Amours de Léonor De Récondo

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par TRIEB, le 9 février 2015 (BOULOGNE-BILLANCOURT, Inscrit le 18 avril 2012, 66 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 5 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (1 356ème position).
Visites : 1 744 

LE BOURGEOISISME VAINCU

L’action se déroule à St-Ferreux-sur-Cher en 1908. Elle a pour cadre une maison bourgeoise habitée par Anselme de Boisvaillant , un notaire , notable à ce titre de son village, qui a conclu il y a déjà plusieurs années un mariage arrangé avec Victoire , jeune femme issue également du cercle des notabilités locales. Elle habite cette demeure avec son époux , des domestiques , dont une certaine Céleste. Cette dernière est l’objet de visites secrètes de la part d’Anselme qui se terminent par des rapports sexuels forcés , particulièrement odieux et douloureux aux yeux de Céleste.

Parallèlement, Victoire est révoltée, secrètement, par sa condition de femme soumise, son éducation puritaine qui lui interdit l’accès véritable à la nudité, à son corps, à sa féminité ; elle qualifie ainsi les rapports sexuels conjugaux «d’enchevêtrement immonde ». Tout se dénoue lorsque Victoire aperçoit Céleste dans sa chambre, vêtue de l’un des corsets de la maîtresse de maison. Victoire la trouve belle, séduisante, sans s’avouer la véritable nature de son sentiment vis-à-vis de Céleste.

Cette dernière tombe enceinte, d’Anselme, et pour sauver les apparences, Victoire décide de faire croire à une fiction : l’enfant est d’elle, le père, c’est Anselme, ainsi préservé du terrible doute de stérilité qu’il nourrit en son for intérieur.
Après des premiers jours difficiles , l’enfant est sauvé. Victoire décide de le voir chaque soir et de s’asseoir près de Céleste , comme pour manifester à l’enfant une tendresse et un amour communs. En fait, ce qui se révèle à Victoire , c’est la prise de conscience de son corps, la force de l’amour pour une autre femme. Cette relation est décrite finement par Léonor de Recondo, par la précision des détails, la concision des descriptions ; ce qui fait d’Amours un roman particulièrement fort , attachant , car il n’est jamais dans l’excès, toujours dans la justesse de ton et une restitution impeccable de la psychologie des personnages, de leurs ressentis respectifs.

C’est aussi un défi aux barrières sociales de classe, aux convenances hypocrites, un hymne à l’émancipation féminine, pas vraiment à l’ordre du jour à cette époque, qui ne concevait guère de rôle pour les femmes à part celui de génitrice et d’épouse soumise. C’est ce que vivent Céleste et Victoire dans des lieux inhabituels pour toutes deux : « Dans la lumière feutrée de chez Maxim’s, les amours se font et se défont dans l’indifférence la plus totale. Céleste et Victoire ont en franchi le seuil, passant de l’extérieur bien pensant, à un intérieur où la volupté dévoile la promesse d’une vie où l’on pourrait s’aimer sans contrainte. »
Beau roman, bien construit, d’un style au plus précis, comportant un grand sens du détail. A lire absolument.

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Derrière les murs

9 étoiles

Critique de Marvic (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 59 ans) - 9 mars 2018

Une maison bourgeoise d'un notable de province.
Dans cette maison, vivent Anselme de Boisvaillant, notaire et Victoire, son épouse délicate et désœuvrée, très déçue par cette vie de femme qu'elle découvre.
Et puis, Huguette et Céleste.
Huguette, au service de la famille depuis longtemps informe Céleste, 17 ans, que le viol par le maître de maison fait partie de la condition domestique.
La grossesse de Céleste fera basculer le fragile équilibre.
Et la naissance du bébé modifiera irrémédiablement les rapports de ces gens qui vivent sous le même toit.
"Leurs existences à tous sont finalement étrangement imbriquées, c'est ce qu'il comprend tandis qu'elle jette un deuxième corset dans un grand éclat de rire. Ils sont tous dépendants les uns des autres, chacun à sa manière, liés aux us et coutumes, liés à leur rang social."

Coup de cœur de la bibliothèque, sur la table des nouveautés (?), j'ai beaucoup aimé la description de la vie provinciale, des codes de l'époque, les rapports hommes -femmes, maître et domestiques.
Très émue et touchée par le destin de Céleste, cette jeune femme soumise de par sa condition mais courageuse par ses choix.
Un roman sensible, très émouvant, et je comprends le coup de cœur de la bibliothécaire ; que maintenant je partage aussi.

Finesse et sensibilité

9 étoiles

Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 62 ans) - 25 janvier 2018

Finesse et sensibilité, qui ne sont manifestement pas des qualités des hommes mais bien plutôt l’apanage des femmes si l’on se fie aux propos de Léonor de Récondo dans « Amours ». Et hélas (je suis un homme), je crois qu’on peut s’y fier.
Même si ce que nous conte Léonor de Récondo se déroule début du XXème siècle (1908), la société a considérablement évolué depuis, c’est vrai, mais …
Il est question de sujétion féminine, il est vrai plus typiquement daté de l’époque concernée. Mais aussi de l’amour qui peut surgir en des circonstances et auprès d’êtres pas forcément attendus. On pense immanquablement à Flaubert mais aussi à Maupassant.
Le roman commence fort avec la scène du viol de Céleste, la bonne, par Anselme, jeune notaire de province et mari (on n’ose pas dire maître !) de Victoire, notre héroïne. Victoire est le prototype de la jeune fille de bonne famille, tendance « oie blanche », mariée par ses parents à Anselme (un beau parti !). Dépendante de son mari et pas du tout au fait des choses de la vie (au sens large).
Anselme est le prototype du jeune bourgeois de la même bonne famille, aisé et sans trop de scrupules. Sa femme ne lui offre pas ce qu’il attend, qu’à cela ne tienne il y a la bonne, Céleste, sous les combles qui n’a rien à dire. Viol donc. Et grossesse. Et compréhension de la situation par Victoire. Et …
Et après il faut lire, parce que Léonor de Récondo ne fait pas dans le convenu pour le coup !
Je l’ai dit d’entrée ; finesse et sensibilité. A cet égard il se trouve que j’ai mené de concert la lecture de ce roman avec un de Nick Tosches. Il ne peut y avoir d’antithèse plus parfaite ! Je ne sais pas si vous avez déjà lu Nick Tosches mais si vous n’êtes pas des adeptes de la finesse et de la sensibilité alors Nick Tosches écrit pour vous !
Sinon, Léonor de Récondo. Et c’est un vrai bonheur.

Coup de coeur.

10 étoiles

Critique de Monocle (tournai, Inscrit le 19 février 2010, 58 ans) - 26 octobre 2017

Léonor De Récondo est décidément une auteure pleine de talent.
Avec "Amours" elle présente un texte absolument remarquable, empli d'une sensibilité à fleur de peau.
Un amour choquant pour l'époque (le début du vingtième siècle) et le lieu. Que le titre comporte le pluriel d' "amour" est sans doute la preuve que ce grand mot se décline de plusieurs manières.

Une très belle surprise.

Amours emmêlées

10 étoiles

Critique de Alud (, Inscrite le 19 janvier 2009, 41 ans) - 29 mai 2015

Il s'agit bien d'amours au pluriel dont nous parle ce très beau livre de Léonor de Récondo, d'amours emmêlées dans une petite ville étriquée de province au début du XXème.

Victoire de Champfleury a épousé Anselme de Boisvaillant, veuf et notaire, après une petite annonce parue dans le chasseur français. On espère un héritier qui tarde à venir. En attendant, Anselme couche avec Céleste, la petite bonne ....

Le livre est court et va à l'essentiel, le style est direct, limpide, concis, mais, chaque mot semble pesé pour induire une charge symbolique qui lui donne une sorte de poésie singulière. En peu de phrases, l'auteur fait naître un monde un peu triste où ni les corps ni les coeurs n'exultent, où les personnages se sont construits sans l'amour véritable d'un père ou d'une mère, déterminés par leur rôle social avant qu'ils ne soient bouleversés par l'arrivée de l' enfant de Céleste et d'Anselme.

On devine que tous les éléments mis en place dans le récit vont prendre un sens plus profond, à commencer par les noms ( de Boisvaillant, Victoire, Céleste) et... la lettre, la musique, le corset, l'achat d'une robe de Poiret.

Le roman est dense, il résonne. Ce récit initiatique d'un éveil de la chair montre aussi bien l'expérience ambiguë de la maternité que la jouissance amoureuse ou l'extase mystique. Mais la chair, ici, est aussi le chemin de la découverte de soi, de la confrontation du désir et révèle l'imposture d'une société bourgeoise étouffante où, finalement, chacun reste à sa place. La grande force de l'auteur par la manière et les réflexions soulevées c'est de faire d'un roman dont les situations sont datées, un roman extrêmement contemporain

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