L'accordéon de la mer et autres poèmes de Kim Myong-in

L'accordéon de la mer et autres poèmes de Kim Myong-in

Catégorie(s) : Littérature => Asiatique , Théâtre et Poésie => Poésie

Critiqué par Débézed, le 9 mai 2015 (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 72 ans)
La note : 8 étoiles
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Poèmes de douleur

Lire de la poésie traduite est toujours source de frustration, les vers perdent beaucoup de leur saveur, de leur musique et de leur rythme lors de la traduction mais lire de la poésie traduite d’une écriture différente de la nôtre est encore plus difficile. La translittération du coréen au français, comme c’est le cas pour le présent recueil, est source d’encore plus de modifications du texte, aussi, pour rester le plus fidèle possible à l’auteur, je vais citer la traductrice pour présenter l’œuvre de Kim Myong-in : « Les lecteurs de la poésie de Kim Myong-in seront saisis d’emblée par la singularité de son style narratif : absence presque totale de ponctuation, les débuts de phrases succédant aux précédentes dans le même vers, la fréquente inversion de l’ordre syntaxique, le rythme fragmenté qui se brise sans cesse ».

Les poèmes retenus pour la présente publication sont issus des sept recueils publiés antérieurement par l’auteur. Nous y retrouvons donc un condensé des thèmes chers à l’auteur et pour commencer une évocation de la guerre du Vietnam à laquelle il a pris part et la douleur qu’il a ressenti devant la souffrance endurée par ce pays.

« J’ignore ce par quoi un pays se laisse dévaster
mais j’entends de nouveau gémir ta terre
qui fut maintes fois outragée
entraînée de ténèbres en ténèbres ».

Kim cherche à comprendre pourquoi la mort, la mort violente, brutale, la mort des plus faibles, les enfants, les femmes, les animaux minuscules. Pourquoi la souffrance infligée aux filles, aux femmes abandonnées ou veuves, aux enfants orphelins, à tous ceux qui n’ont que le choix de subir, qui ne sauront jamais de quelle cause ils ont les victimes.

« Qu’est-ce que le pays ? Qu’est-ce que le peuple ? Qu’est-ce que l’idéologie ? »

Il décrit toutes les tensions internes qui habitent ceux qui ont connu les grandes douleurs et notamment les guerres en Corée puis au Vietnam, les tensions qui habitent ceux qui sont partis : émigrés, noyés, morts dans une guerre lointaine, les tensions qui habitent ceux qui les attendent sans savoir, sans espoir.

« à Paeksock il y a des gens qui finalement ne reviennent pas demeurant des épines douloureuses aux yeux des proches qui les attendent ».

« Toi aussi tu es devenu désormais un souvenir desséché ».

La mort et sa compagne la plus fidèle, elle le suit depuis son enfance, colle à ses pas, dépeuple son arbre généalogique.

« Mon grand frère est mort il y a six ans, deux ans auparavant
ma sœur aînée est morte, mon père il y a cinq ans
(mes deux petites sœurs sont mortes il y a plus de vingt ans)
ma grand-mère il y a dix ans, alors pendant ces dix dernières années
les morts remplissent ma généalogie"
.
Et quand la mort a fait son œuvre, il s’interroge sur la futilité de la vie, son insignifiance, son éphémérité.

« comme tu tombes en pluie vainement sur ce monde où il ne reste rien à mouiller ».

« Qu’est-ce qu’on laisse comme trace ».

"L’eau de la rivière qui a parcouru le temps s’écoule sans cesse de toutes ses forces avec ces reflets blanchâtres ».

Même altéré par la translittération, ces poèmes de mort, de souffrance et de douleur ciselés par Kim Myong-in pincent le cœur et inspirent une grande compassion pour ceux qui l’ont inspiré. Dès les premiers textes on entre en empathie avec cet auteur qui se penche avec tant d’humilité et de ferveur sur la douleur des plus faibles.

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