Cochon farci
de Eugène Savitzkaya

critiqué par Nathafi, le 29 mai 2015
(SAINT-SOUPLET - 57 ans)


La note:  étoiles
Le magicien ose
Monsieur Savitzkaya est un magicien, un magicien des mots. Il a l'art d'écrire avec une musicalité rare, à propos de choses très terre à terre, et rend le lecteur béat. Béat d'admiration, face à cette prose poétique qui l'entraîne dans le délire de cet auteur, sur des chemins inconnus. A leur détour, la nature, belle et chatoyante, ou rude et envahissante, aussi le quotidien, la vie, pleine de vérités crues :

"Il n'y a pas que le lait qui guérisse de la vie,
antipoison aléatoire, il y a aussi le foutre, la bière, le chocolat, 69,
le mucus, l'amplexion, le lichen, les larmes, les cygnes et les canards,
les fraises et les cerises, les coings, il y a l'eau, choses immatérielles et puantes,
et bien sûr il y a le bleu de l'air et son obscurité totale et létale et foetale et fécale
et fatale et bancale,
il y a aussi le chant d'amour du chat dit domestique,
que l'on ne peut distinguer des cris de haine ou de chagrin,
cette voix plus ancienne que le ciel dirait-on.
Qu'est-ce qui grandit quand tout a disparu et que rien n'existe ?"

Voyez, c'est ça, "Cochon farci", des phrases qui choquent, déroutent, des mots qui fusent, des idées qui se mélangent, avec pourtant un rythme, une énergie incroyables.

La surprise enveloppe le lecteur, "Jusqu'où ira-t-il ?", on suppose une accalmie, mais tout est ainsi, mêlant le beau et le laid, l'agréable et le rebutant, la terre et le ciel, l'animal et l'homme...

C'est un langage à part, l'auteur dit lui-même qu'il ne faut pas interpréter systématiquement le sens de ses textes. Ce sont des jets de paroles, des mots couchés sur le papier pour exprimer la vie, la mort, des prémices de la terre aux hauteurs célestes.

Une lecture qui se lit à voix haute, question d'intensité, c'est un attrait supplémentaire qu'offre cet ouvrage, on s'y prend, à relire encore, pour plus de perception.

Déroutée, mais pas insensible à cette poésie hors du commun qui me parle...