Chine. Le grand bond dans le brouillard
de Gabriel Grésillon

critiqué par Colen8, le 9 juillet 2015
( - 78 ans)


La note:  étoiles
Ciel menaçant, le dragon sort ses griffes
Une croissance fulgurante pendant 35 ans, un demi-milliard de chinois sortis de la pauvreté, le remède administré par Deng Xiaoping et ses successeurs a été efficace. Des réussites spectaculaires sont apparues au monde entier, y compris dans la haute technologie grand public, Alibaba n°1 asiatique de la vente en ligne, Lenovo n°1 des ordinateurs personnels, Baidu équivalent de Google et Wikipedia réunis, WeChat pour les applications mobiles. La Chine passée au 2ème PIB mondial continue d’avancer à grands pas sur les plans spatial, militaire, dans les transports, l’énergie, l’immobilier, les infrastructures.
Même si les visiteurs sont frappés par l’ambiance de gaieté, d’enthousiasme, d’énergie, de modernité, celle-ci n’arrive pas à gommer les déséquilibres grandissants qui se font jour. L’intense pollution de l’air, de l’eau, des sols met en danger la santé publique. Quand le « low-cost » a commencé à s’essouffler un crédit quasi illimité s’est déversé sur les provinces avec à la clé des gaspillages insensés, des réalisations injustifiées visibles partout. La situation financière est rendue plus compliquée entre des fonds souverains de 4000 milliards de dollars accumulés grâce aux exportations, et l’impossibilité de les réinjecter dans l’économie sauf à une réévaluation massive du yuan à priori exclue.
Selon ce correspondant français de presse économique en Chine depuis 5 ans, contrairement aux attentes des observateurs pariant sur un début de libéralisation, la nouvelle équipe dirigeante procède à une reprise en main musclée. Le rôle du Parti redevient central réprimant la liberté d’expression, contrôlant les medias, durcissant la lutte anti-corruption. Des manifestations réprimées à la périphérie, des provocations territoriales à répétition à l’extérieur inquiètent tous les voisins.
Il y aurait nécessité à revoir le modèle économique, à trouver de meilleurs relais de croissance en tablant sur plus de valeur ajoutée. C’est en encourageant le secteur privé et l’innovation, que l’on pourrait jouer sur la productivité, augmenter les salaires, développer la consommation au détriment d’un secteur public qui a drainé la plus grande part de l’investissement jusqu’à présent. L’avenir lui semble bien incertain.