Elle s'appelait Tomoji de Miwako Ogihara (Scénario), Jirō Taniguchi (Scénario et dessin)
(Tomoji)

Catégorie(s) : Bande dessinée => Légende, contes et histoire

Critiqué par Shelton, le 22 février 2015 (Chalon-sur-Saône, Inscrit le 15 février 2005, 63 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (22 032ème position).
Visites : 1 857 

Magnifique et profond !!!

Il y a quelques années, je découvrais dans des circonstances dont je ne me souviens plus exactement, un auteur japonais assez extraordinaire. A cette époque-là, je ne lisais pas de manga, j’appartenais à ceux qui avaient découvert la bande dessinée avec le magazine Pilote, Mâtin quel journal !, et j’étais heureux quand je lisais Barbe Rouge, Tanguy et Laverdure, Astérix, Le Petit Nicolas, Le Grand Duduche, La rubrique-à-brac, puis, dans un deuxième temps, Lucky Luke et Bob Morane… Le dessin animé japonais me laissera dans un premier temps insensible et je fus même un peu allergique à certains mangas dans les années quatre-vingt-dix que je trouvais inutilement violents…

Puis, un jour donc, j’eus entre les mains le premier volume du Journal de mon père de Jirô Taniguchi. Les éditions Casterman, en pensant à des lecteurs comme moi, avaient adapté le manga initial en bande dessinée classique, avec lecture et format traditionnels. C’était beau, profond, pétri d’humanisme et en 2001 cette bande dessinée obtenait le Prix Œcuménique de la Bande Dessinée d’Angoulême. Depuis, j’avoue m’être même mis à lire des mangas, en tous cas ceux de Jirô Taniguchi, un auteur que j’ai rencontré deux fois et qui m’a donné l’impression, à chaque fois, d’un grand, d’un maître, d’une référence humaine…

Cette année, en janvier 2015, une grande exposition lui rendait hommage à Angoulême, Jirô Taniguchi, l’homme qui rêve, en sa présence, et j’avoue aimer ce type d’évènement quand on n’attend pas la disparition des auteurs pour le faire. Jirô Taniguchi, né en 1947, donne le sentiment d’être heureux de voir la reconnaissance que lui offre la France alors qu’au Japon il est indiscutablement moins apprécié. Il faut dire que les histoires qu’il raconte sont très différentes de celles qui fonctionnent bien auprès du public manga, au Japon comme en France… Certains libraires français parlent de mangas littéraires en citant les œuvres de Taniguchi…

Je ne vais pas vous proposer ici une analyse complète et une étude exhaustive des ouvrages de Jirô Taniguchi car ce serait beaucoup trop long et je ne suis pas certain d’être le plus compétent pour cela, mais on pourrait retenir quelques aspects qui caractérisent le mieux sa narration graphique. Tout d’abord, il y a la place indiscutable qui est prise par la nature. Taniguchi respecte, honore, met à l’honneur la nature. Elle participe de la divinité, de la source de la vie. Elle est indispensable et il faut, plus que la respecter, l’aimer !

Puis, il y a les êtres humains. Ce ne sont pas que des acteurs, des objets de ses histoires, ce sont des personnages à part entière, libres et pensants, et il prend toujours soin de leur donner le temps de s’exprimer, de donner les points de vue qui les habitent, de se questionner…

Et cela entraîne le rythme caractéristique de sa narration graphique. Elle est un hommage permanent à la lenteur. Enfin, pas la lenteur inutile qui prend du temps pour rien. Ici, la lenteur c’est juste se donner le temps nécessaire pour vivre sereinement et paisiblement, le temps de repérer aussi, pour le lecteur comme pour les personnages, les symboles porteurs de sens… Oui, lire Taniguchi, c’est lire une littérature pétrie de culture japonaise, imbibée de religion bouddhiste – pas fondamentaliste mais humaniste, tout simplement.

Taniguchi est un homme de sa culture et de sa religion mais il est beaucoup plus ouvert que certains pourraient l’imaginer. Par exemple, dans son dernier livre, Elle s’appelait Tomoji, il raconte la vie la femme qui a créé le temple que fréquente son épouse, et lui aussi par là même. Mais, raconter la vie de Tomoji n’est pas pour lui l’occasion de faire de l’hagiographie. Il va raconter la jeunesse de cette femme, de sa naissance à son mariage, en montrant certes ses qualités humaines, mais aussi les symboles clefs indispensables à la compréhension de la vie (nature, montagne, aigle…). A chaque lecteur, la lecture terminée, de décider si la vie de Tomoji peut servir de modèle, de référence, de guide… L’homme, chez Taniguchi, reste toujours libre !

Dans cet album, il est question d’une femme et cela est déjà, en soi, une belle exception. Les femmes ne sont pas systématiquement à l’honneur dans les mangas et Taniguchi lui-même ne s’est pas souvent consacré à raconter une vie de femme. Je crois avoir compté que cela lui est arrivé trois fois…

Enfin, en regardant cette bande dessinée, remise par éditions Rue de Sèvres en sens occidental de lecture, avec le contrôle et l’accord de Taniguchi, on peut profiter d’un magnifique graphisme. Taniguchi prend de l’âge mais son dessin reste précis, fin, poétique, beau et sa narration graphique fluide, efficace ; enchanteresse, n’offrant au lecteur que du bonheur !

Oui, j’aime les ouvrages de Taniguchi, je ne m’en lasse pas et je suis heureux que le monde de la bande dessinée ait pu le mettre à l’honneur cette année à Angoulême avec une magnifique exposition…

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Hommage à une figure du bouddhisme nippon

7 étoiles

Critique de Blue Boy (Saint-Denis, Inscrit le 28 janvier 2008, - ans) - 15 octobre 2015

De son trait d’une infinie délicatesse, Jirô Taniguchi évoque la jeunesse de cette femme élevée par sa grand-mère, une jeunesse entrecoupée d’épreuves familiales douloureuses. L’auteur de Quartier lointain s’est par ailleurs centré sur la vie rurale dans le Japon de l’ère Taishô (1912-1926), en décrivant avec bienveillance le quotidien, l’indicible, les gestes et les regards de ces hommes et de ces femmes à la vie simple et humble. Par petites touches, il parle aussi de l’éveil du sentiment amoureux et du passage à l’adulte chez la jeune Tomoji. La narration pourra paraître assez banale, presque mécanique et aux frontières du mélo (on a presque du mal à croire que la fillette ait eu à affronter la mort de deux membres de sa famille et la fuite de sa mère). Mais comme dans l’œuvre précitée de Taniguchi, il se dégage une douce poésie de ce récit.

A l’image de la couverture représentant la fillette en train d’admirer le paysage, Elle s’appelait Tomoji est avant tout une œuvre contemplative où, comme souvent chez son auteur, la nature tient une place importante. Il ne faudra pas chercher une histoire au scénario bien ficelé, encore moins un récit fait de rebondissements à couper le souffle. Bien au contraire, au lieu de nous le couper, ce souffle, Jirô Taniguchi nous propose de l’écouter, dans un mode méditatif, avec ce récit lent et très épuré où le temps n’est rythmé que par les saisons, respectant ainsi l’esprit zen de Tomoji Uchida.

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