotion est le fil conducteur.

Comment mieux conclure qu'avec ces quelques mots ?

"Petits chats, petits rats avec nos frêles os
"Nous allions à l'école de danse
"À la barre de chêne se pliaient les roseaux
"De nos corps amoureux de cadences
"La danse est une cage où l'on apprend l'oiseau
"Nous allions à l'école de danse.
Extrait de "la danse de Claude Nougaro" où il est dit aussi...
"La danse est une bête, la sueur est son lait !