Frida Kahlo de Jean-Luc Cornette (Scénario), Flore Balthazar (Dessin)

Catégorie(s) : Bande dessinée => Divers

Critiqué par Blue Boy, le 27 mars 2015 (Saint-Denis, Inscrit le 28 janvier 2008, - ans)
La note : 6 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (35 194ème position).
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Fade Frida

Peintre mexicaine de renommée internationale, Frida Kahlo demeure, soixante ans après sa mort, une véritable icône dans son pays. A travers ses toiles, l’artiste exprimait fortement son identité mexicaine dans un style inclassable, elle qui refusa toujours d’être assimilée aux surréalistes. Ce portrait mêle étroitement son parcours artistique, sa vie amoureuse et son rapport à la politique.

Malgré les apparences, ce roman graphique n’est pas vraiment une biographie dans la mesure où il est centré sur quatre années de la vie de Frida Kahlo. Ainsi, le récit débute par l’arrivée de Léon Trotski au Mexique en 1937, où il fut hébergé chez l’artiste et son ami Diego Rivera, jusqu’à son assassinat quatre ans plus tard. Etrange parti pris pourtant pas si incongru, étant donné la proximité idéologique de Frida avec cette éminente figure politique du XXème siècle. Non, ce qui est plus gênant, c’est l’introduction à mon sens complètement ratée, provoquant chez moi un certain agacement qui a sans doute pesé sur mon impression globale vis-à-vis de ce one-shot. Le ratage vient principalement de l’imbroglio narratif de ces premières pages dont on ne devine la finalité qu’après moult détours, imbroglio aggravé par l’absence de contextualisation historique (tout le monde ne connaît pas l’histoire du Mexique et son rôle dans les rapports Est-Ouest entre les deux guerres). Tout cela donne malheureusement le ton pour la suite du récit.

Jean-Luc Cornette a une fâcheuse tendance à abuser des ellipses. Cela produit une narration hachée et confuse qui finit par dissoudre l’intérêt que l’on aurait pu ressentir pour cette production. Du coup, les dialogues sont comme densifiés au détriment de la poésie, laquelle aurait dû selon moi embraser l’histoire. Le récit est très factuel, sautant d’anecdotes en anecdotes qui n’apportent pas grand-chose à ce qu’on sait déjà. Car en effet ce qui manque ici, c’est bien la flamme, dont ne manquait pas cette femme au caractère bien trempé, aimant la vie par chaque pore de sa peau, et pour qui l’art était la planche de salut de son petit corps malade.

A cet égard justement, apparaît un vaste trou béant dans cette évocation d’où je suis ressorti perplexe. Si le romanesque et la politique sont largement évoqués, on ne voit quasiment rien de la souffrance de l’artiste. Dès son plus jeune âge, Frida Kahlo était atteinte de la polio et d’une malformation congénitale qui la faisait boiter. En outre, comme si le mauvais sort s’était acharné sur elle, elle fut victime à l’adolescence d’un grave accident de la route lors duquel une barre de métal lui transperça l’abdomen, ce qui en plus de la faire atrocement souffrir, devait par la suite l’empêcher de procréer. Ignorer à ce point ce versant de la vie de cette femme paraît totalement incompréhensible, alors que celle-ci n’avait de cesse via sa peinture d’exprimer ses douleurs, tant physiques que morales. Bien sûr, cela ne l’empêcha pas d’avoir une vie sociale et amoureuse extrêmement riche, mais on imagine que cette amoureuse de la vie dût prendre beaucoup sur elle pour masquer son martyre.

Pour le reste, si le dessin manque parfois de fluidité, il reste adapté à un tel projet mais semble débordé par la profusion des personnages, que l’on a parfois du mal à reconnaître ou à différencier, et cela n’amoindrit en rien la confusion scénaristique évoquée plus haut. Pourtant, nul doute que Flore Balthazar a pris son travail à cœur, celle-ci étant même allé au Mexique en voyage préparatoire pour saisir les couleurs si particulières de ce pays. Et le résultat est plutôt réussi, c’est chatoyant et nuancé à la fois.

Mais au final, la déception a été à la hauteur de mes attentes. Trop peu de poésie, de rêve et d’émotion. Je n’ai jamais senti le piquant du piment mexicain dans cet ouvrage trop fade à mon goût et c’est bien dommage.

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Les éditions

  • Frida Kahlo [Texte imprimé], "pourquoi voudrais-je des pieds puisque j'ai des ailes pour voler ?" scénario, Jean-Luc Cornette dessin et couleur, Flore Balthazar
    de Cornette, Jean-Luc Balthazar, Flore
    Delcourt / Mirages (Paris. 2004)
    ISBN : 9782756039961 ; EUR 16,95 ; 18/02/2015 ; 128 p. ; Album
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4 ans de Frida ou de Trotski ?

8 étoiles

Critique de Coper (, Inscrite le 2 octobre 2014, 36 ans) - 19 décembre 2018

Le lecteur aurait tendance à croire que, de par le titre et la couverture, ce roman graphique constitue une biographie de Frida Kahlo. Or, il n'en est rien, ou pas vraiment...
Cet ouvrage est centré sur une période de 4 ans : de 1937 à 1941. Période durant laquelle Frida et Diego ont accueilli Trotski et sa compagne (en exil).

Ainsi, dès le début, les auteurs posent le contexte et le ton en orientant l'ouvrage "biographique" sur le volet politique.
Le récit relate l'engagement de Frida et de Diego dans le communisme. Également, le lecteur suivra l'ascension picturale de Frida grâce à André Breton qui lui consacra une exposition à Paris, etc...

De nombreux personnalités font leur apparition dans cet ouvrage : outre les artistes Picasso, Kandinsky,... on croise Alfred et Marguerite Rosmer, Sylvia Ageloff, etc... Ne connaissant que peu la bio de Frida Kahlo, j'ai lu ce roman graphique, wikipédia ouvert à côté (merci), pour comprendre les liens entre les personnages et leur implication dans la vie de Frida Kahlo.

Finalement, j'ai été moi-même actrice de ma lecture, à la recherche d'informations supplémentaires pour comprendre cette lecture, mon manque de culture sur Frida ne me permettait pas de bien appréhender cette période de 4 ans de sa vie.

Le roman est également très orienté sur ses aventures amoureuses avec Léon Trotski, Julien Lévy, Nikolas Murray, etc... Le portrait de Frida qui est dépeint est, plus qu'une femme libre, une femme assez vulgaire tant dans ces propos que dans actes.
J'ai également été étonnée de ne pas voir plus de références à sa maladie et son handicap alors que le roman lui-même démarre avec sa citation "Des pieds, pourquoi en voudrais-je ? alors que j'ai des ailes pour voler"...

Au final, ce roman graphique m'est apparu décousu et confus dans le sens où il est clairement annoncé comme portant sur Frida Kahlo (titre) alors qu'il relate d'évènements majeurs concernant Trotski.
Le roman démarre avec l'arrivée de Trotski chez Frida et se termine avec la mort de ce dernier...

Cependant, contradictoirement, j'ai tout de même apprécié... Le graphisme est très fort et les couleurs resituent une ambiance très réussie.

Actrice de ma lecture, je suis allée plus loin pour comprendre et cela m'a permis de mieux appréhender et apprécier cette partie d'Histoire en sortant du prisme Frida Kahlo.

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