Le dernier des Savage
de Jay McInerney

critiqué par Jules, le 2 février 2001
(Bruxelles - 75 ans)


La note:  étoiles
Un livre agréable à lire
Patrick Keane est à l'université et partage la chambre d’un autre jeune garçon. Celui-ci est d’une famille très aisée du Sud, et a une allure et un comportement des plus désinvoltes.
Rien de ce qui est scolaire ne semble l'intéresser, mais il est particulièrement doué. Ses passions ?. La musique rock, les filles et les routes dans une grosse voiture décapotée. Il fume aussi assez bien de joints. Patrick le décrit ainsi : " En dehors de l’agaçante casquette de base-ball devant derrière, il était l’image même du garçon que j'aurais voulu être ; et la casquette elle-même témoignait de son insouciance, de sa tranquille certitude de la place qui est la sienne dans le monde, qui lui permet d'arborer ce signe de reconnaissance de sa génération."
Au cours d'un week-end qu’il passe chez son ami Will, Patrick découvre que le frère de celui-ci est mort au Vietnam. Au début du livre, Will Savage a déjà quitté l’université pour s’éclater en fumant, chanter avec des noirs dans des bistros, contester la société dans laquelle il vit et surtout la guerre du Vietnam.
Patrick Keane est interrogé à propos de son ami par le F.B.I. et celui-ci lui fait comprendre qu'il est vraiment à la recherche de son copain. Qu’un refus de collaborer pourrait lui valoir de gros soucis. Mais Patrick tient bon. Il gardera toujours le contact avec Will Savage, alors que celui-ci s'enfoncera dans les ennuis et dans la drogue. De son côté Patrick terminera sagement ses études de droit, se mariera avec une jeune femme bien conventionnelle et deviendra père de jolies et gentilles petites filles. Il aura prit Will pour témoin à son mariage, malgré les conséquences qu’il savait que ce choix aurait pu avoir. Le reste de l’histoire est à découvrir.
Jay McInerney, avec Will Savage, nous donne ici une description de ce que pouvait être un jeune Américain, non conventionnel, dans les années 70, ainsi que de la société qui l'environnait. Patrick Keane en est un autre et son portrait est tout aussi réaliste.
Le lire et le relire!! 9 étoiles

J'avais déjà lu une première fois "Le dernier des Savage" et je viens de relire. Dans mon souvenir, c'était un bon bouquin mais cette seconde fois me l'a fait apprécier encore plus. C'est une magnifique histoire d'amitié, toute en retenue et en tendresse. Mc Inerney a vraiment su faire revivre les époques qu'il décrit. Je crois que le maître-mot de ce livre, c'est "émotion". Il en dégage une charge très puissante, mais très subtilement. J'avais une boule dans la gorge au moment des lignes finales. Cette histoire de la vie de Patrick Keane, pleine de contradictions, de refoulements et de sacrifices, entre-croisée avec celle de son ami Will Savage, prend vraiment au trip. Ce n'était pas le genre attribué à Mc Inerney mais ce roman, moins axé "yuppies, dollars and co", est vraiment une oeuvre formidable!!

Mabelle - - 42 ans - 4 août 2004


Chouette !... 8 étoiles

J'aurai peut-être fait de Pendragon un nouveau fan des grands auteurs américains contemporains !... Cela à lui seul me vaudrait les efforts fournis pour les critiques que j'en ai fait ! C'est vrai qu'Ellis, à côté des grands, peut aller se rhabiller vite fait, bien fait ! Il ne tient pas la route (malgré une très bonne écriture) face à un Jim Harrison, un Cormac McCarhty et je dirais même un Michael Collins, tout jeune encore et Irlandais d'origine. Je viens de critiquer (elle attend sa mise sur le site) un autre bouquin de McInnerney qui est aussi assez fort: "Toute ma vie". Mais pas deux de suite... "Dalva" de Jim Harrison est à lire avant...

Jules - Bruxelles - 75 ans - 30 juillet 2001


magnifique !!! 9 étoiles

Ce roman est tout simplement grandiose ! Le narrateur, Patrick Keane est un jeune d'origine irlandaise, sa famille n'est pas riche (loin de là) et il se force, et se forcera toute sa vie, à réussir. Ses études, Yale, Harvard, son droit, sa vie, sa famille, son image et sa montée sociale. Il est extrêmement droit, clean, carré, il DOIT réussir et il réussira... en mettant délibérément de côté toutes les facettes gaies et insouciantes de son caractère. Patrick ne rit pas, Patrick travaille ! Et sa narration est comme lui : calme, précise, on ne rit pas en lisant ce roman, on s'instruit. Depuis la fin des années soixante jusqu'à nos jours, c'est une magnifique vision de deux caractères de jeunes américains. Pourquoi deux ? Parce que son ami Will Savage est très exactement le contraire de Patrick. Il vit au jour le jour, il est le dernier enfant des Savage, riches planteurs du Sud, riches et forcément racistes. Alors Will, le rebelle par excellence, ne fréquente que les noirs et leur blues. Il vit sa vie comme elle vient, fume, se drogue, part au Tibet, revient, fonde une maison de disque, produit tous les groupes rock des années septante, continue de boire, de fumer et d'affronter son père. Et ces deux amis, si différents, sont inséparables, le yin et le yang de toute une vie, les deux pôles extrémistes d'une existence, ils se complètent, ils s'admirent mutuellement, la "liberté" et la "volonté"...
Quand à l'auteur et à son style... voilà le véritable nouveau romancier américain. J'adore Ellis, mais il est vrai qu'il semble se limiter à ce côté gore, trash et dope. McInerney, lui, est capable d'écrire un roman profond et très intelligent. Un chef-d'oeuvre, à lire et à faire lire.

Pendragon - Liernu - 49 ans - 30 juillet 2001