La cité du soleil de Tommaso Campanella

La cité du soleil de Tommaso Campanella

Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone , Sciences humaines et exactes => Philosophie

Critiqué par Hiram33, le 6 décembre 2014 (Bicêtre, Inscrit le 31 juillet 2006, 50 ans)
La note : 7 étoiles
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après Utopia

La cité du soleil (Tommaso Campanella).
Ce récit utopique a été écrit par un moine calabrais. Il dessine avec précision l'état totalitaire car l'État de sa cité du soleil régente tout : de l'attribution du logement à la taille du costume uniforme.
Les officiers règlent le bon exercice des vertus qui sont répertoriées. Il y a des informateurs et les condamnés s'autocritiquent comme chez Staline.
Si Campanella est communiste avant la lettre, c'est de communisme religieux qu'il s'agit car il n'est pas athée.
Comme nombre de ses contemporains Campanella croyait à l'imminence de la fin du monde et du Jugement dernier. Il redouta l'année 1600 comme une date fatidique parce que 16 est la somme de 7 + 9.
Campanella dut feindre la folie, au début de son incarcération, pour échapper à la peine capitale.
Campanella fut arrêté pour hérésie en 1589. Acquitté en 1592, il rencontra Galilée.
En 1593, l'Inquisition le poursuit pour n'avoir pas dénoncé un juif converti au catholicisme et apostat. Il rencontra Giordano Bruno en prison. Campanella abjura et fut libéré en 1596.
En 1599, il fut de nouveau arrêté et feignit la folie pour échapper à la peine de mort.
Il écrivit en prison 30 volumes.
La Cité du soleil est publiée en 1623.
Campanella est définitivement libéré en 1628. Il se réfugie en France en 1634 où il est conseillé de Richelieu. Il meurt en 1639.
La Cité du soleil est un dialogue entre l'Hospitalier (membre de l'ordre de Malte) et le Génois.
Le Génois raconte son voyage à l'Hospitalier et commente sa rencontre avec des hommes et des femmes armés qui l'emmenèrent à la Cité du soleil.
Le Génois décrit la cité. Au sein d'une vaste étendue découverte s'élève une colline. C'est là qu'est situé le gros de l'agglomération.
La cité a 2 milles de diamètre et 7 de pourtour. 7 grands cercles qui portent le nom des 7 planètes le constituant.
L'accès de l'un à l'autre est assuré par quatre routes et quatre portes orientées sur les quatre aires du vent.
Il faudrait prendre 7 fois d'assaut la cité pour la vaincre.
La porte du Nord est recouverte de fer puis il y a deux murailles et une chaîne continue de palais.
Les murs des palais sont épais.
Au sommet de la colline s'étend une vaste esplanade.
Un temple monumental merveilleusement conçu se dresse au milieu.
Ce temple est circulaire et ne comporte pas de murs extérieurs.
Il repose sur des colonnes.
Il y a une grande coupole surmontée en son centre d'une petite coupole.
Dans le temple, il y a un autel sur lequel se trouvent deux mappemondes de grande taille. L'une représente le ciel et l'autre la terre.
La cavité de la coupole montre les grandes étoiles. 7 lampes portant le nom des 7 planètes brûlent sans cesse.
40 religieux logent dans des cellules.
Sur la coupole flotte une banderole qui indique les vents. Les religieux en enregistrent 36. Ils conservent dans le temple un livre écrit en lettres d'or qui contient des choses très importantes.
Ils ont un prêtre souverain qu'ils appellent Soleil qui commande à tous aussi bien dans le spirituel que dans le temporel et pour toutes les affaires il détient un pouvoir discrétionnaire.
Il est assisté par trois princes : Pon (pouvoir), Sin (sagesse) et Mor (amour).
Pouvoir s'occupe de la guerre, de la paix et de l'art militaire.
Sagesse est responsable de toutes les sciences, des docteurs et des magistrats gouvernant les arts libéraux et mécaniques.
Il dirige l'astrologue, le cosmographe, le géomètre, le logicien, le rhéteur, le grammairien, le médecin, physicien, le politique, le moraliste.
Il détient un seul livre où sont contenues toutes les sciences et qu'il fait lire au peuple entier.
Il a fait peindre toutes les sciences et les faces intérieures et extérieures des murailles et des balcons.
Sur les murs extérieurs, on peut voir chaque étoile représentée.
A l'intérieur du premier cercle sont dessinées toutes les figures mathématiques. À l'extérieur sont peintes les cartes du monde, les planches de toutes les provinces avec leurs us et coutumes, leurs lois et leurs lettres confrontées avec l'alphabet de la ville.
À l'intérieur du deuxième cercle on trouve toutes les pierres précieuses et non précieuses, et les minéraux, les métaux réels ou figurés, avec deux vers d'explications pour chacun.
À l'extérieur ce sont toutes les sortes de lacs, de mers et de cours d'eau, de vins, d'huiles et autres liqueurs accompagnées de leurs vertus, origines et qualités.
On trouve là des liqueurs de 100 à 300 ans d'âge avec lesquelles ils guérissent presque toutes les maladies.
L'intérieur du troisième cercle montre peintes toutes les sortes d'herbes et d'arbres du monde avec leurs vertus décrites. À l'extérieur du troisième cercle figurent tous les poissons des fleuves, des lacs et des mers.
À l'intérieur du quatrième cercle la peinture a représenté les oiseaux et leurs caractères, on n'y voit même le phénix qui n'est pas pour les Solariens un oiseau fabuleux.
À l'extérieur, toutes sortes de reptiles, serpents, Dragons, vermine, insectes, avec leurs conditions de vie, l'indication de leur venin.
À l'intérieur du cinquième cercle, il y a les mammifères terrestres.
Dans le sixième cercle, à l'intérieur apparaissent tous les métiers, leurs inventeurs respectifs et les techniques régionales dont on use à travers le monde.
À l'extérieur, ce sont les inventeurs des lois, des sciences et des armes : Moïse, Osiris, Jupiter, Mercure, Mahomet…
Les Solariens envoient des ambassadeurs pour s'informer sur tous les peuples.
Amour s'occupe de l'union des hommes et des femmes, de l'éducation, de la médecine, de la pharmacie, des semailles, de la cueillette, de l'alimentation, de l'habillement. Il est secondé par des maîtres et des maîtresses.
Le métaphysicien discute de tous les problèmes avec les trois autres.
Rien ne se décide sans lui.
L'hospitalier demande au Génois de lui parler de la manière de vivre des Solariens.
Le Génois explique que les Solariens étaient venus des Indes et vivent de manière philosophique et communautaire.
Tout appartient à tous mais ce sont les officiers qui détiennent le pouvoir de distribution. Ainsi, la nourriture est commune mais aussi les études, les honneurs, les divertissements.
Personne n'est propriétaire.
Les Solariens ont supprimé l'amour-propre pour que ne subsiste que l'amour universel.
L'hospitalier pense que personne ne s'efforcera chez les Solariens et que chacun attendra que les autres se chargent du travail mais le Génois dit qu'au contraire, ils sont désintéressés et charitables.
Chacun a selon son besoin et l'ami se révèle chez eux dans les périls de la guerre, dans la maladie et dans l'étude des sciences.
Tous les jeunes s'appellent frère entre eux. Ceux qui ont 15 ans de plus sont appelés pères et ceux qui ont 15 ans de moins sont appelés fils.
Ils ont un officier pour chacune de nos vertus.
Chaque officier est élu selon la propension qu'il a pu manifester pour sa vertu quand il était enfant.
Il n'y a pas de vols, d'assassinats, de viol, d'inceste ou d'adultères.
De ce fait, leurs griefs s'appellent ingratitude ou méchanceté lorsque tel d'entre eux refuse d'obliger autrui.
Les coupables sont privés de table commune ou du commerce des femmes ou de certains honneurs.
Les hommes et les femmes ont des vêtements qui leur permettent de combattre à la guerre.
Chacun est soumis à l'étude de toutes les disciplines. À trois ans, les enfants apprennent les lettres et les langues à partir de ce qui est écrit sur les murs.
Ils se déplacent en quatre groupes guidés et enseignés par quatre vieillards qui les font aussi jouer et courir. Ils les amènent dans les ateliers de tailleurs, de peintres, d'orfèvres, etc.…
Dès 7 ans, les enfants apprennent l'histoire naturelle.
À 10 ans, ils commencent les mathématiques, la médecine et les sciences dans un climat d'émulation intellectuelle.
Ceux qui réussissent particulièrement dans une science ou un métier deviennent officiers.
Ils apprennent les travaux des champs et la pâture des bêtes. La plus grande considération va à celui qui apprend le plus de métiers et qui les exerce le mieux. Aussi se moquent-ils des gens qui méprisent les métiers et appellent nobles ceux qui ne travaillent pas.
Ce sont les quatre chefs et les maîtres des arts respectifs qui élisent les officiers. N'ait désigné comme Soleil nul autre que celui qui sait toute l'histoire des peuples, les rites et les sacrifices, les différents régimes politiques, les inventeurs des lois et des différents arts.
Il doit connaître toutes les sciences. Mais il faut surtout qu'il se distingue comme métaphysicien et comme théologien.
L'on voit donc clairement qui est celui qui a l'étoffe de devenir Soleil ; honneur auquel il est impossible d'accéder avant 35 ans et qui dure aussi longtemps que ne s'est pas trouvé quelqu'un de plus savant et plus capable de gouverner.
L'hospitalier pense que qui se consacre aux sciences n'a aucune aptitude à gouverner.
Mais le Génois lui explique que les Solariens ont un chef élu parce qu'il connaît beaucoup de choses et que pour eux il est logique qu'il soit apte à faire face aux problèmes du gouvernement.
Le Génois explique à l'hospitalier que les Solariens ont des chambres communautaires : dortoirs, lits et commodités. Tous les six mois, les maîtres décrètent dans quel cercle chacun logera.
Hommes et femmes s'adonnent aux mêmes disciplines libérales et manuelles sauf celles qui exigent un gros effort et de grands déplacements (semailles, garde des moutons).
Les travaux que l'on peut exercer assis ou immobile sont dévolus presque toujours aux femmes comme le tissage, la couture, la coupe des cheveux, la pharmacie.
Elles préparent la nourriture et mettent la table mais le service est assuré par les jeunes garçons et filles de moins de 20 ans.
La jeunesse est au service des vieux qui ont passé 40 ans.
Dans les réfectoires, les femmes sont séparées des hommes.
On aime beaucoup la propreté.
Les Solariens portent une chemise de lin blanc puis un vêtement qui tient lieu de pourpoint et de pantalon.
Ils exercent les métiers dans les cloîtres inférieurs ; en haut, où se trouvent les peintures, se déroule le travail intellectuel ; au temple la lecture se fait sous les arcades extérieures.
Tous les cercles ont des cadrans solaires, des horloges à sonnerie et des banderoles pour savoir d'où souffle le vent.
Les filles ne sont pas exposées à un homme avant qu'elles aient 19 ans et les hommes ne s'adonnent pas à la génération avant 21 ans, ou plus, s'ils n'ont pas bonne mine.
Auparavant, certains peuvent faire l'amour avec des femmes stériles ou enceintes pour éviter les récipients indus.
On blâme ceux que l'on surprend en délit de sodomie et on leur fait porter pendant deux jours un soulier attaché à la nuque pour signifier qu'ils ont averti l'ordre de la nature et qu'ils ont marché la tête en bas.
La deuxième fois on aggrave la punition et l'on va jusqu'à la peine capitale.
Celui qui observe une continence parfaite jusqu'à 21 ans voit son mérite reconnu et célébré dans les chansons.
Comme ils luttent tous nus, garçons et filles, à l'instar des anciens Grecs, les maîtres voient bien qui est impuissant et qui ne l'est pas. Alors, après force ablutions, ils font l'amour tous les trois soirs, les grandes et belles filles avec les hommes grands et intelligents, les grosses avec les maigres et les maigrelettes avec les gros, de manière à tempérer les excès.
Le soir prescrit, les enfants vont préparer les lits où vont dormir ceux qu'aura désignés la décision du maître et de la maîtresse.
Ils ne s'accouplent que digestion faite et après avoir prié.
L'heure de l'accouplement est déterminée par l'astrologue et le médecin.
Les officiers qui sont toujours prêtres et les savants ne peuvent engendrer que s'ils se soumettent un grand nombre de jours à plusieurs conditions. En effet, l'esprit animal est faible chez eux à cause de leur vie de réflexion.
Leur descendance n'est pas belle.
L'on fait donc très attention à cela et on leur donne des femmes vives et belles tandis que les rêveurs et lunatiques reçoivent des femmes grosses, équilibrées et de bon caractère.
Les hommes mal nés n'accomplissent le bien que par crainte de la loi, mais si celle-ci vient à disparaître, ils renversent l'État par des actions manifestes ou en secret. C'est pourquoi tout l'effort doit porter sur la génération et sur l'examen des qualités naturelles.
Si certaines femmes sont stériles, elles peuvent multiplier les rencontres mais elles ne sont pas honorées comme les matrones au conseil de génération pour éviter que certaines femmes ne se rendent stériles par goût de luxure. Celles qui ont accouché élèvent leur enfant dans des salles communes. Elles le nourrissent de leur lait pendant deux ans, ou davantage, si le physicien en décide ainsi. Après le sevrage, l'enfant est remis entre les mains des maîtresses si c'est une fille ou des maîtres si c'est un garçon. Ils apprennent l'alphabet, s'exercent à marcher, courir, lutter et comprendre les fresques historiées.
À sept ans, ils commencent l'étude des sciences naturelles puis font l'apprentissage des métiers.
Les enfants peu doués sont envoyés à la campagne et s'ils y réussissent bien, on les fait revenir en ville. Le plus souvent, les contemporains se ressemblent par le visage et ont les mêmes qualités physiques et morales puisqu'ils sont nés sous la même constellation. L'harmonie des concitoyens s'en trouve durablement assurée, comme le prouvent la force de leur amour et l'aide qu'ils s'apportent les uns aux autres.
Le métaphysicien est responsable de l'attribution des noms et il en use comme les Romains selon le caractère de l'individu : Beau, Gros-nez, Gras auxquels on ajoute leur surnom selon leur métier ou leur bravoure militaire.
L'hospitalier demande au Génois si les Solariens connaissent la jalousie et le dépit s'ils ne parviennent pas à être ce qu'ils voudraient.
Mais ce n'est pas le cas car chacun sait exactement ce que son goût lui fait désirer.
La génération est considérée sous l'angle du bien collectif et l'on doit s'en tenir aux décisions des officiers.
Les Solariens font consister la beauté dans la vigueur, la vivacité et la grandeur.
En outre, si quelqu'un s'éprend d'une femme il a le droit de lui parler, de lui dédier des poésies, de plaisanter, d'offrir des fleurs. Mais la race est en cause, ils n'ont pas le droit de s'aimer physiquement sauf si elle est enceinte ou stérile.
L'on ne fait aucun cas des biens matériels car chacun a ce qu'il lui faut. Mais lorsqu'ils ont un signe honorifique, ils y tiennent.
Le jour, les Solariens sont habillés de blanc mais la nuit ils portent des soies ou des laines rouges.
Ils détestent le noir.
L'on tient l'orgueil comme un péché que l'on punit d'une peine identique au délit.



Personne ne considère comme humiliant de servir à table, de travailler à la cuisine.
Comme tous les travaux sont partagés, chacun n'a même pas 4 heures de travail par jour. Le reste du temps est consacré aux jeux, à la lecture, à la marche, à la discussion.
Les jeux auxquels on joue assis sont exclus pour favoriser l'exercice.
Les Solariens n'aiment pas la pauvreté qui avilit l'homme et la richesse qui le rend indolent.
La communauté fait de chacun un riche et un pauvre, riche parce qu'il possède tout, pauvre parce qu'il utilise les choses sans se soumettre à elles. L'hospitalier n'admet pas que les femmes soient communes à tous les hommes dans la cité du soleil.
Le Génois pense que les Solariens abandonneront peut-être un jour se risquait dans les villes sujettes les femmes ne sont pas livrées à tous.
Le Génois pensait qu'ils se soumettraient au christianisme mais que jusqu'à maintenant ils vivent dans un état de nature sans foi révélée et ils ne peuvent s'élever au-delà.
Rien chez eux ne justifie l'oisiveté sinon la faiblesse due à un âge avancé.
Les boiteux montent la garde, les aveugles cardent la laine et retirent le duvet des plumes d'oiseaux pour faire des matelas.
Le Génois explique à l'hospitalier que Pouvoir a sous ses ordres un officier préposé aux armes, un deuxième à l'artillerie, un troisième à la cavalerie, un quatrième au génie et chacun a sous ses ordres des lieutenants.
De vieux capitaines expérimentés s'occupent de l'entraînement militaire des jeunes de plus de 12 ans.
Ils leur apprennent à frapper, à tromper l'ennemi, jouer de la lance, tirer à l'arc, chevaucher, poursuivre, fuir, rester dans le rang.
Les femmes apprennent à tirer de l'arquebuse, préparer les balles, jeter les Pierres.
Les poltrons subissent des châtiments sévères. Les Solariens n'ont pas peur de la mort car ils croient que l'âme est immortelle et qu'elle s'en va rejoindre les bons ou les méchants, selon les mérites.
Ils ne croient pas à la métempsychose, sauf en quelque cas voulu par Dieu.
Les Solariens font l'exercice tous les jours. Même s'il n'y a pas de conflit en vue, ils s'exercent à la guerre et à la chasse pour ne pas amollir leur courage. Dans leur île, il y a quatre rois fort jaloux de leur bonheur. Les Solariens sont donc attaqués pour impiété ou usurpation de territoires.
Mais les rois perdent toujours la guerre contre les Solariens.
Les Solariens prient Dieu pour qu'il les aide à décider avec à-propos ensuite ils soupèsent le contenu de l'affaire. Ils envoient aux ennemis un prêtre nommé le Juriste qui doit leur demander de restituer ce qu'ils ont pris ou de renoncer à la tyrannie. Si le Juriste reçoit un refus, la guerre est déclarée.
Pouvoir décide de tout sans partage sauf en cas de problème grave. Alors il consulte Amour, Sagesse et Soleil.
La guerre est annoncée au conseil général où sont assemblés celles et ceux qui ont plus de 20 ans.
Après la bataille, femmes et enfants font 1000 caresses aux guerriers, les soignent, les servent, les embrassent, les réconfortent.
Celui qui dans l'assaut monte le premier à la muraille reçoit en récompense une couronne de graminées et l'applaudissement militaire des femmes et des enfants. Celui qui aide son compagnon obtient la couronne civique de chêne, celui qui tue le tyran reçoit de Soleil comme surnom le nom de la bataille.
Les cavaliers sont armés d'une lance, de deux pistolets et un estoc.
La cavalerie légère, intervient d'abord avec les armes à feu, puis avec les lances et avec les frondes.
Après la bataille, les Solariens organisent des triomphes militaires et des actions de grâce.
Les soldats sont exemptés de corvées publiques pendant plusieurs jours.
Mais celui qui a donné l'exemple de la fuite est condamné à la peine capitale.

Ce qui s'est montré lâche ou a refusé son aide à un ami est fouetté ; qui a désobéi est condamné à mourir dans un enclos.
Les villes qui se sont soumises ou qui se sont livrées adoptent aussitôt le principe de la communauté des biens. Elles reçoivent les officiers et les gardes Solariens et leurs habitants se règlent tous sur l'usage de la cité du Soleil. Ils envoient leurs enfants y étudier sans avoir rien à payer.
La cité du Soleil est gardée jour et nuit. Les femmes guettent le jour et les hommes la nuit.
Le temps de garde est de 3 heures. Les Solariens pratiquent la chasse car elle ressemble la guerre.
Ils pardonnent facilement à leurs ennemis et après les avoir défaits ils les traitent avec bienveillance.
Ils tuent des chefs ennemis et démantèlent les murailles mais ils font tout en un jour disant que la guerre n'a pas pour fin l'extinction des hommes mais leur amélioration.
Le duel est interdit. Celui qui veut l'emporter en bravoure n'a d'autre issue que la guerre pour en faire la preuve.
Le Génois explique à l'Hospitalier que tous les Solariens prennent part aux activités militaires, agricoles et pastorales, que chacun est obligé de s'y entendre et qu'elles sont considérées comme les plus nobles. Celui qui en sait le plus est le plus noble.
Ce sont les plus capables dans tel art qui sont désignés pour l'exercer.
Ceux qui font les métiers les plus durs et les plus utiles jouissent de la plus grande réputation (les forgerons et les maçons). Les métiers les moins durs sont aux mains des femmes.
Tout le monde s'adonne aux activités spéculatives.
La natation est obligatoire.
Les Solariens font un usage limité du commerce mais connaissent les valeurs monétaires.
Ils échangent leur superflu contre les marchandises dont ils manquent avec des marchands.
Les Solariens ne veulent pas que les esclaves ou les gens venus du dehors contaminent leur cité des moeurs vicieuses. C'est pourquoi ils vendent leurs prisonniers de guerre ou les envoient faire des travaux fatigants hors de la cité.
Mais si des étrangers veulent devenir Solariens, on les essaye un mois à la campagne et un mois en ville, après quoi ils sont admis et reçus au cours d'une cérémonie où ils sont appelés à prêter serment.

Les Solariens entraînent la terre à produire vite et beaucoup par des moyens particuliers et secrets qu'ils consignent dans un livre « Géorgique ».
Élever les animaux est un art pour eux. Ils s'appuient sur l'astrologie pour les saillies.
Ils sont passés maîtres dans la fabrication du fromage qu'ils consignent dans un livre intitulé « Bucolique ».
Tous ceux qui dirigent les travaux agricoles sont appelés rois.
Ils ont quelques vaisseaux à voiles ou avec des rames.
Ils sont experts dans la lecture des étoiles. Ils naviguent pour voir des peuples et des pays nouveaux.
Ils ne font tort à personne.
Ils disent que le monde finira par adopter leur manière de vivre. Ils ont fait alliance avec les Chinois. Ils connaissent l'usage des feux d'artifice pour les guerres.
L'Hospitalier veut savoir ce que mangent les Solariens.
Le Génois répond qu'ils mangent de la viande, du beurre, des pommes, des fromages, des dattes et divers légumes.
Ils mangent de tout car ils pensent que les choses viles sont faites pour celles qui sont supérieures.
Ils mangent alternativement de la viande, du poisson puis des légumes.
Les vieux mangent trois fois par jour, les enfants quatre fois et le reste de la communauté deux fois.
Ils vivent au moins 100 ans.
Ils ne font aucun excès de boisson. Avant 19 ans, personne ne boit de vin.
Ils le coupent avec de l'eau sauve les vieux qui le boivent pur.
Pour eux, c'est une honte de cracher car cela indique un manque d'exercices, de la mollesse ou de la goinfrerie.
Ils sont vulnérables aux inflammations et aux toux sèches.
Ils se soignent avec des herbes, avec la science, les étoiles et des prières.
Ils sont sujets à l'épilepsie. C'est le signe des grands esprits.
Ils luttent contre la fatigue avec de l'ail pilé et du vinaigre, du serpolet et du basilic.
Le Génois explique à l' Hospitalier quelle est la science de la cité.
À chaque nouvelle lune, les Solariens tiennent conseil. Tous ceux qui ont 20 ans et plus y participent.
On demande à chacun ce qui ne va pas dans la cité, qui est bon officier, qui est mauvais.
Tous les huit jours, les officiers se réunissent.
On discute des besoins de la communauté, on élit les officiers, tous les officiers sont élus sauf les quatre principaux : Sagesse, Pouvoir, Amour et Soleil.
Les grands chefs et sciences dépendent de Sagesse sauf le métaphysicien, le Soleil qui gouverne toutes les sciences.
Les quatre officiers principaux ordonnent à tous les officiers gérant une science.
Ils dirigent tous les artisans de leur art respectif.
Les chefs de chaque art sont juges et condamnent à l'exil, au fouet, au blâme, à l'éloignement de la table commune, de l'église, des femmes.
L'homicide se paye de la vie.
Le métaphysicien peut gracier le coupable.
Il n'y a pas de prison. La sentence est aussitôt appliquée par le juge.

Les mises à mort exigent la participation du peuple entier car il n'y a pas de bourreau.
Le condamné est lapidé par le peuple ou brûlé par la poudre.
Peu avant l'exécution, le condamné doit prononcer toutes les raisons qui parlent contre la sentence et dénoncer les fautes des officiers.
S'il convainc le peuple, il est gracié et envoyé en exil.
Ils se gardent de la calomnie pour n'en pas être victimes à leur tour.
Comme ils sont presque toujours en compagnie, le nombre requis des témoins à charge est de cinq.
Si le nombre n'est pas atteint, on libère l'inculpé sous la foi du serment. Mais s'il est accusé de recherche par deux ou trois témoins, il paye doublement.
Ils ont très peur des lois. Elles sont toutes inscrites sur une table de cuivre qui se trouve à l'entrée du temple sur les colonnes. Les juges ont là leur siège quand ils prononcent leurs jugements.
L'Hospitalier veut tout savoir des prêtres et des croyances alors le Génois lui dit que le Soleil est le prêtre suprême.
Tous les officiers en chef sont aussi prêtres et leur rôle est de purifier les consciences. Tout le monde se confesse donc à eux.
Ils confessent leurs fautes mais aussi celles des autres sans les nommer.
Les trois officiers principaux se confessent à Soleil.
Soleil connaît ainsi quelles erreurs ont cours et peut subvenir aux besoins de la cité.
Soleil confesse publiquement ses fautes à Dieu et celles de son peuple sans nommer les coupables.
Pour demander à Dieu qu'il absolve la ville, on fait un sacrifice. On demande au peuple qui est volontaire.
Alors l'un des meilleurs se désigne pour le sacrifice. On l'attache à une table où il est nourri frugalement et où il prie.
Après 20 ou 30 jours, quand la colère divine est apaisée, le sacrifié redescend de la coupole où la table était hissée ou se fait prêtre.
Dans les parties élevées du temple, il y a 24 prêtres qui chantent quelques psaumes à Dieu.
Ils observent les étoiles et les effets qu'elles produisent.
Les Solariens savent ainsi dans quel pays certains changements sont en cours ou en vue.
Ces observations déterminent aussi l'heure de la génération, les jours de semailles et de récoltes.
Les prêtres écrivent et font de la recherche. C'est parmi eux que se trouve le futur Soleil.
Au temple, il y a toujours un prêtre qui prie Dieu, il est remplacé chaque heure.
Après chaque repas, les prêtres chantent des chants chrétiens, hébreux, païens, des hymnes d'amour, de sagesse et de toutes vertus.
Ils ont quatre grandes fêtes qui tombent quand le soleil entre dans le Bélier, le Cancer, la Balance et le Capricorne.
À chaque conjonction et opposition de la pleine lune, il y a fête.
Le jour anniversaire de la fondation de la ville et des victoires est également férié.
Les femmes chantent, les hommes jouent de la trompette et des tambours.
Les poètes chantent les louanges des braves.
On honore les vivants qui ont fait des inventions ou ont rendu des services à la communauté mais on élève des statues qu'aux morts.
On incinère les morts pour éviter la peste et tout soupçon d'idolâtrie.
La peinture et la sculpture conservent le souvenir des seuls grands hommes.
Les Solariens prient en regardant l'horizon aux quatre points cardinaux, le matin au levant, puis au couchant, au Midi et au nord ; le soir à l'inverse.
Ils mesurent les mois d'après la lune et l'année d'après le soleil.
Ils approuvent Ptolémée et admirent Copernic.
Ils sont ennemis d'Aristote qu'ils considèrent comme un pédant.
Ils rendent hommage au soleil et aux étoiles comme à des choses vivantes.
Ils voient le soleil comme le trophée de Dieu. Ils croient aux anges.
Les Solariens font dépendre tout de deux principes physiques : le soleil qui est père et la terre qui est mère.
Le monde est un grand animal, et nous sommes en lui, comme les vers sont dans notre corps.
Ils tiennent pour assuré que l'âme est immortelle et qu'elle va rencontrer, après la mort, les esprits des défunts vertueux ou coupables, selon son mérite.
Ils hésitent à affirmer qu'il y a d'autres mondes hors de celui-ci, mais ajoutent que c'est folie de dire qu'il n'y a rien, car le néant ne peut être ni dans le monde ni hors du monde.
Les principes métaphysiques de la réalité sont l'être, c'est-à-dire à Dieu, et le néant qui est manque d'être et condition sans laquelle rien ne se fait, car on n'a pas à faire ce qui est.
La course au néant coïncide avec le Mal et le péché.
Ils adorent Dieu sous forme de Trinité : Puissance, Sagesse, Amour mais ne connaissent pas le fils et le Saint Esprit.
L'Hospitalier pose une dernière question au Génois, il veut savoir ce que pensent les Solariens du péché d'Adam.
Les Solariens pensent que c'est la folie et non la raison qui conduit les hommes, que les bons souffrent et qu'aux méchants revient le bonheur de gouverner.
Ils en déduisent qu'il dut se produire un grand bouleversement dans les choses humaines.
Ils pensent que notre période est sous l'influence de Mercure.
Ils trouvent que les chrétiens sont bien heureux puisqu'il leur suffit de croire que tout le Mal est venu de la faute d'Adam.
Les Solariens pensent que des parents aux enfants, le mal est davantage transmis sous forme de châtiment que de faute.
La faute devrait être reportée aux parents lorsque ceux-ci n'observent pas le moment et le lieu favorables à la génération et que, mauvais pédagogues, ils négligèrent l'éducation.
Les Solariens prédisent des changements qui seront bénéfiques aux chrétiens.
Le Génois révèle à l'Hospitalier que pour les Solariens l'élément féminin confère au ciel la fécondité.
Le Génois pense qu'au XVIIe siècle ce sont les femmes qui règnent.
Enfin, les Solariens croient au libre arbitre.

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