Lulu et la Grande Guerre
de Fabian Grégoire

critiqué par JulesRomans, le 13 novembre 2014
(Nantes - 59 ans)


La note:  étoiles
Connangles vu d'un angle connexe
"Lulu et la Grande Guerre" est un ouvrage paru pour la première fois en 2005 et fut salué comme un bon titre pour la jeunesse autour de la Première Guerre mondiale.

Malheureusement les critiques de littérature de jeunesse sont rarement des historiens et ici on peut quand même reprocher au scénariste d'ignorer qu'un soldat est sous les drapeaux, en appartenant à la classe 1911 depuis octobre 1912 et aux classes 1912 et 1913 depuis respectivement octobre et novembre 1913. Aucun mobilisé de ces trois classes (ni d'autres d'active) n'a effectué trois ans de service militaire avant de partir à la guerre en août 1914. D'autre part la rentrée des classes se fait alors le premier ou le deux octobre et donc il est quasiment impossible que la première lettre d'un mobilisé arrive en octobre. De plus en octobre un jeune mobilisé ne peut appartenir à un régiment d'active qui ne s'est encore jamais battu.

Le récit démarre le 3 août 1914 dans le village de Saint-Julien; s'il existe bien un village de ce nom en Haute-Loire, ce n'est pas celui-ci qui a servi de modèle pour l'illustration mais c'est celui de Connangles au nord-est de ce département (donc dans sa partie auvergnate).

Comme dans beaucoup de fictions sur cette période, c'est justement en pleine fête villageoise que sonne le tocsin. C'est le frère de la narratrice qui est appelé à vingt-deux ans et en octobre (plutôt septembre en fait ) il envoie le premier des quatre courriers qui seront reproduits. Chaque lettre permet de connaître les évolutions que connaît le conflit sur le front occidental. Une double-page propose sur environ un quart la reproduction de la lettre et le reste est consacré à l'illustration. La vie au village est développée, même si on aurait aimé voir mise en valeur l'importance des femmes et des enfants dans les travaux agricoles. Le problème des privations est bien mis en scène, celui des embusqués est esquissé et il faudra le faire expliciter.

Le graphisme est très fouillé, quelles que soient les situations, et on ressent véritablement une forte atmosphère en le découvrant. Les pages documentaires sont très bien illustrées avec des photographies et des objets d'époque, par ailleurs la dimension mémorielle est présente. Seul l'aspect militaire est évoqué dans cette partie de l'ouvrage.