Lèvres pêche
de Cui Zi'en

critiqué par Lectio, le 3 décembre 2014
( - 75 ans)


La note:  étoiles
Sensible, troublant, dérangeant.
En Chine, son pays, c'est un dissident. Mais pas enfermé, brutalisé, tout juste démis de ses fonctions d'enseignant à l'institut du cinéma de Pékin. En fait le pouvoir chinois ignore Cui Zi'en. Parce que parler des "gays", de l'homosexualité leur offrirait une tribune. Voilà un vocabulaire inconnu en Chine. Ce roman est donc une petite voix qui affirme l'homosexualité dans la plus grande "usine du monde". Il raconte l'histoire d'un violoniste "gay", purement et simplement châtré au bistouri par son médecin de père. Malgré une condamnation à deux ans de prison pour ce "léger égarement", papa ne comprend toujours pas cette déviance, cette anormalité, cette maladie de son fils L'artiste musicien nous raconte sa vie intime, ses émotions, ses émois mais surtout ses interrogations, son mal être, son mal vivre, son obsession de la vacuité. Désarroi de ne se sentir ni homme ni femme, l'ouvrage dégage une sensibilité à "fleur de peau", un personnage noir et chagrin, tourmenté par sa situation et incompris. L'image paternelle est omniprésente, ambiguë et paralysante. La relation féminine faite de fuite et d'impuissance a pour toile de fond une image culte et vénérée de la mère. Des passages très "crus", osés, comme savent le faire beaucoup d'auteurs chinois, mais nous ne sommes pas encore dans la truculence d'un Mo Yan. Ce premier roman sur ce thème est mis à l'index en Chine. Présenté comme le mal de vivre des homosexuels en Chine, il semble pourtant que ce récit dépasse largement ce pays. Le roman est construit sur des monologues père-fils. Il met en évidence parfaite deux mondes isolés incapables de se rencontrer.