La Fraternité des Atomes
de Gauthier Hiernaux

critiqué par Débézed, le 5 mai 2015
(Besançon - 77 ans)


La note:  étoiles
Belgique éclatée
Avec ce polar, Gauthier Hiernaux nous entraîne dans un temps prochain, ou déjà presque présent, où la Belgique serait partagée en deux, où l’Union européenne aurait explosé, des transformations géopolitiques obligeant la Fédération Libre de Wallonie (FeLiWa) et la Noordelijk Verbond à prendre des mesures radicales pour gérer les flux migratoires entre leurs deux territoires. Lester, un ancien militaire de l’armée britannique, a été ainsi embauché par l’Immigration Service (l’IS) pour débusquer ceux qui transitent ou séjournent illégalement en Noordelijk Verbond.

A Bruxelles, rongé par le remord et la culpabilité, il se sent responsable du décès de sa femme dans un attentat après qu’elle a pu constater qu’il la trompait, il sombre dans un éthylisme chronique, ne pense qu’à venger les deux victimes en liquidant les auteurs de l’attentat fatal. Anesthésié par l’alcool, complètement délesté de son pouvoir émotif par les atrocités de sa vie, il remplit les missions les plus délicates, celles qui sont les plus appréciées par le parti extrémiste flamand au pouvoir. Un soir, à la sortie d’un restaurant, il croise celui qu’il pense être l’auteur de l’attentat qui a coûté la vie à sa femme et à sa fille, il le descend froidement, comme on abat un chien, au grand dam de sa hiérarchie. Cet assassinat brutal provoque des réactions en chaîne qui impliquent le grand banditisme, les trafiquants de stupéfiants, d’armes et autres denrées encore, des politiciens véreux, des idéologues de comptoir, des idéalistes violents, des mouvements subversifs qui ont perdu leur objectif initial depuis longtemps, tout ce qui grenouillent pour un quelconque motif mais surtout pour enrichir leurs chefs. L’auteur nous entraîne dans une histoire rocambolesque où il devient difficile de savoir qui manipule qui, qui infiltre qui, qui trahit qui, qui est qui, une histoire haletante où le rythme ne faiblit jamais.

J’ai lu ce roman comme une sorte de réquisitoire contre la partition de la Belgique actuelle, l’auteur semble vouloir mettre en garde les extrémistes de tout bord en dessinant deux états gangrénés par des politiciens véreux, des partis fascisants, des trafiquants âpres et violents, des mafias de toutes origines et des mouvements occultes pas toujours bienveillants. Tout en soulignant avec malice les travers de la Belgique bicéphales, Gauthier Hiernaux semble vouloir dire à ses lecteurs que les différences actuelles sont plutôt source de richesse que motif à partition. On ressent dans ce texte de l’empathie pour son pays et pour ceux qui y habitent depuis des lustres ou depuis moins longtemps. Au passage, Il n’hésite pas à donner quelques coups de griffes aux actions puériles et futiles des administrations toutes aussi peu compétentes pour faire face à la gravité des problèmes qui se posent dans l’Europe qu’il dessine. Et, malgré cette satire acerbe, on ressent qu’il aime ce pays artificiel, composite, pluriethnique, riche de ses racines multiples et qu’il voudrait que les communautés qui le composent, vivent en bonne intelligence sans oublier leurs différences culturelles, gage de la richesse du pays.

« Il savait que Wallons et Flamands partageaient une histoire douloureuse ponctuée de scandales qui avaient fragilisé ses basses. » La fiction que l’auteur propose, tangente la réalité : « la politique ultra socialiste du sud de cet ancien pays uni en avait fait un patchwork de nationalités qui vivait dans une harmonie peut-être pas totalement parfaite, mais assez conviviale. Tout le contraire de la Noordelijk Verbond où le protectionnisme ultranationaliste avait provoqué un total repli sur elle-même ». Et, fataliste, il constate désabusé : « il n’y avait personne à blâmer et tout le monde à condamner ».