Thérèse et Pierrette à l'école des Saints-Anges de Michel Tremblay

Thérèse et Pierrette à l'école des Saints-Anges de Michel Tremblay

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Libris québécis, le 5 décembre 2014 (Montréal, Inscrit(e) le 22 novembre 2002, 75 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 10 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (1 955ème position).
Visites : 1 357 

Une école dirigée par des pisseuses

Pour fréquenter une école dirigée par des pisseuses (religieuses) en 1950, il fallait avoir l’échine souple pour se plier à toutes leurs exigences. Dieu parlait par la bouche de ces saintes femmes, qui avaient probablement fui leur famille pour ne pas perpétuer le règne des mères condamnées au suffixe en age : ménage, lavage, repassage, époussetage…

Michel Tremblay excelle dans la description de l’univers féminin. Même si l’auteur ne les montre pas toujours sous leur meilleur jour, il leur voue un culte indéfectible. En infiltrant les religieuses de l’école des Saints-Anges, sise dans le boulevard Saint-Joseph à Montréal, il dévoile un univers féminin et religieux fait de dévouement et de haine. Faute de chignon, on se crêpe la cornette. Les inimitiés refoulées cherchent insidieusement des vannes pour laisser échapper le venin autant que les amitiés particulières.

Les bonnes élèves de sixième année parviennent tant bien que mal à naviguer dans des eaux troubles en s’initiant à la vie à partir des fêtes religieuses comme la Fête-Dieu, le clou de la fin d’année scolaire. Elles sont embrigadées par leur enseignante pour ériger le Reposoir et figurer de saints personnages pendant la procession. La joie anime tout ce beau petit monde qui se nourrit au râtelier de la férocité. On ne se fait pas de quartier pour tirer avantage des cérémonies liturgiques à grand déploiement.. Mais Dieu leur fera payer chèrement leur péché d’orgueil.

Heureusement qu’elles ont des mères, qui ont acquis une grande sagesse en dépit d’une éducation austère, édulcorée à l’eau bénite. Le bonheur est-il possible quand la pauvreté et une sexualité inassouvie composent le lot de leur destinée ? C’est à se demander comment une telle éducation puisse produire des fleurs épanouies. Dans un tel contexte, les fillettes ne peuvent être que des fleurs de macadam qui défendent jalousement le fendillement de l’asphalte qui facilite leur floraison. C’est un beau bouquet que ce roman portant le seau d’un crucifix de ronces. Bref, après Les Belles-Sœurs au théâtre, ce roman, selon moi, est le chef-d’œuvre de Michel Tremblay à cause de son homogénéité.

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  Chroniques du plateau Mont-Royal.

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La comédie humaine de Michel Tremblay se poursuit...

10 étoiles

Critique de JEANLEBLEU (Orange, Inscrit le 6 mars 2005, 49 ans) - 25 juillet 2015

Deuxième des 6 tomes des "Chroniques du plateau Mont Royal", ce roman explore plus particulièrement un trio de gamines de 11 ans, amies inséparables. Il s'agit de Thérèse (un des membres de la tribu familiale centrale de ces chroniques, et au-delà de l'ensemble des œuvres de Michel Tremblay), Pierrette et Simone. Allez savoir pourquoi, ce trio est surnommé "Thérèse pis Pierrette" par leur entourage... D'où le titre de ce roman qui ne mentionne que 2 des 3 fillettes.
On suit une fin d'année scolaire (quelques jours au début du mois de juin 1942) dans l'école des Saints Anges, tenue par des religieuses.
Une véritable comédie humaine se déroule avec ses 2 milieux (celui des enfants et celui des adultes) qui vivent en parallèle et se rencontrent parfois.
Du côté des enfants c'est le début de l'adolescence pour ces 3 enfants (et pour leurs ami(e)s). Chacune commence à affirmer sa personnalité et ses idées. Notamment Thérèse commence à comprendre bien des choses sur la vie (notamment sur la vie des femmes de sa condition). On retrouve aussi le petit frère de Thérèse, Marcel, avec son monde intérieur toujours aussi riche et proche du "fantastique".
Du côté des adultes on retrouve avec plaisir les personnes déjà vues dans le premier opus et notamment les mères dont, Albertine, la mère de Thérèse (et la tante du narrateur). Mais le plus passionnant dans ce monde des "grandes personnes" est constitué par le monde religieux qui dirige l'école. Ces relations de lutte de pouvoir au sein de cette communauté religieuse sont décrites d'une façon digne de Balzac dans "Le Curé de Tours", avec, en plus, l'évocation à demi mots des relations amoureuses que peuvent entretenir certaines sœurs entre elles.
L'ensemble est vraiment passionnant, riche psychologiquement et parfois poétique.

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