L'Idiot de Fedor Mikhaïlovitch Dostoïevski

Catégorie(s) : Littérature => Russe

Critiqué par Saule, le 2 janvier 2004 (Bruxelles, Inscrit le 13 avril 2001, 52 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 24 avis)
Cote pondérée : 8 étoiles (103ème position).
Discussion(s) : 2 (Voir »)
Visites : 21 932  (depuis Novembre 2007)

Bienheureux les simples d’esprit

Au moment ou le prince Mychkine débarque du train à Saint Petersbourg - il arrive de Suisse où il était soigné pour "Idiotie" - le lecteur embarque lui dans le train grande vitesse Dostoïevskien pour un trajet chaotique de près de mille pages. Il en sortira hébété, comme à la sortie d'un rêve tourmenté. Un rêve, c'est exactement de ça qu'il s'agit : ce livre parle directement à l'inconscient du lecteur. Un rêve chaotique, mouvementé, excessif et exalté. A la fin, exactement comme au sortir d'un rêve, le lecteur devra tenter de rassembler les lambeaux épars de sa lecture pour donner un sens à ce voyage dans l'inconscient.

En apparence l'histoire principale est celle du prince Mychkine, un jeune homme de 26 ans, qui rentre au pays après un séjour de cinq ans en Suisse. Il y était soigné pour « Idiotie ». Bien qu’officiellement guéri, le jeune prince se comporte de manière singulière : il est profondément humble et doux, il fait confiance à tout le monde et est toujours parfaitement sincère. Il a en outre la particularité de toujours voir le bon coté chez les gens qu’il côtoie et de s’intéresser sincèrement à eux. Dans l'entourage du prince se trouve quelques personnages secondaires haut en couleur, dont l'auteur comme à son habitude force allègrement le trait afin de mieux frapper l'imagination du lecteur. Pour le reste : c'est la tourmente. Mille pages de digressions, de dialogues ahurissants, une avalanche continuelle d'évènements complètements inattendus. Le tout forme un ensemble en apparence parfaitement incohérent, et d'ailleurs à la fin du livre le lecteur aura du mal à refaire la trame du récit, une fois quittée l'agitation du livre il devra réfléchir et tenter d'assimiler ce chaos suscité en lui.

Au niveau du style, personne n'égale Dostoïevski : c'est époustouflant de force, écrit à la serpe, un jet continu qui nous est lancé à la face. Surprenant : par moment le narrateur s'adresse directement au lecteur, pour lui faire part de sa difficulté à relater tel évènement, ou encore de sa difficulté à dépeindre tel personnage car celui étant par trop ordinaire il est inapte à frapper l'imagination du lecteur ! J'aime beaucoup.

Au niveau des idées, on retrouve la conviction de l'auteur que seul la foi en l’amour du Christ pourra sauver le monde contre les grands dangers de l’époque que sont l’athéisme, l’occidentalisme, le libéralisme, le socialisme et le catholicisme (principalement en réaction contre le pouvoir de Rome). Quelques passages d'anthologie aussi : la dithyrambe du prince contre la peine de mort entre autres.

Certains théologiens (Romano Guardini en tête) ont vu dans la personne du prince Mychkine une représentation romanesque et symbolique du Christ. La similitude est évidente : une source de bonté et d’humilité qui se trouve confrontée au monde des hommes, l’affrontement de la bonté et du mal. Tout comme la mission du Christ sur terre, le retour du prince au pays se solde par un échec cuisant et total. De plus la forme du récit possède des similitudes avec l'évangile de Saint Jean que l'auteur connaissait par coeur dit-on : intemporalité, annonce continuelle d'une catastrophe imminente, suite d'évennements indissolublement liés à la vérité.

Dostoïevski vénérait profondément la personne du Christ, mais cette croyance n'est pas exempte de doute (il l'exprime par l'épisode autobiographique du Christ de Holbein). Le problème est celui d'accommoder une foi indéniable - car ressentie dans l'âme - avec la noirceur du monde et l'évidence de la souffrance. C'est la question posée par Job et qui n'a pas trouvée de réponses (car il n'y en a pas ?). C'est un thème récurrent dans l'Idiot, et il est illustré admirablement par un fait divers réel que l'auteur reprend dans le récit : il s'agit d'un homme qui poignarde son ami pour lui voler sa montre et qui, au moment d'abattre son couteau, s'exclame : "Bénis-moi Seigneur, pardonne-moi au nom du Christ".

Pour être honnête il faut mentionner que ce livre présente quelque points faibles et que par moment le scénario "ne tient pas la route". Mais ceci n'est pas grave car on est dans un rêve, pas une histoire. Dans un moment d'exaltation très Dostoïevskien, je n'hésite pas à dire que ce roman est, après "Crime et Châtiment", le plus grand roman jamais écrit. Et j'ajoute immédiatement qu'après avoir lu Dostoïevski il n'y a plus rien d'autre à lire ! Alors embarquez sans tarder dans le train, pour faire ou refaire ce voyage en compagnie du prince, de la famille Epanchkine, des Ivolguine, de Lébédev et des autres. Bon voyage !

Connectez vous pour ajouter ce livre dans une liste ou dans votre biblio.

Les éditions

»Enregistrez-vous pour ajouter une édition

Les livres liés

Pas de série ou de livres liés.   Enregistrez-vous pour créer ou modifier une série

déçu

3 étoiles

Critique de Cédelor (Paris, Inscrit le 5 février 2010, 45 ans) - 7 janvier 2015

J'ai lu "L'idiot" il doit y avoir une dizaine d'année. Ce que j'en puis dire, c'est qu'il m'a plutôt déçu. La construction de l'histoire m'a paru décousue, mal faite, trop de bavardages, de dialogues pétaradants inutiles et des longueurs.... Cet prince qu'on traitait d'idiot me paraissait trop intelligent pour l'être vraiment... Certains personnages trop outrés pour me paraître vraisemblables... Je n'ai pas réussi à entrer vraiment dans ce livre.
10 ans plus tard, j'ai beaucoup oublié du contenu de ce livre, preuve que ma mémoire ne l'a pas retenu parmi mes lectures les plus marquantes, et donc qu'elle n'a pas été intéressée à en garder souvenir, pour la plus grande part. Ce qui m'en reste maintenant, c'est le sentiment de longueur, et de perplexité face à des dialogues excessifs et interminables.
Après "Le double" qui m'a laissé dubitatif, "L'idiot" ne m'a pas donné envie, tout de suite, de poursuivre la lecture de cet auteur dont on m'a dit qu'il est génial. Peut-être qu'il me faudra lire "Crime et châtiment" ou "Les frères Karamazov", ses dits chef-d'oeuvres, pour que je lui trouve du génie.
Un jour, un jour...

Du bon Dosto

8 étoiles

Critique de FrèreGallagher (, Inscrit le 7 janvier 2013, 29 ans) - 6 octobre 2013

Bien que j'ai eu plus de plaisir à lire Les frères Karamazov, je ne regrette en rien d'avoir lu L'Idiot, qui m'a replongé de suite dans l'univers incroyable de Dostoïevski. Les meilleures pages sont pour moi les 200 dernières. Je me suis ennuyé sur certains passages avares d'action. Mais l'ensemble est une oeuvre incontournable. Je vais me plonger prochainement dans Crimes et Châtiment!

L'Idiot bouleverse ...

9 étoiles

Critique de Bebmadrid (Palma de Mallorca, Inscrit le 29 novembre 2007, 38 ans) - 5 octobre 2013

"L'idiot" est mon premier Dostoïevski. En tant qu'amateur de littérature, je sentais la quasi-obligation de m'attaquer à son oeuvre et l'expérience fut marquante, c'est le moins que l'on puisse dire.
Ça part dans tous les sens. Situations rocambolesques, dialogues tranchants, personnage principal attachant et tellement idiot à la fois. Plus d'une fois, on se demande quand même où l'on va (si l'on va quelque part) puis on se laisse aller ... On rit, on pense, on se laisse volontairement embrouiller mais on ne s'ennuie jamais !
Et bien entendu, on meurt d'envie de se replonger dans du Dostoïevski une fois le livre refermé.



Un seul conseil : lisez-le !! Encore un chef d'oeuvre de Dostoeïvski

10 étoiles

Critique de Salocin (, Inscrit le 12 décembre 2012, 36 ans) - 13 février 2013

Il est toujours délicat d’entreprendre une critique, aussi élogieuse soit elle, d’un livre de Dostoïevski, l’Idiot en l’occurrence, ou même d’essayer de mettre des mots sur cet ouvrage que je viens d’achever, car son œuvre est tellement parfaite que ma contribution de quelques lignes déjà n’est guère brillante, et puis ne présente que peu d’intérêt.

Non vraiment, je dirai les choses comment elles me viennent et tant pis pour les faiblesses de ma parole.

Déjà la critique n’a pas énormément de sens lorsqu’il s’agit d’écrire sur Dostoïevski. Le seul conseil qui vaille pour cet auteur est assez simple : lisez le ! Et méditez. On y apprend tellement sur l’être humain, ses passions, ses faiblesses.

C’est assez incroyable que cette entrée en matière de l’Idiot, un livre 1 d’une rare intensité qu’on lit à un rythme effréné, le souffle coupé, la respiration haletante. Dostoïevski impose son style à travers une écriture convulsive, des personnages hauts en couleur, des situations rocambolesques, des dialogues savoureux.

Cette première partie est ponctuée de passages fascinants. Je pense notamment à la tirade du Prince Mychkine contre la peine de mort, qui en dit long sur la modernité, l’humanisme, l’avant-gardisme intellectuel de Dostoïevski. Je vous cite un court extrait de cette tirade du prince d’une rare puissance:

« Mais la douleur la plus forte, la plus grave, peut-être, elle n'est pas dans les plaies, elle est dans ce qu'on sait à coup sûr que, là, dans une heure, et puis dans dix minutes, et puis dans une demi-minute, et puis maintenant, là, à l'instant, l'âme va jaillir du corps, et qu'on ne sera plus jamais un homme – et que tout ça c'est à coup sûr ; le pire, c'est ça – à coup sûr. Et quand on met la tête sous cette lame, et qu'on l'entend qui glisse au-dessus de la tête, c'est ce quart de seconde là qui est le plus terrifiant »

Certaines situations sont hilarantes, notamment celles mettant en scène le général Ivolguine, complètement à côté de ses pompes, mythomane, et pris en flagrant délit de mensonge lorsque Nastassia se rend compte qu’une de ses prétendues anecdotes personnelle à dormir debout a été inventée de toute pièce (elle est tirée d’un fait divers qu’elle vient de lire dans le journal le matin même !). Plus tard, il y aura aussi l’aveu grossier fait au prince comme quoi il a été dans sa jeunesse et pour quelques jours le page de Napoléon lorsque ce dernier est arrivé conquérant dans la ville de Moscou et qu’il a à cette occasion influé sur les décisions militaires qu’il a pu prendre !

Tout cette première partie est tellement riche que le souffle retombe sans prévenir dès le début du livre 2 et l’histoire s’embourbe un peu, le nombre de personnages qui gravitent autour du prince rend aussi la lecture plus difficile. Mais c’est à ce moment que la figure christique du prince s’impose, et si la qualificatif d’idiot peut être retenu c’est pour caractériser sa naïveté apparente (et non son haut degré d’intelligence qui s’affirme dans ses prises de position successives et qui est reconnu par tous les protagonistes). Doit-on en effet parler de naïveté alors que j’y vois de mon côté de l’empathie, de la compréhension, de l’écoute, de l’humanité, du pardon et de la bienveillance. L’idiot n’est vraiment pas celui qu’on croit bien au contraire.

Le livre 3 est marqué par la confession d’Hippolyte, dont on ne sait pas trop si elle est feinte, sincère ou pathétique, en tous cas, elle repose sur quelques idées fulgurantes mais aussi sur des longueurs peu compréhensibles. Le lecteur est assommé par certains développements qui témoignent de l’esprit embrouillé de ses protagonistes, et justement quoi de mieux que de restituer cette confusion d’esprit en embrouillant directement le lecteur. Il y a aussi les autres personnages qui, et comme le constate le lecteur, témoignent explicitement de l’incohérence, de l’absurdité du discours d’Hippolyte ou se plaignent de ses digressions. Plusieurs fois, ce procédé est utilisé et il contribue à donner davantage de vérité au roman et de sincérité aux personnages.

Il y a également l’indécision amoureuse d’Aglaïa (elle décide de s’engager avec le prince et la minute d’après a déjà tout rompu et préfère Gania, puis retourne vers le prince…) ou les revirements de position incessants de Lizaveta Prokofievna , tout ceci est presque énigmatique pour le lecteur qui peine à comprendre ces états d'âme : mais c’est là toute la grandeur de ces personnages, gagnés par la passion, la folie de l’amour, la vie trépidante, et dont la stabilité d’esprit n’est pas une caractéristique. Et c’est cela qui les rend attachants et qui je crois fait la force d’un être humain pour Dostoïevski par exemple quand il distingue les hommes ordinaires de ceux dotés d’une intelligence ou d’une énergie supérieure. Il rabaisse très largement les premiers qui n’ont jamais d’idées brillantes et sont tellement banals qu’ils ne sont pas dignes d’intérêt.

Le roman glisse alors doucement vers le livre 4 dans un mouvement de tumulte, les relations entre les différents protagonistes, se font, se défont, s'entremêlent et il n'est plus possible de démêler le vrai du faux et de comprendre presque les attitudes de chacun. Dostoïevski va même jusqu'à dire :

«  Et néanmoins, nous sentons que nous devons nous limiter à une simple exposition des faits, sans, autant que faire se peut, aucune explication particulière : parce que nous-même dans de nombreux cas, nous avons du mal à expliquer ce qui s'est passé »

Je crois que c'est dans ces cents dernières pages que l'on comprend le plus la raison pour laquelle Dostoïevski qualifie le prince d'idiot. Et l'explication me semble pessimiste. Le prince est trop bon, trop simple, trop humble face à ces deux furies, ces beautés folles que sont Nastassia et Aglaïa. Il ne sait pas choisir et se fait dévorer par le caractère contradictoire et la passion de ces deux femmes, par sa sincérité et ses sentiments qu'il ne maîtrise pas, par son indécision constante. C'est un drame personnel, bouleversant, car le prince vit dans la désillusion et ne fait que subir les événements ; il est victime de sa bonté, du monde extérieur, des sentiments humains trop cruels et trop complexes pour lui. Il est condamné, par sa naïveté qui n'est que bonté, au malheur.

Tout simplement incontournable et exceptionnel!

10 étoiles

Critique de Kian996 (, Inscrit le 30 juin 2012, 20 ans) - 18 septembre 2012

Dostoïevski après avoir écrit Crimes et Châtiments compose ici une grande fresque sociale et dresse le portrait de la société russe dans laquelle il vit. Ce roman est à la fois psychologique et social: Chaque personnage est analysé au plus profond de lui-même tant que par ses réactions et ses paroles que par son attitude. Le roman débute alors que le prince Mychkine arrive par le train en Suisse où il fait la connaissance d'abord de Rogojine et de Lebedev puis du général Ivan Federovitch et de sa famille: ses filles et sa femme Lisateva. Je ne m'attarderai pas à décrire chaque personnage mais le lecteur s'aperçoit que chaque personnage est représentatif de la société russe. L'idiot est un roman scénique, les personnages s'expriment comme au théâtre et le lecteur se fait une idée de leurs personnalités. Le prince apporte une lumière dans tous ces personnages car il est le seul à dire profondément ce qu'il ressent et se révèle tout au long du roman honnête et bon. Il amène à susciter des débats dans les soirées à propos d'héritage, de femmes, de religions. Mais c'est lui qui est le fil conducteur du roman car c'est lui qui fait parler les autres et qui mène finalement le débat. Le lecteur ressent ainsi de la compassion pour le prince. Toute une série de personnages interviennent tout au long du livre Hippolyte qui souffre de vivre, Lebedev le fonctionnaire dépassé par les évènements, le général Ivoguine le personnage alcoolique. La finesse du travail de Dostoïevski repose sur le parcours du prince parmi ces personnes et sa capacité à trouver mieux l'équilibre et le bonheur. Plusieurs autres idées sont avancées dans ce livre qui pourrait paraitre long et décousu. Certes des passages sont rebutants mais quand le lecteur atteint la scène finale il en ressort avec l'impression d'avoir mieux compris les relations entre les hommes et le mystère de l'âme humaine. La figure de Rogogine est particulièrement intéressante, cet homme hésitant à rester dans la lumière ou dans l'ombre se dissimulant devant la vérité. ¨Le lecteur sort du roman fasciné et époustouflé par tant de grandeur et d'intelligence. Il faut lire à tout prix ce roman long qui se lit tout de même vite et qui marquera à vie celui qui osera l'ouvrir.

Danse macabre

8 étoiles

Critique de Perlimplim (Paris, Inscrit le 20 mars 2011, 41 ans) - 15 décembre 2011

Ce livre tout entier est une lente sarabande qui conduit à la scène finale, saisissante et macabre. Car il faut avouer que sans cette scène finale, le livre perdrait tout son sens. Les personnages sont dans la pénombre, dans un clair-obscur étouffant, pour assurer la dernière veillée funèbre de la morte.
Le coup de génie de Dostoïevski tient dans le rapport ambigu de Mychkine avec Rogojine, comme s'ils étaient les deux facettes d'un même personnage. Le premier est aussi blond que le second est brun, l'un est aussi bon et doux que l'autre est emporté et violent. Autour de ce "couple" étonnant, gravite une foule de personnages, parfois extrêmement attachants jusque dans leur bassesse (Lebedev, Ivolguine).
Un beau roman, qui n'est peut-être pas exempt de certaines longueurs, mais que la scène finale éclaire, d'une lumière noire, sous un angle inattendu et puissant.

Dommage que la nature ne m'ait pas doté du don de trouver des bons titres...

10 étoiles

Critique de Zola adrien (Castres-Gironde, Inscrit le 29 juin 2011, 20 ans) - 20 septembre 2011

Simplement magnifique, bien que je comprenne que cela puisse être dur à dire pour des gens de mon âge... Passé le cap des 100 premières pages, on continue naturellement et sans difficulté; le seul livre à cause duquel j'ai été collé... J'ai veillé toute la nuit pour le finir et, lorsque mon réveil m'a indiqué qu'il était l'heure de se réveiller, je croyais à une plaisanterie... Collé pour m'être endormi en cours de maths.
A conseiller à tous les adeptes de littérature; bien que la littérature russe soit moins compréhensible que les autres, dans le fait où Dostoievski utilise environ 4 noms par personnage ( nom, prénom surnom, nom péjoratif, nom mélioratif,... ).

l'idiot

10 étoiles

Critique de Exarkun1979 (Montréal, Inscrit le 8 septembre 2008, 37 ans) - 3 juin 2011

Une belle tragédie à la Russe digne de Dostoïevski.

Le revers de bonté

10 étoiles

Critique de Cccp (, Inscrit le 31 mai 2011, 34 ans) - 31 mai 2011

Je ne reviendrai pas sur ma critique de Crimes et Châtiments.
Je dirais juste que de dépeindre l'homme bon, et en plus d'y arriver sans tomber dans le manichéisme (même si certain peuvent être tentés de voir les "gentils" et les "méchants", ils les auront reconnus) est une prouesse qui donne toute sa force à ce roman.

Gentillesse? Naïveté?

10 étoiles

Critique de OC- (, Inscrit le 4 mars 2011, 20 ans) - 22 avril 2011

... tout au long du roman, on hésite. Le prince nous paraît tantôt naïf, tantôt trop gentil, enfant aussi. Et Dostoïevski nous fait grandement réfléchir sur ces traits de caractère : spécialement lors de cette scène avec le prince, Aglaé et Nastassia, où le premier vient annoncer à la dernière se marier avec la deuxième, mais Nastassia s'évanouit. Le prince la prend dans ses bras. Aglaé s'enfuit en courant. Dans cette scène alors le caractère du prince nous apparaît : enfantin, ne pouvant dire non, ne sachant ce qu'il veut. Et là la gentillesse est "en péril", se transforme en naïveté : à être trop gentil avec tout le monde le prince en blesse d'autres.

Mais au delà de la moralité de l'histoire elle-même, ou plutôt des histoires qui constituent l'Idiot, c'est dans les dialogues, dans les idées des personnages que l'on trouve certainement le plus matière à réflexion.

On a d'abord la diatribe de la peine de mort, faite par le prince, Dostoïevski y insérant par là un fragment autobiographique ( il a été condamné à mort et gracié au dernier moment ). L'idiot explique que la peine de mort est un crime bien plus terrible que le crime pour lequel le condamné est condamné!

Le prince critique aussi le pouvoir de Rome, le jugeant comme tout ce qu'il y a de plus anti-chrétien.

Et puis il y a, sûrement un de mes passages voire mon passage favori de ce roman, la Confession d'Hippolyte, un phtisique qui est sûr de mourir deux ou trois semaines plus tard. Cette confession nous bouscule, et quand il nous dit qu'il ne voulait plus sortir de la rue car il ne supportait plus de voir ces gens - avec toute leur vie devant eux - se plaindre et gémir de futilités, on se sent comme coupable, car on se reconnaît là dedans. Puis on est heureux, par respect à Hippolyte ou tous ces gens qui crèvent de faim.

Dostoïevski nous pousse à réfléchir sur notre vie, sur le sens de notre vie et comment mieux l'appréhender, comment connaître le bonheur; et c'est là le plus grand intérêt de la littérature à mon avis.

Encore un incontournable !

8 étoiles

Critique de Ngc111 (, Inscrit le 9 mai 2008, 31 ans) - 19 décembre 2010

Né d'un accouchement difficile, long pendant lequel Dostoïevski aura retravaillé son œuvre (ou en tous cas certaines de ses parties) plusieurs fois, L'idiot forme un ensemble qui trouble le lecteur. Les digressions, le traitement des personnages laissent perplexe quant à l'idée directrice du récit.
Si l'on prend l'exemple de Rogojine, son cas est assez symbolique de l'ensemble du récit et de son manque d'homogénéité. Ainsi ce personnage attise la curiosité notamment dans sa relation avec Nastassia Filippovna mais plus particulièrement lorsque le prince vient lui rendre visite ; puis plus rien pendant de nombreuses pages, même lorsque Nastassia le repousse au profit du prince où il se contente d'esquisser un sourire. Et puis vient l'acte final où il passe au premier plan, acte mémorable pour le lecteur dans la façon dont il est traité.
Cette scène à elle seule vaut à ce roman un statut de chef d'œuvre (encore un !). L'esthétique qui se dégage du passage où Nastassia est allongée morte sur le lit, son "pied de porcelaine" dépassant du drap, la luminosité quasi absente... tout cela renvoie à une forme d'art presque visuelle. Et l'auteur de jouer pendant quelque secondes avec son lectorat quant à savoir si Rogojine a vraiment tué sa bien aimée.
D'autres moments restent gravés dans la mémoire du lecteur pourtant abasourdi après telle fin ; on pense au discours rédigé d'Hippolyte ou aux questions réponses entre le prince et les dames de la famille Epantchine lors de leur première rencontre.

Pourtant Dostoïevski lui-même n'était pas content du résultat de son œuvre ; il jugeait n'avoir traduit qu'un dixième de ce qu'il voulait mettre en place dans son récit. Le prince quant à lui devait être un personnage hors norme, parfait même selon les dires de son auteur, ce dernier considérant que ce "genre" de personnages n'existaient plus à cette époque (milieu du 19e siècle) en Russie.
Que constate-t-on aujourd'hui ? Que le prince apparaît comme un être quelque peu ingénu (dans sa relation avec Aglaia par exemple), bizarre pour les autres, malade même ; et pourtant on le voit aussi "christique" lorsqu'il pardonne même à Rogojine, lorsqu'il fait une montagne d'un vase brisé, lorsqu'il se montre gentil et compréhensif tout simplement... n'osant refuser la demande de Nastassia Filipovna.

Au final L'idiot peut apparaître comme incohérent, manquant d'un fil directeur (bien que l'on retrouve la plupart des thèmes chers à Dostoïevski comme la foi, le socialisme, le crime...) mais il reste un incontournable de la littérature russe et de la littérature en général. Son nombre hallucinant de personnages n'empêche pas que l'on s'intéresse à tous, renforçant ainsi notre sentiment de frustration.
Le roman se place peut-être derrière Les Frères Karamazov et Crimes Et Châtiments mais ce n'est pas un déshonneur, non ?

Eloge de la folie et de la liberté

8 étoiles

Critique de Veneziano (Paris, Inscrit le 4 mai 2005, 39 ans) - 29 novembre 2009

Ce roman est aussi époustouflant que déconcertant. Il s'agit, en réalité, d'un feuilleton, tant les rebondissements s'avèrent nombreux et rocambolesques, les personnages fortement trempés dans des caractères véritablement hauts en couleur, au point que l'invraisemblance de l'action n'est jamais très loin. L'action ? Que dis-je ? C'est un tourbillon ! Il y a une beauté morale immanente au personnage. La trame est sublime, mais l'aspect choral de la trame, des cartes tellement rabattues qu'elles s'en envolent, la violence presque continuelle impressionnent par leur force autant que ces éléments rendent mal aisée la lecture. Le sensationnel, la recherche de l'effet et du sublime finissent tour à tour par donner le vertige et passionner.
Le tout est dense, brillant et complexe

Il s'agit indéniablement d'un grand livre, mais à lire avec patience, sans autre lecture parallèle.

Vraiment apprécié

9 étoiles

Critique de Zew (, Inscrit le 1 mai 2009, 33 ans) - 1 mai 2009

Il s'agit d'un style littéraire que je ne connaissais pas du tout et que j'ai voulu essayer. Je ne le regrette pas.
Un livre rare et sacré, qui contient une grande finesse dans les portraits psychologiques de chaque personnage et les relations sociales qu'il entretiennent dans une société russe que l'auteur critique à travers cette oeuvre.

Il faut lire les critiques

8 étoiles

Critique de Arval (Papeete, Inscrite le 8 mars 2008, 49 ans) - 24 septembre 2008

Je n'ai pas grand chose d'autre à ajouter tellement les critiques reflètent exactement ce que, en tant que lectrice, j'ai pu ressentir et que je n'arrive pas tout à fait ni à cerner clairement et encore moins à l'écrire. Merci donc aux critiques.
Sinon, j'ai quand même mis du temps à le finir, c'est un style littéraire que je ne connaissais pas, j'ai trouvé qu'il y avait quelques longueurs. Mais c'est un livre superbe, cependant il faut absolument lire les critiques après, pour les novices comme moi.

L’idiostoïevski

8 étoiles

Critique de Jean Meurtrier (Tilff, Inscrit le 19 janvier 2005, 42 ans) - 15 février 2008

Tout comme l’intelligence, l’idiotie peut pendre diverses formes, aussi élevée que soit la classe sociale. Par exemple celle dont est atteint le prince Mychkine n’a rien à voir avec le cas du prince Philippe. Pour le Russe, outre une naïveté presque volontaire, on diagnostiquera de l’épilepsie. Etant moi-même sujet à des crises de ce type, j’ai été particulièrement attentif à la description qu’en donne Dostoïevski. L’aura qui précède la perte de conscience, cette impression de vivre ou de revivre une situation de manière extraordinairement intense, ainsi que le manque de repères qui suit le réveil correspondent bien à mon expérience. Mais l’auteur, également épileptique, y ajoute un peu (de plus en plus) d’autisme, ce qui fausse les symptômes.
Dostoïevski appartient à une autre époque et à une autre culture, malgré une forte influence occidentale et française en particulier, ce qui le rend parfois déroutant. Il écarte temporairement des affaires essentielles pour y revenir par après, quitte à laisser le lecteur perplexe. La complexité des patronymes et grades russes dispersés dans un texte servi par une traduction moyenne m’a contraint à redoubler d’attention. Au bout du compte les efforts sont largement récompensés, ne fut-ce que par les nombreuses digressions. J’ai particulièrement aimé l’épisode de la pauvre Marie en montagne, le plaidoyer contre la peine mort, le rêve d’Hippolyte ou les récits napoléoniens du général Ivolguine, mythomane invétéré.
La palette des personnages dostoïevskiens constitue manifestement le grand attrait de ce qui pourrait être une gigantesque pièce de théâtre. Si l’on peut facilement deviner le Christ au travers du prince, il est envisageable d’étendre l’analogie jusqu’à distinguer d’autres figures du nouveau testament dans son entourage, comme Marie-Madeleine ou Judas.
La psychologie de certains intervenants est passablement tortueuse, mais toujours concevable. Seuls le Prince et Lisaveta Yepantchine s’expriment sans détours. Parmi les autres, nombreux sont ceux que l’auteur s’amuse à placer face à leurs propres faiblesses, excès et contradictions au point de le rendre pathétiques. Grâce à la maestria de l’écrivain russe, mais aussi à la longueur du roman, on s’attache à tout ce petit monde qu’on aurait bien imaginé continuer son petit train-train, si le roman n’avait pas tourné au drame.

La mariée est en fuite !

8 étoiles

Critique de Dirlandaise (Québec, Inscrite le 28 août 2004, 62 ans) - 8 février 2008

J'ai détesté ce livre au départ. Je trouvais qu'il ne se passait rien, il y avait des longueurs, le rythme était à mourir d'ennui, bref j'ai failli abandonner mais comment mettre de côté un livre de Dostoïevski sans remords d'autant plus que je veux lire toute son oeuvre ?

Pour résumer un peu l'histoire, Dosto met en scène un personnage insolite en la personne du prince Mychkine qui passe pour complètement idiot au yeux du monde. Pauvre Mychkine, il aurait mieux vallu pour lui qu'il reste en Suisse bien sagement plutôt que de venir faire ses bourdes dans la mère patrie.

Il a le malheur de s'éprendre d'une jeune femme plutôt volage en la personne de Nastassia Philippovna dont au début il ne voit que le portrait. Mais le prince est séduit par sa beauté et dès lors, il est perdu. Éprouve-t-il un véritable amour pour elle ? Il avoue lui-même l'aimer par pitié et pure compassion. Mais un autre personnage aime Nastassia et est prêt à tout pour l'épouser quitte à devoir payer de grosses sommes pour acheter la femme de sa vie. Rogojine éprouve une passion dévorante pour Nastassia et devient donc le rival acharné du pauvre prince, allant jusqu'à attenter à ses jours afin de garder la femme qu'il aime.

Mais que dit Nastassia de tout ça ? Elle est peu fiable, a des caprices, des sautes d'humeur, change d'avis comme de chemise et le jour même de son mariage avec le prince, elle prend la fuite avec Rogojine. Cette histoire finit mal, très mal et la scène de la fin dans l'appartement de Rogojine est grandiose de sordidité et de pure folie.

Curieusement, il faut avoir lu le livre en entier pour bien l'apprécier car le rythme est très lent et Dostoïevski prend tout son temps pour nous raconter cette triste histoire. Il met en scène beaucoup de personnages qui occupent tour à tour le devant de la scène alors, cela allonge le récit démesurément. Mais comment résister à l'écriture de Dostoïevski malgré ce morne ennui que j'ai parfois éprouvé à sa lecture. Lire Dostoïevski, c'est comme une drogue. On avale les pages et on en redemande.

N'est-ce pas la marque d'un grand écrivain de pouvoir raconter une histoire somme toute sans grande originalité mais avec une verve ma foi très agréable et un style inoubliable. Et puis, certains personnages dont Lisavèta et le général mythomane sont très drôles et pittoresques alors que d'autres sont carrément pathétiques dont celui d'Hyppolyte.

Bref, un triangle amoureux des plus mouvementé qui se disloque, entraînant ses trois protagonistes dans un terrible malheur dont ils ne se relèveront pas.

Pas aimé

2 étoiles

Critique de MOPP (, Inscrit le 20 mars 2005, 80 ans) - 6 décembre 2007

Franchement je n'ai pas aimé ce livre.
Trop compliqué pour moi...

le plus grand

10 étoiles

Critique de Le chasseur (, Inscrit le 21 janvier 2007, 41 ans) - 21 janvier 2007

J'ai beaucoup aimé la critique de Saule et j'y adhère totalement (je n'aurait pas écrit tout ça aussi bien que lui ). Le personnage du prince est en quelque sorte surhumain: il est plus humain qu'il nous est possible d'imaginer, il met sa grande intelligence au service de sa bonté. Il faut véritablement être un génie pour inventer un personnage comme le prince. Je ne suis en désaccord avec Saule que sur un point: moi je placerais "L'idiot" juste devant "Crime et châtiments"

Palpitant.

9 étoiles

Critique de Soili (, Inscrit le 28 mars 2005, 44 ans) - 9 novembre 2006

Le prince Mychkine se rend en Russie après quelques années de soin en Suisse ou il était soigné pour idiotie, dans le train qui l'amène en Russie il croise un certain Rogojine qui lui conte sa passion pour une femme à la beauté hors du commun , Nastassia Filipovna . De là, le prince finit par s'intéresser de près à la vie de cette jeune femme.

S'ensuivent les aventures du prince en Russie qui nous dévoilera à moult reprises sa candeur, son humilité, son "idiotie" ? Dans ce roman qui tout du long est empli de digressions diverses et variées sur de nombreux sujets, Dostoïevski nous dévoile le plus souvent sous forme d'apologue les nombreux sujets qui lui tiennent à coeur avec entre autres la religion , la peine de mort ....

Ce roman nous livre une sorte de ballet où chaque réunion finit régulièrement en grands discours enflammés, de nombreux personnages avec souvent de forts caractères où le prince apparait différent des autres par son caractère totalement pur et dénué d'arrières pensées. Cette différence mettra le feu aux poudres régulièrement et engendre tout simplement la destinée du prince.

Un livre palpitant et abordable qui ne peut qu'encourager à persévérer à la lecture de Dostoïevski.

Merci

10 étoiles

Critique de Spleenofrock (, Inscrit le 27 janvier 2005, 37 ans) - 27 janvier 2005

Merci à Saule et Jules de nous avoir donné, voire extirpé ces raisons pour lesquelles nous aimons l'Idiot mais que nous n'arrivions pas à cerner et à mettre en mots.
Mais surtout merci à Dostoïevski d'avoir écrit ce livre qui a pour toujours relancé ma passion pour la littérature, un peu éteinte par ma scolarité (trop) scientifique et le traitement scolaire de tous les livres.
Après un certain épisode (chez Nastassia Philipovna), ma lecture est devenue passionnelle. Chaque page, relue indépendamment peut nous apporter quelque chose.
Chaque scène et grand mouvement du roman est gravé dans ma mémoire, parfois même avec des images des personnages et de l'action, c'est dire si ce roman est "vivant".

Il garde une place à part dans ma bibliothèque: "A lire, relire encore et encore".

Un must...

10 étoiles

Critique de Don_Quichotte (Thionville, Inscrit le 31 mai 2004, 30 ans) - 10 octobre 2004

L'idiot de Dostoïevski est un de mes livres cultes, un de ces livres rarissimes possédant une aura mystique d'une grande puissance ... Quand je repense à cette lecture, je frémis encore à l'évocation de certains passages gravés dans ma mémoire comme si je les avait vécus...

je le conseille à absolument tout le monde!

Mon préféré...

10 étoiles

Critique de Duncan (Liège, Inscrit le 21 février 2004, 36 ans) - 21 février 2004

L'idiot est mon roman préféré de Dostoïevski !

Devant les frères Karamazov, devant crimes et châtiments... Seul "Souvenirs de la maison des morts" souffre la comparaison...

Pourquoi ? Je ne sais pas ( et le premier qui répond : " par identification au titre" se prend une raclée virtuelle dont il se souviendra longtemps ! ;-) )... Je l'ai dévoré !

Une critique bien pauvre à côté des deux autres ci-présentées... Mais je n'arrive jamais à "rationnaliser" les raisons de mes coups de coeur... c'est ainsi...

Puis j'en suis encore à un stade "goulu"... Un jour viendra le temps de la relecture... et là je pourrai sans doute mieux dire...

D'ici là... j'en resterai aux sentiments diffus ;-)

Enfin !...

10 étoiles

Critique de Jules (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 73 ans) - 2 janvier 2004

J'attendais avec impatience que Saule nous fasse la critique de ce livre. Je le relis environ tous les trois ans, mais cette fois ci j'ai reporté cette lecture au profit d'autres et je me doutais bien que Saule arriverait donc avant moi. Bien m'en a pris, surtout pour vous ! Quelle superbe critique il nous donne ici de ce chef-d'oeuvre ! Il nous rend à la perfection l'esprit de ce livre, mais aussi son ambiance et son intelligence, sa profondeur (mais il en est ainsi de toutes les oeuvres de ce génie qu'était Dostoïevki) Et dire qu'il existe beaucoup de lecteurs qui ne veulent pas lire de traductions ! Se rendent-ils compte de ce qu'ils perdent ?...

Dostoïevski a toujours maintenu que l'homme était libre et donc responsable. C'est à cause de cette volonté de liberté de l'homme qu'il défendait que les grandes tyrannies ont interdit ses écrits.

Cette liberté l'amène à défendre le suicide et ce que nous appelons aujourd'hui l'euthanasie quand il fait dire à un de ses personnages: "... en me condamnant à ne vivre que trois semaines, la nature a si rigoureusement limité mon champ d'action que le suicide est peut-être le seul acte que je puisse entreprendre et achever par ma propre volonté. Eh bien ! pourquoi ne voudrais-je pas profiter de la dernière possibilité d'agir qui s'offre à moi ?
Une protestation peut parfois avoir sa valeur..."
Mais c'est aussi cette libérté et cette responsabilité qui lui font accepter la notion de punition, comme il le fait dans "Crime et châtiment"

Comment un Staline aurait pu accepter les phrases suivantes extraites de "L'Idiot": " N'oubliez pas que le socialisme est, lui aussi, un produit du catholicisme et de son essence. (catholicisme que Dostoïevki hait autant que le socialisme). Comme son frère, l'athéisme, il est né du désespoir; il représente une réaction morale contre le catholicisme, il vise à s'approprier l'autorité spirituelle que la religion a perdue, à étancher la soif ardente de l'âme humaine et à chercher le salut, non pas dans le Christ, mais dans la violence. Ici, comme dans le catholicisme, nous voyons des gens qui veulent assurer la liberté par la violence, l'union par le glaive et par le sang ! "Défense de croire en Dieu, défense de posséder, défense d'avoir une personnalité, fraternité ou la mort au prix de deux millions de têtes"

Il n'a pas eu tort dans sa vision, sauf qu'il s'est largement trompé quant aux nombres de têtes éliminées par le communisme, dérivé du socialisme qu'il a supplanté.

A-t-il lu le livre "De la démocratie aux Etats-Unis" d'Alexis de Tocqueville, paru en 1848, quand il écrit que l'Occident ne voit dans le peuple russe que le glaive et qu'il ajoute: "Il en a toujours été ainsi jusqu'à présent et ce préjugé ne fera que croître" ?

Mais ce li!vre est rempli d'idées, plus riches les unes que les autres, et il convient de se souvenir que Dostoïeski construisait ses romans autour des idées qu'il entendait exprimer.

Saule a tout à fait raison quand il dit que nous ne sortons pas indemnes d'une telle lecture, tant le génie de cet auteur nous bouscule, nous apostrophe.

Deux petites choses cependant:

- S'il est vrai que nous sommes en présence d'un des plus grands génies de la littérature, heureusement je ne crois pas qu'après lui il n'y a plus rien d'autre à lire ! Ce serait affreux !

- Je reste toujours convaincu que son chef-d'oeuvre ce sont "Les frères Karamazov" dans lequel il va encore plus loin.

Encore merci pour cette superbe critique, Saule ! Te voilà devenu notre spécialiste des auteurs Russes autant que des asiatiques et des japonais en particulier.

Forums: L'Idiot

  Sujets Messages Utilisateur Dernier message
  Même pas le journal ? 7 Bolcho 11 octobre 2015 @ 14:13
  Le Christ de Holbein 8 Saule 18 janvier 2004 @ 00:41

Autres discussion autour de L'Idiot »